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Ukraine : Les habitants de Marioupol piégés par l’offensive russe

Les civils doivent être mis en sécurité, et l’accès à l’eau et à l’électricité rétabli de toute urgence

De la fumée s'élève après un bombardement des forces russes à Marioupol, en Ukraine, le 4 mars 2022. © 2022 AP Photo/Evgeniy Maloletka

(Berlin, le 7 mars 2022) – Les habitants de la ville de Marioupol, située sur le littoral sud-est de l’Ukraine, sont privés d’accès à l’eau courante, à l’électricité ou au chauffage depuis le 2 mars 2022, date à laquelle les forces russes ont encerclé la ville, dans le cadre d’une offensive plus vaste, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Les pénuries d’eau aiguës font courir un risque grave à plus de 200 000 résidents qui ne bénéficient pas d’une aide humanitaire ou ne sont pas en mesure de se mettre en sécurité. La municipalité affirme que des centaines de civils ont été tués au cours des combats, bien que l’on ne connaisse pas l’étendue complète des pertes civiles et des dégâts causés aux infrastructures locales en raison de la poursuite des bombardements et de communications limitées.

« Les civils de Marioupol sont piégés dans un cauchemar par un temps glacial, sans eau ni électricité depuis six jours, vivant sous la menace constante des bombardements russes », a déclaré Jonathan Pedneault, chercheur auprès de la division Crises et conflits de Human Rights Watch. « La Russie ainsi que les forces ukrainiennes doivent prendre les mesures nécessaires pour permettre aux civils de quitter la ville en toute sécurité et répondre aux besoins fondamentaux de ceux qui restent. »

Le 6 mars, un obus russe aurait endommagé la dernière antenne de téléphonie mobile en état de marche à Marioupol, rendant la coordination des secours quasi impossible. La poursuite des bombardements a également empêché la réparation des infrastructures touchées (électricité, eau, communications et chauffage).

Le respect des termes du cessez-le-feu et du corridor humanitaire convenu le 4 mars permettrait aux civils d’être évacués en toute sécurité, de faciliter une assistance humanitaire rapide et sans entrave à tous les civils dans le besoin, et de réparer les infrastructures vitales d’électricité, d’eau et de chauffage, a relevé Human Rights Watch. Trois évacuations de civils prévues depuis le 5 mars ont été annulées en raison de la poursuite des combats.

Marioupol, une ville d’environ 430 000 habitants avant le conflit, est située sur les rives de la mer d’Azov, à l’embouchure du fleuve Kalmious, fortement pollué. Selon la municipalité, le système d’eau potable repose sur des stations de pompage des eaux souterraines, ce qui exige de l’électricité. Les stations de traitement des eaux de Marioupol ont également besoin d’électricité.

Les attaques militaires russes sur la ville ont commencé le 24 février. Les bombardements se sont considérablement intensifiés depuis lors, les forces russes ayant encerclé la ville vers le 2 mars. Depuis lors, les civils n’ont pas pu quitter Marioupol.

Petro Andryushchenko, un adjoint au maire de Marioupol, a déclaré à Human Rights Watch les 5, 6 et 7 mars que la ville était sans électricité, eau ou chauffage depuis son siège. « Nous ne savons pas pourquoi, mais la grille électrique est détruite et comme les stations ont besoin d’électricité pour activer les pompes à eau, le système est également endommagé », a-t-il expliqué. « Nous savons que des roquettes ont également endommagé des stations de pompage, mais nous ne sommes pas en mesure de les faire réparer à cause des combats », a ajouté Andryushchenko, qui a affirmé que ces zones sont désormais placées sous le contrôle des forces russes.

Le 6 mars, Médecins sans frontières a déclaré dans un message audio la nécessité absolue de rétablir l’accès à l’eau. « Les gens ne savent pas où ils peuvent trouver de l’eau », a déclaré le coordinateur d’urgence de cette ONG. « Ils boivent l’eau de pluie ou ramassent la neige pour la faire fondre. Ils se sont littéralement introduits dans les locaux de chauffage pour y prendre l’eau afin de pouvoir se laver les mains. »

Les températures actuelles à Marioupol oscillent en moyenne entre -3 et -4 degrés Celsius et en l’absence de précipitation significative prévue dans les jours à venir, il est crucial de rétablir l’électricité et l’approvisionnement en eau de la ville afin de prévenir la propagation de maladies hydriques transmissibles par l’ingestion d’eau contaminée. Une déshydratation sévère peut entraîner une hypothermie, des crampes dans les jambes, un délire, une chute de tension, une défaillance des organes et la mort. Les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées sont davantage exposés aux effets de la déshydratation.

Le droit humanitaire international, ou droit de la guerre, interdit les attaques délibérées et aveugles contre des civils et des biens de caractère civil, ainsi que les attaques qui causent aux civils des dégâts anticipés disproportionnés par rapport au bénéfice militaire attendu. Les lois de la guerre n’interdisent pas les sièges terrestres et les blocus maritimes des forces ennemies, tant qu’ils ne causent pas de dommages disproportionnés aux civils. Toutefois, les parties au conflit doivent permettre et faciliter le passage rapide de l’aide humanitaire destinée aux nécessiteux et ne pas y faire obstacle de manière arbitraire.

En outre, toutes les parties à un conflit armé doivent protéger les biens indispensables à la survie de la population civile, y compris ceux qui sont nécessaires à la distribution d’eau et à l’assainissement. Elles doivent assurer l’accès des civils à une eau et à des installations sanitaires adéquates. La famine comme méthode de guerre est interdite.

Le droit international des droits humains contraint également les gouvernements et les autorités de facto à respecter le droit à l’eau et à veiller à ce que les populations en disposent en quantité suffisante, qu’elle soit potable, physiquement accessible et abordable pour répondre aux usages personnels et domestiques. Les parties au conflit doivent de toute urgence veiller à ce que l’eau et l’électricité soient fournies à la population civile de Marioupol et des autres zones touchées par les hostilités, sans discrimination ni restriction illégale.

« Les plus de 200 000 civils pris au piège à Marioupol sont confrontés au double danger des bombardements incessants et d’un manque d’eau potable de plus en plus critique », a conclu Jonathan Pedneault. « La responsabilité des parties qui ne remplissent pas leurs obligations juridiques internationales pour résoudre de toute urgence la crise humanitaire de Marioupol devrait être établie. »

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