Le 30 mars, le président élu Faustin-Archange Touadera prendra ses fonctions en République centrafricaine. Sa tâche, consistant à endiguer la violence sectaire meurtrière qui ravage son pays, est devenue encore plus ardue ces dernières semaines. Un regain de violence à Bambari et aux alentours, dans le centre du pays, a entraîné la mort d’au moins onze personnes. Sans une action urgente, il est probable que d’autres morts suivront.

Une machette utilisée dans le meurtre de deux hommes commis en guise de représailles à six kilomètres de Bambari, en République centrafricaine, le 4 mars 2016.

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Ces dernières violences ont suivi un schéma connu. Le 27 février, un berger musulman de l’ethnie peule a été retrouvé mort à Liwa, un village situé à dix kilomètres de Bambari. Cette découverte a déclenché une vague de violence et d’attaques menées en guise de représailles, contre des chrétiens entre autres. À Gbouloulou, un village proche de Bambari, cinq hommes armés appartenant à l’ethnie peule ont abattu une femme d’une balle dans la tête alors qu’elle travaillait dans son champ, sous les yeux de son fils de neuf ans. Ce dernier et d’autres enfants ont pris la fuite, mais deux femmes âgées qui travaillaient à proximité ont été tuées à coups de machette. Plus tard, deux bergers de l’ethnie peule ont été tués alors qu’ils déplaçaient leur bétail.

Le 9 mars, des représentants d’un groupe de la Séléka principalement musulman, l’Union pour la Paix en Centrafrique, et des milices anti-balaka essentiellement chrétiennes, se sont rencontrés à Bambari pour dénoncer les violences. Ils ont affirmé qu’ils voulaient la paix, mais leurs paroles sonnaient creux pour de nombreuses personnes les ayant entendus répéter cela ces dernières années sans pour autant contenir leurs combattants. Des dizaines de civils ont été tués dans un engrenage de représailles à Bambari et dans ses environs depuis 2014.

Des meurtres similaires sont devenus bien trop prévisibles dans d’autres régions du pays. Au moins cent personnes ont trouvé la mort dans les violences sectaires brutales qui ont affecté l'enclave musulmane appelée « Kilomètre 5 » à Bangui, la capitale, entre le 26 septembre et le 13 novembre. Nombre des victimes étaient des civils, y compris des femmes et des personnes âgées. Elles ont été poignardées à mort, égorgées ou abattues à bout portant.

Le nouveau gouvernement présidé par Touadera doit briser les cycles d’impunité qui attisent les violences et faire de la protection des civils une priorité. Le gouvernement de transition sortant a coopéré avec la Cour pénale internationale (CPI) et a adopté une loi créant une Cour pénale spéciale composée de personnel national et international, chargée de juger les violations de droits humains les plus graves et de traduire en justice les auteurs de ces crimes. Un soutien et un plan d’action fermes pour appuyer et promouvoir le travail de la CPI et de la Cour pénale spéciale montreront que le Président Touadera est également attaché à mettre fin à cette violence et à ce que la justice soit rendue pour les victimes.