Il ne faut pas que désespoir rime avec illégalité dans le cadre du projet d'accord entre l’Union européenne et la Turquie au sujet des réfugiés. Personne ne devrait se faire d'illusions : ce qui est en jeu, c’est le principe même de la protection internationale à laquelle ont en principe droit les personnes fuyant la guerre et la persécution.

Des réfugiés et des migrants font la queue pour recevoir de la nourriture, le 4 mars 2016, dans un camp mis en place près du village d’Idomeni, dans le nord de la Grèce, à proximité de la frontière avec la Macédoine.

© 2016 Reuters

Chaque gouvernement européen devra se prononcer cette semaine sur cette question : respectera-t-il le droit de demander l'asile, ou sacrifiera-t-il ce droit à un marchandage avec un pays qui n’a pas l’habitude de le respecter ?

Cette nouvelle proposition est la dernière manifestation d'une dangereuse tendance. Au cours des derniers mois, divers gouvernements européens ont fermé des frontières de manière discriminatoire ou ont imposé de manière illégale des plafonds limitant le nombre de demandes d'asile. Le résultat est l’aggravation d’une catastrophe humanitaire pour des milliers de réfugiés bloqués en Grèce, parallèlement à une  forte montée de discours alarmistes et virulentes stigmatisant les demandeurs d'asile et les migrants.

Nous estimons qu’une réinstallation à grande échelle de réfugiés en Europe et ailleurs serait d’une part le meilleur moyen d’endiguer le sentiment de désespoir qui pousse tant de personnes à prendre le risque d’entreprendre de dangereux voyages dans des embarcations de fortune à travers la Méditerranée, et d’autre part d'agir de manière concrète en solidarité avec d’autres pays, y compris la Turquie, qui accueillent déjà de nombreux réfugiés. Toutefois, les dirigeants européens devraient rejeter toute mesure selon laquelle la réinstallation de certains réfugiés entraverait l’opportunité pour d’autres réfugiés de pouvoir accéder à des procédures équitables de demande d'asile.

Tout en rappelant le droit de chaque personne qui arrive sur les côtes européennes – même de manière irrégulière – à un examen rigoureux et équitable de sa demande d'asile, nous reconnaissons le droit de refuser l’asile à toute personne dont la demande ne serait pas fondée sur des motifs légitimes. Nous nous opposons toutefois aux expulsions collectives et accélérées qui ne tiennent nullement compte des circonstances spéciales de cas particuliers.

La meilleure façon de contrer les démagogues en Europe qui profitent actuellement du chaos en mer Egée n’est pas de donner suite à leur mépris à l’égard du droit international, mais de proposer des solutions durables et fondées sur de vrais principes.

Tribune intégrale en anglais : Say No To A Bad Deal With Turkey

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Kenneth Roth est le Directeur exécutif de Human Rights Watch, Salil Shetty est le Secrétaire général d'Amnesty International, et Catherine Woollard est la Secrétaire générale du Conseil européen sur les réfugiés et les exilés.