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Grèce: Les camps sur les îles face aux risques du Covid-19

La négligence du gouvernement met des vies en danger

(Athènes) – Face à la pandémie de Covid-19, les autorités grecques n’ont pas déployé des efforts suffisants pour remédier aux problèmes extrêmement préoccupants qui se posent dans les camps de demandeurs d’asile, en particulier la surpopulation et la pénurie de soins de santé, et d’accès à l’eau, à des installations sanitaires et à des articles d’hygiène adéquats, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le gouvernement grec devrait immédiatement prendre des mesures pour protéger les personnes les plus exposées au risque de contracter le coronavirus dans ces lieux insulaires afin d’éviter une crise de santé publique.

« Alors que le gouvernement grec s’efforce d’endiguer le virus, les images des conditions sordides qui règnent dans les camps se trouvant sur les îles montrent clairement qu’il ne respecte pas les mesures minimales de prévention et de protection du Covid-19 sur place », a déclaré Belkis Wille, chercheuse senior auprès de la division Crises et conflits de Human Rights Watch. « Même se laver les mains et pratiquer la distanciation sociale sont impossibles dans ces circonstances. »

Au 20 avril 2020, 34 875 migrants et demandeurs d’asile se trouvaient dans les camps aménagés sur les îles grecques de la mer Égée que sont Chios, Kos, Leros, Lesbos et Samos, soit plus de six fois leur capacité d’accueil.

Human Rights Watch s’est entretenu avec 11 demandeurs d’asile de sexe masculin en provenance d’Afghanistan, de Palestine, de Somalie et de Syrie. Ces entretiens se sont déroulés par téléphone, en anglais et en arabe, entre les 6 et 16 avril 2020. Neuf travailleurs humanitaires sur les îles de Chios, Leros, Lesbos et Samos ont également été interrogés par Human Rights Watch, qui a en outre analysé des photos et des séquences vidéo montrant les conditions régnant dans les camps.

Au 21 avril, 2 401 cas de Covid-19 et 121 décès avaient été recensés en Grèce continentale, et 11 cas parmi la population locale des îles, selon des informations parues dans les médias. Aucun n’a encore été identifié dans les « centres d’accueil et d’identification » (RIC) se trouvant sur les îles. Pourtant, comme l’a observé un travailleur humanitaire, « il est très peu probable que le Covid-19 n’atteigne pas Moria [le camp de Lesbos]. La seule solution si nous voulons minimiser les pertes humaines, c’est de décongestionner les lieux à temps. »

Les autorités devraient, de toute urgence, identifier dans ces camps les populations qui courent un risque élevé de complications graves et de décès consécutifs au Covid-19, y compris les personnes âgées et celles qui sont atteintes de maladies chroniques et de graves problèmes de santé sous-jacents, ainsi que d’autres groupes particulièrement à risque, comme les enfants non accompagnés, les personnes handicapées, les femmes enceintes et celles ayant récemment accouché.

Ces personnes et leurs familles devraient être transportés en toute sécurité vers des solutions d’hébergement accessibles tels que des hôtels, des appartements et d’autres logements, où ils devraient avoir accès à de la nourriture, à de l’eau, à l’assainissement, à des soins de santé et à d’autres services de base. Ces installations devraient être suffisamment spacieuses et équipées pour rendre possible la distanciation sociale, à laquelle les autorités devraient s’efforcer de sensibiliser.

Peu de temps après le signalement des premiers cas de Covid-19 en Grèce, le gouvernement a annoncé, le 17 mars, des mesures pour empêcher la pandémie d’atteindre les camps insulaires. Parmi elles, des restrictions draconiennes pour s’en absenter, en dehors de l’achat d’articles de première nécessité, la suspension des activités, y compris des écoles informelles, et l’interdiction des visites, sauf celles destinées à fournir des services de base. Les autorités ont prolongé les mesures dans les camps jusqu’au 10 mai. Le 22 mars, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis avait annoncé un confinement à l’échelle nationale, qui restreint la liberté de mouvement de la population en dehors des activités essentielles.

