Une déléguée participant au 37ème Sommet ordinaire des chefs d'État et de gouvernement de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), photographiée devant une rangée de drapeaux à Pretoria, en Afrique du Sud, le 19 août 2017.

© 2017 Reuters

(Johannesburg) – Au cours de l’année 2017, les gouvernements d’Afrique australe ont réprimé les journalistes, activistes et opposants politiques qui osaient s’exprimer, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2018.

L’Afrique du Sud, qui préside la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) depuis août 2017 et jusqu’à août 2018, devrait jouer un rôle phare en faisant de la question des droits humains une priorité régionale. Parmi les pays d’Afrique australe dont les actions ont soulevé une profonde inquiétude sur le plan des droits humains, figurent l’Angola, le Mozambique, la République démocratique du Congo, l’Afrique du Sud, le Swaziland et le Zimbabwe.

« Les dirigeants dAfrique australe devraient faire davantage pour respecter et protéger les droits humains ainsi que pour satisfaire les besoins fondamentaux de leurs populations », a déclaré Dewa Mavhinga, directeur pour l’Afrique australe à Human Rights Watch. « Il est vital que les libertés fondamentales progressent afin daméliorer lexistence des personnes qui vivent dans toute lAfrique australe. » 

Dans cette 28e édition annuelle de son Rapport mondial (version intégrale en anglais 643 pages - version abrégée en français 180 pages – PDF), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction au Rapport, le directeur exécutif Kenneth Roth observe que certains dirigeants politiques, prêts à défendre les principes des droits humains, ont démontré qu'il est possible de limiter l'impact des programmes populistes autoritaires. Lorsqu’ils ont pu s’appuyer sur une opinion publique mobilisée et des acteurs multilatéraux efficaces, ces dirigeants ont démontré que la montée des gouvernements hostiles aux droits humains n'a rien d'inéluctable.


Afrique du Sud

Bien qu’elle ait mis en place un système judiciaire solide et indépendant, indispensable pour protéger l’état de droit, l’Afrique du Sud n’a pas brillé par son respect des droits humains et de l’état de droit en 2017. La corruption, la pauvreté –aggravées par le chômage élevé et le manque d’opportunités pour générer des revenus – et la criminalité constituaient toujours des facteurs significatifs empêchant les Sud-Africains de jouir pleinement de leurs droits.

Le 13 octobre, la Cour suprême d’appel (CSA) a confirmé un jugement de grande instance qui avait décidé qu’il convenait de poursuivre le président Jacob Zuma sur 18 chefs d’inculpation et 783 accusations de fraude, racket et blanchiment d’argent. Zuma a qualifié de décevante cette décision de justice de la CSA. Le parquet général n’a pas encore relancé le dossier des inculpations de fraude et de corruption qui pèse contre lui.

Le gouvernement a encore des progrès importants à faire pour veiller à ce que nombre d’enfants et de jeunes adultes en situation de handicap ne soient pas privés de leur droit à l’éducation. Il est toujours préoccupant de constater l’absence de stratégie nationale de lutte contre les taux élevés de violences à l’égard des femmes et contre le sous-rapportage persistant des viols.

Quant à son attachement à la Cour pénale internationale (CPI) et à la justice internationale, le gouvernement a émis des messages contradictoires suite aux jugements émis par des tribunaux du pays, selon lesquels la lettre avisant que l’Afrique du Sud se retirait de la CPI était inconstitutionnelle et invalide. À la fin de l’année, le gouvernement a indiqué qu’il avait toujours l’intention d’obtenir ce retrait, en soumettant la question au Parlement.

En août, l’Afrique du Sud a pris la présidence de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) pour un an, mais ne s’est pas servie de ce poste pour favoriser ou contribuer à améliorer le respect des droits humains dans la région. L’élection en décembre de Cyril Ramaphosa en tant que nouveau président de l’ANC, le parti au pouvoir, offre à l’Afrique du Sud des opportunités de placer les droits humains au centre de sa politique nationale et de sa politique étrangère.


Angola

L’Angola a élu en septembre un nouveau président, João Lourenço, mettant ainsi fin au régime répressif de José Eduardo Dos Santos qui durait depuis près de quarante ans. Les élections se sont déroulées dans le calme, bien qu’entachées de fortes restrictions des libertés d’expression et de réunion. Le président Lourenço a opéré des changements significatifs dans les médias publics, les ouvrant à diverses opinions et idées politiques. Cependant, la liberté de presse et d’expression demeure menacée par une nouvelle loi problématique sur les médias, qui a été approuvée par le Parlement et ratifiée par le président malgré l’opposition du syndicat des journalistes et d’autres acteurs.

Mozambique

En décembre 2016, un cessez-le-feu a mis fin aux affrontements armés entre les forces du gouvernement du Mozambique et l’ex-groupe armé rebelle Renamo, devenu un parti politique. Mais jusqu’à aujourd’hui, l’impunité est totale pour les crimes commis par les deux camps depuis la fin 2014, notamment des meurtres, des disparitions forcées, des kidnappings, des arrestations arbitraires et des destructions de biens.

Les autorités n’ont pas davantage poursuivi les responsables du gouvernement qui avaient trempé dans le scandale des dettes de 2013. Des entreprises publiques avaient contracté des prêts, officiellement pour monter une société de pêche au thon soutenue par l’État, mais avaient caché ces dettes au FMI et aux bailleurs de fonds. Malgré un audit international qui détaillait les transactions et identifiait les personnes impliquées, personne n’a été tenu responsable.

