Une affiche où figure un numéro vert pour les victimes de violences sexuelles, afin de leur fournir des soins de santé et une protection, sur le mur d’un hôpital de Kaga Bandoro, en République centrafricaine. 

© 2016 Human Rights Watch

Lors du débat organisé aujourd’hui au Conseil de sécurité de l’ONU, les États membres seront saisis du rapport annuel du Secrétaire général, António Guterres, sur les violences sexuelles liées aux conflits. Dans l’édition 2016, le chef de l’Organisation reconnaît le « caractère vital » des services de santé sexuelle et procréative. Vitaux, ils le sont, en effet.

Au sujet de la République centrafricaine, le Secrétaire général relève que « nombre de victimes de viol recourent à l’avortement non médicalisé, principale cause de mortalité maternelle ».  Dans le cadre de mes recherches sur les violences sexuelles perpétrées par des groupes armés parties prenantes au conflit qui sévit dans ce pays, un même constat est revenu avec insistance parmi les médecins que j’ai rencontrés : les avortements clandestins ou que s’infligent elles-mêmes certaines femmes font maintenant davantage de décès que, par exemple, les hémorragies de la délivrance, consécutives à l’accouchement.

L’avortement est autorisé pour les victimes de viol en République centrafricaine mais, comme dans de nombreux autres pays, sa légalité n’est pas synonyme d’accès facile. Le manque de clarté quant aux circonstances dans lesquelles l’avortement peut être pratiqué légalement décourage certains médecins de se livrer à ce type d’interventions. Un accès médiocre aux soins de santé après un viol – qu’il soit imputable à l’insuffisance des services disponibles, à la crainte de la stigmatisation et à l’insécurité, entre autres facteurs – prive nombre de femmes et de filles d’une assistance vitale qui, si elle était prêtée à temps, serait en mesure d’éviter les grossesses non désirées et la transmission du VIH.

Une survivante de 50 ans m’a confié comment, en 2014, elle avait expliqué au personnel médical d’un camp de personnes déplacées que des membres d’un groupe armé l’avaient violée ainsi que ses deux filles. « Ils nous ont dit : ‘Nous n’avons pas d’injections contre les maladies dans le corps’ », a-t-elle relaté. « Ils ne nous ont donné que des médicaments antipaludiques. »

Les survivantes enceintes à la suite d’un viol se heurtent à une stigmatisation supplémentaire, à une détresse émotionnelle et à des contraintes économiques. Âgée de 23 ans, l’une d’entre elles, consciente d’être enceinte après avoir réussi à échapper à l’esclavage sexuel auquel l’avait réduite un groupe armé, m’a fait le témoignage suivant : « Je me suis dit, si j’avais des médicaments, je mettrais fin à la grossesse. Mais puisque je n’ai rien, je suis condamnée à rester ainsi jusqu’à l’accouchement. » Elle a ajouté qu’elle s’efforce de soutenir, à la fois financièrement et émotionnellement, sa fille, âgée d’environ 12 mois.

Au cours du débat d’aujourd’hui, les États devraient se mettre à l’écoute de l’appel lancé par le Secrétaire général et s’engager à ce que toutes les femmes – y compris, mais sans se limiter à elles, celles dont la grossesse est consécutive à un viol – puissent recevoir les soins médicaux adéquats, en particulier les informations pertinentes et l’accès à des avortements sûrs. Les États devraient également garantir la fourniture d’un soutien sur les plans psychosocial et socioéconomique et une aide juridique aux survivantes, en vue de les aider à reconstruire leur vie.

Le viol dans les situations de conflit a des conséquences parfois meurtrières, mais les dégâts qu’il occasionne peuvent aussi être atténués. La priorisation de l’accès aux services, notamment l’avortement sûr – devrait être l’une des premières mesures à prendre par les gouvernements pour aider femmes et filles à survivre.

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