Toutes les personnes interrogées ont fait état d’une surpopulation extrême dans les camps et les sites attenants et de systèmes d’eau et d’assainissement extrêmement médiocres. Selon elles, il n’y a aucun moyen de respecter la distanciation sociale dans les files d’attentes qui se forment, souvent pendant des heures, voire pendant des jours, pour obtenir de la nourriture, consulter un médecin, se laver ou utiliser les toilettes, ou obtenir la permission de quitter le site. Les résidents du camp n’ont pas accès à des masques ou à des gants, sauf à Lesbos où des couturières bénévoles ont cousu des masques en tissu pour les résidents. Les personnes interrogées ont déclaré que, à leur connaissance, aucun test de dépistage du Covid-19 n’était disponible dans les camps.

Tous se sont accordés à dire qu’ils entendaient régulièrement les autorités et les travailleurs humanitaires les conseiller sur les mesures à prendre pour se protéger, mais comme un Syrien âgé de 63 ans vivant dans le camp de Samos a observé à propos de la distanciation sociale : « Je passe environ trois heures par jour à faire la queue pour obtenir de la nourriture… Si nous sommes 200 personnes à le faire, le camp n’est même pas assez grand pour que nous puissions tous patienter et conserver la bonne distance entre nous. »

 

Des migrants et demandeurs d’asile vivant dans le camp de Moria, établi comme « Centre de réception et d’identification » (RIC) sur l’ile grecque de Lesbos, faisaient la queue pour y recevoir de la nourriture, début avril 2020. © 2020 Privé

Le 2 avril, le commissaire aux Affaires intérieures de l’Union européenne a annoncé qu’une partie de l’aide financière d’un montant de 350 millions d’euros pour la Grèce serait réservée à financer l’hébergement temporaire des migrants et des demandeurs d’asile se trouvant sur les îles, notamment dans des locations de vacances et des hôtels sur place, et en élargissant la capacité d’accueil sur le continent. En réponse, les autorités grecques ont élaboré un plan de désengorgement des camps après un « triage » des migrants et des demandeurs d’asile, en accordant la priorité au transfert des personnes âgées de plus de 60 ans, à celles qui souffrent de « conditions médicales spécifiques » et aux membres de leurs familles immédiates.

Le plan protégera certaines des personnes les plus exposées au virus, mais comme l’indique une déclaration en date du 16 avril du ministère grec des Migrations, le nombre de transferts ne sera que de 2 380, ce qui est insuffisant pour remédier à la surpopulation extrême, a déclaré Human Rights Watch. Le plan ne répond pas non plus aux lacunes persistantes en matière d’eau, d’assainissement, d’articles d’hygiène et de soins de santé, ni aux problèmes d’accessibilité des personnes handicapées dans les camps et dans les sites adjacents pour ceux et celles qui resteront sur place.

Les informations publiques relatives au plan ne précisent pas quelles conditions médicales rendent éligibles aux réinstallations prioritaires ni si parmi les bénéficiaires figureront les enfants non accompagnés, les femmes enceintes et les mères qui viennent d’accoucher.

Le 15 avril, Human Rights Watch a adressé aux autorités grecques des questions relatives à ces préoccupations, mais n’a reçu aucune réponse à ce jour.

Les autorités devraient fournir des articles sanitaires et d’hygiène adéquats et garantir un accès continu à l’eau courante afin que les résidents du camp puissent respecter les directives de l’Organisation nationale de la santé publique et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour se protéger du coronavirus. Elles devraient également procéder à la désinfection fréquente des parties communes, des salles de bains et des toilettes, ainsi qu’à la collecte et à l’élimination des déchets en temps opportun.

La Commission européenne devrait veiller à ce que son aide d’urgence se traduise par une décongestion rapide des camps, en élaborant avec les autorités grecques un plan assorti d’un échéancier en vue de réduire la population dans les limites des capacités d’accueil réelles et de faciliter la distanciation sociale. La Commission devrait également veiller à ce que les nouvelles installations, en particulier les nouveaux camps insulaires, ne contribuent pas à une hausse des détentions abusives de migrants.

Les États membres de l’UE devraient soutenir ces efforts pour alléger le fardeau de la Grèce, notamment en mettant en place de manière permanente un système de répartition équitable des responsabilités s’agissant de l’accueil des demandeurs d’asile, du traitement de leurs demandes et de l’accélération du regroupement familial.