République démocratique du Congo

L’année a été marquée par les violences politiques et la répression de la part du gouvernement, alors que le président Joseph Kabila se maintenait au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle de deux mandats présidentiels, dont le second s’est achevé le 19 décembre 2016. Tandis que les autorités reportaient la date d’organisation des élections en République démocratique du Congo, des responsables du gouvernement et des forces de sécurité se sont systématiquement efforcés de réduire au silence, réprimer et intimider les opposants politiques, les défenseurs des droits humains, les activistes pro-démocratie, les journalistes et les manifestants pacifiques.

Un accord de partage du pouvoir, obtenu grâce à la médiation de l’Église catholique et signé fin 2016, prévoyait la tenue d’élections avant la fin de l’année 2017 et des mesures permettant de désamorcer les tensions politiques, notamment la libération des prisonniers politiques. Cependant, beaucoup de principes clés de l’accord dit de la Saint-Sylvestre ont été ignorés, alors que les responsables du gouvernement continuaient à retarder les élections et que la répression se poursuivait.

En novembre, la commission électorale nationale a publié un calendrier fixant la date des élections présidentielle, législatives et provinciales au 23 décembre 2018. Des leaders de l’opposition et des activistes ont dénoncé ce calendrier, y voyant une nouvelle stratégie visant à gagner du temps. Ils ont réclamé que Kabila quitte immédiatement le pouvoir et que soit instaurée une transition citoyenne afin de restaurer l’ordre constitutionnel et d’organiser des élections crédibles.

Le gouvernement recourant de plus en plus à la répression violente, les forces de sécurité ont tiré sur des manifestants pacifiques, emprisonné des activistes et des dirigeants de partis et fermé des médias. Le 31 décembre, les forces de sécurité ont tiré des balles réelles et des gaz lacrymogènes dans les enceintes d’églises et sur des foules de fidèles qui défilaient pacifiquement pour protester contre le non-respect de l’accord de la Saint-Sylvestre. Des prêtres et d’autres responsables ecclésiastiques figuraient parmi les dizaines de personnes arrêtées ou blessées à Kinshasa et dans d’autres villes.

Les forces de sécurité ont tué au moins 90 personnes lors d’opérations répressives contre le groupe politico-religieux Bundu dia Kongo (BDK) à Kinshasa et dans la province du Kongo-Central entre janvier et mars, et en août. Certains membres de BDK ont également eu recours à la violence, tuant au moins cinq policiers.

Entre août 2016 et septembre 2017, les violences impliquant les forces de sécurité congolaises, des milices soutenues par le gouvernement et des groupes armés locaux ont fait plus de 5 000 morts dans la région du Kasaï, dans le Sud du pays.

Dans l’est de la RD Congo, la situation sécuritaire est restée explosive. De nombreux groupes armés ont lancé des attaques meurtrières contre des civils, tandis que les forces de sécurité gouvernementales ont commis de graves abus. Entre juin et novembre, au moins 526 civils ont été tués dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et au moins 1087 personnes ont été enlevées ou kidnappées contre rançon.

Swaziland

Gouverné depuis 1986 par un monarque absolu, le roi Mswati III, le Swaziland réprime la dissidence politique et bafoue les droits humains et l’état de droit. Les partis politiques sont interdits depuis 1973, la justice est gravement compromise et des lois répressives sont employées pour museler les critiques, en dépit des garanties de protection des droits fondamentaux inscrites dans la Constitution du Swaziland, qui date de 2005. Au cours de l’année 2017, le Swaziland a eu du mal à respecter les droits de sa population, estimée à 1,4 million de personnes, touchée par de nombreuses difficultés politiques et socioéconomiques, entre autres par le taux de séropositivité au VIH le plus élevé du monde, 26 pourcent d’après le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

En septembre, le roi Mswati a déclaré à l’Assemblée générale de l’ONU à New York que son gouvernement offrait à chaque citoyen l’opportunité de contribuer au développement social, économique, culturel et politique du pays.

Pourtant les amendements récents de la loi sur l’ordre public permettent de poursuivre les personnes critiques, et de leur infliger des amendes et des peines de prison, pour avoir fait preuve de « haine ou mépris » envers l’héritage culturel et traditionnel. Ces amendements accordent aux commissaires de police des pouvoirs étendus pour mettre fin arbitrairement aux réunions et manifestations en faveur de la démocratie et pour écraser toute critique envers le gouvernement.

Zimbabwe

En novembre, l’armée a renversé le président Robert Mugabe, le remplaçant par son ancien vice-président, Emmerson Mnangagwa, un dirigeant militaire qui lui-même a beaucoup de sang sur les mains. Mugabe était à la tête d’une répression intensifiée des manifestations pacifiques contre les violations des droits humains et contre la détérioration de la situation économique.

Son administration ignorait les dispositions de la Constitution zimbabwéenne de 2013 qui défendent les droits humains et ne mettait en œuvre aucune réforme significative sur ces questions. Le Parlement avait adopté un amendement constitutionnel octroyant à Mugabe le pouvoir de nommer les magistrats supérieurs, diminuant encore l’indépendance de la justice. La police faisait usage de force excessive pour écraser la dissidence, harcelait et arrêtait de façon arbitraire des défenseurs des droits humains, des activistes, des journalistes et des opposants au gouvernement. Les agents de la police et de la sûreté de l’État sont dans l’ensemble impunis pour leurs crimes.

Il est prévu que le Zimbabwe tienne des élections nationales en 2018, mais les autorités n’ont introduit aucune réforme d’importance, que ce soit dans le domaine des forces de sécurité, des médias ou des élections, pour garantir que les citoyens puissent participer à des élections crédibles, libres et équitables. Le nouveau gouvernement Mnangagwa doit encore assurer l’indépendance et améliorer le professionnalisme de la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC). Il faut également actualiser les listes électorales, qui sont sous le contrôle exclusif de la ZEC.

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