La vision diplomatique défendue par le président Macron face à ses ambassadeurs cet été fait honneur à la France. Le président, qui estime que le pays a une « responsabilité inédite » face à un ordre du monde « profondément perturbé » s’est engagé à « sans cesse » défendre les droits de l’homme.

Des personnes se trouvent sur le lieu d'une attaque aérienne menée par l'Arabie saoudite en périphérie de la ville de Saada, au nord-ouest du Yémen, le 4 août 2017.

© 2017 Reuters

Se réclamant d’une « indépendance sans arrogance mais assumée », il assure avoir « établi des relations d’une extrême franchise avec l’ensemble des puissances du Golfe ».

Selon Emmanuel Macron, « on peut réconcilier [le] réalisme à la défense de nos valeurs ». « Nos échanges diplomatiques et économiques avec la Russie, la Turquie ou la Chine ne sauraient justifier qu’on recouvre d’un voile pudique la question des droits de l’homme, car alors c’est nous-mêmes que nous trahissons », a-t-il très justement assuré. Mais qu’en est-il de l’Arabie saoudite ?

Depuis deux ans et demi, l’Arabie saoudite dirige au Yémen une coalition militaire qui multiplie les crimes de guerre et a largement contribué à mettre le pays à genou. Selon l’ONU, plus de 5 000 civils ont été tués et 8 700 blessés, la plupart par des frappes de la coalition saoudienne. Les forces des rebelles Houthis et de l’ancien président Saleh, combattues par la coalition, se sont aussi rendues coupables de nombreux crimes.

Résultat de ce conflit sans pitié pour les civils, le pays est en proie à la pire crise humanitaire du moment, avec 80 % de la population dépendante d’une aide internationale soumise à de nombreux obstacles.

Et pourtant, cette crise ne figurait pas dans le discours des priorités diplomatiques d’Emmanuel Macron. Pourquoi ? Human Rights Watch documente ces crimes d’une extrême gravité depuis des mois, mais l’Arabie saoudite n’hésite pas à user de sa puissance financière comme d’une arme pour combattre les critiques, jusqu’au sein de l’ONU.

De fait, l’Arabie saoudite est un des principaux clients de l’armement français. Selon Le Point du 20 mars 2017, « François Hollande a autorisé la vente à Riyad de 455 millions d’euros d’armes, dont une grande partie pourrait être destinée à la guerre au Yémen ». L’actuel ministre des affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, alors ministre de la Défense, aurait, toujours selon Le Point, été un farouche défenseur de ces ventes et continue de se faire l’ambassadeur des exportations françaises en matière d’armement.

Emmanuel Macron aura-t-il le courage de mettre fin à ces ventes d’armes, tant que l’Arabie saoudite continue de tuer illégalement des civils au Yémen, en toute impunité ? Ou la France va-t-elle au contraire continuer à jeter « un voile pudique » sur la tragédie yéménite ?

A tout le moins, la diplomatie française se devrait de soutenir les efforts diplomatiques engagés au Conseil des droits de l’Homme, à Genève, pour que toute la lumière soit faite sur tous les crimes commis au Yémen. Le gouvernement néerlandais, désormais soutenu par le Canada, a pris la courageuse initiative de demander la création d’une commission d’enquête internationale. Il a le soutien du Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, du groupe d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Yémen, ainsi que de 67 ONG nationales et internationales, dont Human Rights Watch.

Qu’en est-il de la France ? Le gouvernement d’Emmanuel Macron va-t-il se joindre à l’initiative, dans un effort pour défendre les valeurs qu’il affirme incarner ? En continuant à se murer dans le silence et l’attentisme, il ne ferait que se trahir lui-même, comme l’a si bien dit le président de la République. Le moment est venu pour la France de prouver qu’elle peut réconcilier pragmatisme et valeurs, et que l’âme de sa diplomatie n’est pas à vendre.

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