(Tokyo) – Le 5 novembre, la Haute Cour de Hong Kong a condamné Joshua Wong, un activiste pro-démocratie bien connu, à 10 ans de prison sur la base d’accusations infondées liées à la sécurité nationale, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Joshua Wong est détenu depuis novembre 2020, alors qu’il avait 23 ans, et risque de rester emprisonné jusqu’à fin 2036, date à laquelle il aura 40 ans.
Le gouvernement de Hong Kong devrait libérer Joshua Wong immédiatement et sans condition. Les gouvernements étrangers devraient dénoncer les condamnations prononcées à son encontre et à l’encontre d’autres activistes pro-démocratie injustement détenus, et imposer des sanctions ciblées aux responsables de la répression croissante à Hong Kong.
« La peine sévère prononcée à l’encontre de Joshua Wong sur la base d’accusations sans fondement est cruelle et injuste », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « Les jeunes personnes qui œuvrent en faveur du changement social constituent un atout pour toute société dynamique, mais le gouvernement de Hong Kong les met derrière les barreaux. »
Afin de maintenir la société hongkongaise sous contrôle et de réduire le risque d’un tollé international, le gouvernement de Hong Kong semble avoir adopté la tactique consistant à accumuler les chefs d’accusation contre des leaders pro-démocratie influents pour garantir leur détention prolongée, a déclaré Human Rights Watch. Parmi les autres personnalités hongkongaises notables ayant été confrontées à des tactiques similaires figurent Jimmy Lai, fondateur du journal Apple Daily, ainsi que les activistes pro-démocratie Lee Cheuk-yan et Albert Ho.
Le tribunal a condamné Joshua Wong, âgé de 30 ans, pour « complot en vue de collusion avec des forces étrangères », , en vertu de la loi sur la sécurité nationale. Les autorités l’ont accusé d’avoir « comploté » avec l’activiste Nathan Law et d’autres individus « non identifiés » entre 2016 et novembre 2020 afin d’exhorter des gouvernements étrangers à sanctionner des responsables gouvernementaux de Hong Kong et de la Chine, alors qu’ils plaidaient en faveur de l’« autodétermination démocratique » de Hong Kong.
L’accusation s’est largement appuyée sur les actions de lobbying international et de sensibilisation médiatique menées par Joshua Wong et Demosisto, le parti politique qu’il a cofondé en 2016, avant l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale. Wong a lancé des pétitions en ligne, s’est exprimé dans les médias internationaux et a rencontré des responsables étrangers afin d’attirer l’attention sur les violations des droits humains à Hong Kong. Il a exhorté les gouvernements à sanctionner les responsables chinois et hongkongais à l’origine de ces violations et à cesser de vendre à la police de Hong Kong les armes qu’elle utilise pour commettre ces violations des droits.
Joshua Wong avait pour l’essentiel cessé ces activités avant l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale, le 30 juin 2020. L’organisation (et ex-parti) Demosisto a été dissous ce jour-là, et Wong a démissionné en tant que son dirigeant. Cependant, le gouvernement de Hong Kong a cité des publications de Wong sur les réseaux sociaux comme prétendues preuves que sa « conspiration » présumée avec Nathan Law en vue de commettre une « collusion avec l’étranger » s’était poursuivie après l’entrée en vigueur de la loi. Dans ces publications, Wong a déclaré qu’il « ne [changerait] pas d’avis » et qu’il continuerait à « solliciter le soutien de la communauté internationale » à titre personnel, tandis que Nathan Law et d’autres personnes à l’étranger poursuivraient leur action de sensibilisation à l’échelle internationale.
Le gouvernement de Hong Kong a également cité des tribunes de Joshua Wong publiées après l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale, ainsi que des interviews, bien qu’aucune tribune ou interview n’ait directement appelé à des sanctions, ce que cette loi interdit expressément. Le gouvernement a également mentionné ses partages des publications de Nathan Law appelant de manière générale à des sanctions contre des responsables chinois et la police de Hong Kong.
