Une jeune fille, les pieds dans une rivière, travaille sur le site d'une mine de diamants artisanale à Sosso Nakombo, en République centrafricaine (près de la frontière avec le Cameroun), en août 2015.

© 2015 Marcus Bleasdale pour Human Rights Watch

Des gouvernements, des entreprises et des organisations de la société civile vont évaluer cette semaine les efforts des compagnies pour réduire les graves violations des droits humains dans les chaînes d'approvisionnement en minerais, lors d’un Forum qui se tiendra au siège de l'Organisation pour la coopération économique et le développement (OCDE) à Paris.

L'argent provenant de l'extraction de minerais comme l'or ou le cobalt – qui est utilisé dans la fabrication de téléphones cellulaires et d'ordinateurs portables – a alimenté des conflits armés et les procédés d'extraction peuvent eux-mêmes causer de dangereuses pollutions.

Cette réunion annuelle offre une chance d'examiner la mise en application du Guide OCDE sur le devoir de diligence pour des chaînes d'approvisionnement responsables en minerais, qui est aujourd'hui largement reconnu comme le critère de référence pour le comportement des entreprises concernées.

Ceci est d'une importance cruciale. De nombreuses entreprises ne respectent toujours pas les directives contenues dans ce Guide et risquent par conséquent de contribuer à des violations des droits humains. Human Rights Watch a documenté les souffrances endurées par les civils dans des situations de conflit armé lorsque des groupes armés ont combattu pour s'assurer d'un accès à des mines. Les communautés vivant à proximité de mines ont été exposées à des maladies et à des dégradations de leur environnement, quand des cours d'eau étaient pollués par des produits chimiques toxiques provenant des mines. Et des enfants ont risqué leur vie en travaillant dans des mines de petite taille au Mali, au Ghana, au Nigéria, au Zimbabwe, en Tanzanie, en Papouasie Nouvelle Guinée et aux Philippines.

Nous avons récemment examiné les pratiques en matière d'approvisionnement de 13 compagnies de renom spécialisées dans la fabrication de bijoux et avons constaté qu'aucune n'était pleinement en conformité avec les directives de l'OCDE. La plupart des entreprises que nous avons analysées n'évaluaient pas suffisamment les risques dans le domaine des droits humains, n'assuraient que partiellement, voire pas du tout, la traçabilité de leurs approvisionnements en or et en diamants, et s'abstenaient de publier des rapports exhaustifs sur leurs efforts en matière d'approvisionnement responsable.

Bien que la réunion de cette semaine puisse et doive permettre d'estimer si des progrès ont été accomplis, elle ne pourra pas évaluer dans quelle mesure les directives du Guide OCDE sont mises en pratique. Ce qu'il faut, c'est une supervision gouvernementale. Jusqu'à présent, les gouvernements en ont fourni très peu, ce qui a amené Human Rights Watch et d'autres organisations de la société civile à appeler à des changements et à définir ce que devrait être un tel mécanisme de surveillance. Le secrétariat de l'OCDE a pris une mesure positive en inscrivant cette question à l'ordre du jour de la réunion de cette semaine et en demandant aux gouvernements de fournir des informations.

Il est temps que les gouvernements s'engagent à contrôler ce que font les entreprises basées sur leurs territoires pour protéger les droits humains le long de leur chaîne d'approvisionnement. Ils devraient nommer les compagnies qui font des progrès en la matière, ainsi que celles qui n'en font pas.

Les communautés affectées par les abus commis dans l'extraction minière méritent leur protection.

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