En fin de compte, Athènes, avec le soutien des institutions et des États membres de l’UE, devrait mettre fin à sa politique inhumaine d’endiguement et faciliter le transfert régulier des demandeurs d’asile des îles de la mer Égée et leur mettre à leur portée des procédures d’asile justes et efficaces.

« Le Covid-19 révèle que le manque de solidarité de l’UE pour lutter contre la congestion dans les îles grecques a non seulement aggravé la situation, mais met désormais des milliers de vies en danger », a conclu Belkis Wille. « Le gouvernement grec et l’UE devraient montrer qu’ils peuvent remporter cette course contre la montre tout en s’attaquant de manière humaine à la question de la surpopulation massive qui pose problème depuis des années. »

Informations complémentaires

Les camps sur les îles grecques

Au 20 avril 2020, 34 875 migrants et demandeurs d’asile se trouvaient dans les camps aménagés sur les îles grecques de la mer Égée que sont Chios, Kos, Leros, Lesbos et Samos. Leur capacité d’accueil cumulée est de 6 095 personnes. La situation dans les îles s’est aggravée en raison d’une hausse des arrivées depuis juillet 2019, à l’origine d’une surpopulation extrême, aggravée par la politique de confinement instaurée par les autorités grecques, qui ont bloqué les transferts vers le continent. Les îles abritaient également environ 212 600 Grecs au dernier recensement, conduit en 2011.

L’absence de mesures de protection de base dans les camps expose tout particulièrement au harcèlement et à des abus sexuels femmes et filles, qui craignent d’utiliser les installations locales, notamment les sanitaires, dont les portes ne comportent pas de verrou et l’éclairage est insuffisant. En outre, les sanitaires sont difficiles d’accès pour certaines personnes handicapées. Des milliers de personnes vivant dans des sites adjacents à Chios, Leros, Lesbos et Samos, où les gens dressent leurs propres tentes, sont confrontés à des problèmes encore plus graves. Les autorités grecques n’ont pratiquement pas mis en œuvre les plans, annoncés en novembre, de réinstallation de 20 000 demandeurs d’asile vers le continent d’ici début 2020.

Dans une communication en date du 27 mars à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), le gouvernement grec a présenté une série de mesures qu’il a prises pour lutter contre la pandémie dans les camps insulaires. Il s’agit notamment d’autoriser une seule personne par famille à aller faire des courses entre 7 h et 19 h, de limiter le nombre total de personnes pouvant se rendre à l’extérieur à tout moment, de limiter l’entrée des travailleurs humanitaires et des visiteurs, de suspendre les services éducatifs et autres activités conduites à l’intérieur des lieux.

Le gouvernement a déclaré que les parties communes seraient nettoyées quotidiennement, notamment avec des produits désinfectants, et les poignées de porte des parties communes fréquemment désinfectées. L’Organisation nationale de la santé publique, ont affirmé les autorités, établirait des zones de quarantaine adéquates et le gouvernement recourait à des affiches dans les langues pertinentes et à des informations écrites ou annoncées par voie orale dans une langue que les résidents peuvent comprendre, sur l’ensemble des mesures imposées.

Le gouvernement n’a pas fourni de détails sur les stocks existants de masques, gants et désinfectants disponibles dans les camps. Elle n’a pas non plus précisé de quelle manière elle rendrait les informations relatives à la protection, les tests et les traitements accessibles aux personnes souffrant de divers handicaps, notamment la cécité ou la surdité.

À la mi-avril, le directeur de l’Organisation nationale de santé publique s’est rendu à Lesbos et s’est engagé à y installer début mai une unité mobile pour effectuer les tests de dépistage du Covid-19.

Surpopulation

Faire la queue aux côtés de dizaines d’autres personnes est une réalité quotidienne, ont assuré toutes les personnes interrogées. Elles ont déclaré qu’en raison du confinement et des moyens limités de faire des courses, la chaîne alimentaire, qui a toujours été longue, l’est devenue encore davantage. À l’exception des habitants de Leros – qui ont déclaré que les files d’attente n’étaient pas si longues, encore qu’elles ne permettent pas toujours à la distanciation sociale d’être respectée – les personnes interrogées ont déclaré qu’elles faisaient la queue entre une heure et demie et cinq heures pour obtenir un repas.