La loi sur la sécurité nationale prévoit des peines d’emprisonnement de 3 à 10 ans pour « collusion avec l’étranger », ou de 10 ans à la réclusion à perpétuité pour les infractions jugées de « nature grave ». Joshua Wong a officiellement plaidé coupable le 2 septembre. Un plaidoyer de culpabilité entraîne normalement une réduction de peine d’un tiers. Toutefois, cette réduction ne peut ramener la durée de la peine en dessous du minimum légal.
En raison des restrictions imposées à la couverture médiatique des procédures préliminaires, au cours desquelles un magistrat détermine s’il convient de renvoyer une affaire devant une juridiction supérieure pour y être jugée, le public n’a pas eu connaissance des détails des accusations portées contre Joshua Wong avant son plaidoyer officiel. En 2024, le gouvernement de Hong Kong a promulgué une loi autorisant le tribunal, pour des soi-disant raisons de sécurité nationale, de refuser au prévenu le droit de demander la levée des restrictions imposées à la couverture médiatique de l’affaire.
En limitant la couverture médiatique des procédures préliminaires dans les affaires de sécurité nationale, le gouvernement peut contrôler le récit et porter atteinte au principe juridique fondamental de la publicité des débats judiciaires.
Depuis que Pékin a imposé la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong fin juin 2020, les autorités hongkongaises ont utilisé ce nouveau régime juridique, ainsi que d’autres lois déjà en vigueur, pour démanteler rapidement la société civile de cette ville ; elles ont détenu, emprisonné ou contraint à l’exil des centaines d’activistes et de détracteurs du gouvernement.
Joshua Wong est en détention depuis novembre 2020, date à laquelle il a plaidé coupable de deux chefs d’accusation, organisation et incitation à un rassemblement non autorisé, lié au mouvement de protestation à Hong Kong en 2019. Par la suite, Joshua Wong a plaidé coupable de cinq autres chefs d’accusation à des occasions distinctes, notamment pour avoir enfreint une loi anti-masque, participé à une veillée non autorisée en mémoire du massacre de Tiananmen de 1989, et violé une interdiction judiciaire de divulguer les informations personnelles d’un policier.
Alors qu’il purgeait déjà ces peines, Joshua Wong a été inculpé de deux infractions liées à la sécurité nationale, entraînant des peines plus lourdes. En janvier 2021, il a été inculpé de « complot en vue de commettre un acte de subversion » pour avoir participé à une primaire démocratique non officielle en 2020 et condamné à quatre ans et huit mois de prison supplémentaires.
En juin 2025, avant que Joshua Wong n’ait pu purger l’intégralité de ces peines, les autorités ont retenu contre lui le chef d’accusation de « collusion avec des forces étrangères », s’assurant ainsi qu’il resterait en prison.
Joshua Wong est devenu l’un des activistes pro-démocratie les plus connus de Hong Kong dès son adolescence, après avoir mené en 2012 une manifestation massive contre un programme scolaire gouvernemental largement considéré comme de l’endoctrinement politique. Il est devenu le visage international du mouvement démocratique hongkongais lors du Mouvement des parapluies de 2014 et a cofondé Demosisto avec Nathan Law et d’autres activistes en 2016. Le parti s’est dissous le 30 juin 2020, quelques heures avant l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale.
Les dispositions très larges de la loi sur la sécurité nationale ont été utilisées pour réprimer les manifestations pacifiques et la liberté d’expression. Son application à l’encontre de Wong et d’autres personnes viole le droit à la liberté d’expression garanti par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui est intégré au droit hongkongais par le biais de la constitution de facto de la ville, la Loi fondamentale, et de l’ordonnance sur la Charte des droits.
« Pékin n’a payé aucun prix réel pour sa répression croissante à Hong Kong », a observé Elaine Pearson. « Les gouvernements préoccupés devraient faire pression pour obtenir la libération de Joshua Wong et d’autres activistes, imposer des sanctions ciblées à l’encontre des responsables impliqués et réexaminer plus largement leurs relations avec la Chine à la lumière de l’aggravation des abus. »
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