Décombres d'immeubles résidentiels bombardés le 25 août 2017 à Sanaa, au Yémen, lors d'une attaque menée par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite. Cette attaque a tué au moins 16 civils dont sept enfants, et blessé 17 autres dont huit enfants.

© 2017 Mohammed al-Mekhlafi

(Beyrouth) – Pendant l’année 2017, la coalition menée par l’Arabie saoudite, engagée dans le conflit au Yémen, s’est attaquée de façon répétée à des zones peuplées et a intensifié la crise humanitaire à travers son blocus, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2018. Les forces Houthi/Saleh, elles aussi, ont bloqué l’aide humanitaire destinée à certaines villes du Yémen et commis de graves violations des lois de la guerre.

La coalition menée par l’Arabie saoudite, soutenue militairement par les États-Unis, a mené une campagne militaire presque sans relâche, aérienne et au sol, pour soutenir le président Abdu Rabbu Mansour Hadi. En décembre, après que des affrontements ont éclaté entre les forces houthistes et pro-Saleh, qui auparavant étaient alliées, les Houthis ont tué l’ex-président Ali Abdullah Saleh.

« Depuis presque trois ans, les belligérants au Yémen commettent des crimes de guerre, sans grande crainte que les autres gouvernements les obligent à rendre des comptes », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient à Human Rights Watch. « Les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies contre les chefs houthis devraient être étendues aux officiers commandant la coalition, y compris le ministre de la Défense saoudien, Mohammed bin Salman, pour leur rôle dans l’obstruction de l’aide humanitaire et dans les autres abus. »

Dans cette 28e édition annuelle de son Rapport mondial (version intégrale en anglais 643 pages - version abrégée en français 180 pages – PDF), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction au Rapport, le directeur exécutif Kenneth Roth observe que certains dirigeants politiques, prêts à défendre les principes des droits humains, ont démontré qu'il est possible de limiter l'impact des programmes populistes autoritaires. Lorsqu’ils ont pu s’appuyer sur une opinion publique mobilisée et des acteurs multilatéraux efficaces, ces dirigeants ont démontré que la montée des gouvernements hostiles aux droits humains n'a rien d'inéluctable.

Le conflit a eu des conséquences terribles sur la population civile du Yémen. Violant les lois de la guerre, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite s’est servie d’ armes à sous-munitions et ont mené des centaines de frappes aériennes, sans discernement et sans mesure, qui ont tué des milliers de personnes en utilisant des munitions que continuent à lui procurer, entre autres, les États-Unis et le Royaume-Uni. L’Arabie saoudite a promis en décembre de réduire les dommages civils. Depuis cette annonce, Human Rights Watch a analysé six attaques de la coalition qui ont tué 55 civils, dont 33 enfants.

Les forces anciennement alliées Houthi/Saleh ont plusieurs fois procédé, sans distinction, à des tirs d’artillerie sur des villes du Yémen et vers le Sud de l’Arabie saoudite, avec un impact particulièrement lourd sur Taïz, la troisième ville du Yémen. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies a qualifié le pilonnage de Taïz de « continuel ».

Les forces Houthi/Saleh ont également utilisé des mines terrestres antipersonnel qui ont tué et blessé des civils. Ces mines continueront à faire peser une menace sur les civils longtemps après la fin du conflit. Les Houthis ont aussi bloqué et confisqué des denrées alimentaires et du matériel médical, refusant de laisser les populations dans le besoin y accéder, ce qui viole le droit international.

Quant à la coalition, elle a empêché des marchandises d’entrer dans les ports maritimes contrôlés par les Houthis, fermé des ports cruciaux, détruit des infrastructures vitales et restreint l’accès des travailleurs humanitaires. Ces actions des troupes de la coalition violent les lois de la guerre en restreignant l’assistance humanitaire et en détruisant des éléments essentiels à la survie de la population civile. Ces violations, ainsi que l’indifférence de la coalition à l’égard des souffrances notoires de la population civile, suggèrent que la coalition viole l’interdiction d’utiliser la famine comme arme de guerre, ce qui constitue un crime de guerre.

Les forces Houthi/Saleh, le gouvernement du Yémen ainsi que les forces des Émirats arabes unis et yéménites soutenues par les Émirats, tous ont détenu des personnes de façon arbitraire, y compris des enfants ; commis des abus envers les prisonniers et détenu des personnes dans de mauvaises conditions ; et causé des disparitions forcées de personnes perçues comme des opposants politiques ou des menaces envers la sécurité. Le nombre de ces « disparus » n’a cessé d’augmenter au cours de l’année écoulée. Les forces américaines sont peut-être complices d’abus contre des prisonniers commis par les forces des Émirats arabes unis.

Aucune partie belligérante n’a mené d’enquête crédible sur les allégations de violations des lois de la guerre commises par ses troupes. En septembre, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté par consensus une résolution créant un Groupe d’experts éminents chargé de conduire une enquête internationale sur les abus commis au Yémen.

« Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et d’autres pays risquent d’être complices de frappes aériennes illégales s’ils continuent à fournir des armes à l’Arabie saoudite », a conclu Sarah Leah Whitson. « Face à la pire crise humanitaire du monde, les gouvernements doivent exhorter les Nations Unies à prendre des sanctions contre les dirigeants saoudiens, au lieu de leur vendre de nouvelles bombes à envoyer sur les marchés, les écoles et les hôpitaux du Yémen. »

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