À Samos, la situation a été exacerbée par la décision de servir deux repas par jour au lieu de trois, pour éviter aux résidents d’avoir à faire la queue plus de deux fois par jour. Mais selon deux d’entre eux, cela n’a fait que grossir encore davantage les files d’attente, parce que si auparavant, certains pouvaient faire l’impasse sur l’un des trois repas, personne en revanche ne manquerait les deux seuls repas servis dans la journée.

Toutes les personnes interrogées ont déclaré devoir également attendre dans des files d’attente interminables pour être soignées. Un résident de Lesbos a déclaré qu’il n’y avait qu’une seule clinique dans le camp pour 20 000 personnes. Les résidents ont besoin d’une note de la clinique pour recevoir des soins de santé à l’extérieur du camp. Il a dit qu’il y a toujours en moyenne 100 à 200 personnes agglutinées les uns aux autres pour consulter des médecins entre 8h30 et 15h30, une information confirmée par les travailleurs humanitaires. À Samos, deux résidents ont déclaré attendre en moyenne jusqu’à trois jours pour être reçu par un médecin.

Human Rights Watch a documenté à plusieurs reprises ces dernières années le fait que les résidents des camps doivent faire la queue pendant des heures, voire des jours, pour obtenir des soins médicaux, souvent en vain, et que l’accès aux soins spécialisés, y compris prénatals et postnatals, est extrêmement limité. De plus, en raison des nouvelles restrictions, les personnes qui souhaitent se rendre à l’extérieur des camps attendent des heures durant dans des files d’attente particulièrement denses pour obtenir la permission de la police de quitter les lieux. Un travailleur humanitaire et un résident de Chios ont déclaré avoir tous les deux vu la police infliger une amende de 150 euros à certains résidents pour avoir quitté les camps, même s’ils y avaient été autorisés.

D’après des résidents des camps de Lesbos et Samos et un travailleur humanitaire à Chios, les résidents ne prennent parfois pas plus d’une douche par semaine pour éviter d’avoir à patienter trois heures dans une longue file d’attente bondée. Ceux de Leros ont affirmé que les files d’attente étaient plus courtes, et ne prenaient que 20 minutes environ pour être absorbées. Un homme qui s’occupait d’un bébé a dit qu’il remplissait des bouteilles d’eau et lavait son enfant à l’intérieur de sa tente pour éviter d’avoir à faire la queue. Les habitants de Lesbos et Samos ont déclaré qu’ils devaient souvent endurer de longues files d’attente pour faire la vaisselle et la lessive ou se laver les mains, ou pour se rendre aux toilettes.

La communication gouvernementale en date du 27 mars faisait allusion à des directives relatives aux précautions d’hygiène à prendre dans dix des lieux les plus fréquentés, y compris des instructions pour respecter la distanciation sociale dans le cadre des files des d’attentes. D’après Athènes, les autorités annoncent, toutes les deux à trois heures par haut-parleur, des instructions et des mesures, ainsi que par l’envoi de SMS aux téléphones portables des résidents et dans les espaces sécurisés réservés aux enfants non accompagnés.

Toutes les personnes interrogées ont confirmé que chaque jour, elles entendaient des haut-parleurs annoncer les mesures de confinement dans différentes langues, de même que d’autres conseils sur les normes d’hygiène à suivre et la nécessité de restreindre les mouvements et la distanciation sociale à l’intérieur du camp.

Les résidents interrogés vivent dans des tentes ou des conteneurs de différentes tailles, certains seuls, d’autres uniquement avec leur famille immédiate, et certains dans des conteneurs maritimes abritant plusieurs familles, jusqu’à 25 personnes. « Je vis dans un conteneur de trois mètres sur quatre avec ma famille de six personnes et une autre famille de six personnes. Dites-moi, comment diable pourrais-je pratiquer la quarantaine si je tombe malade ? » s’est demandé un résident du camp de Chios.

 

Politiques en matière de soins de santé et d’isolement éventuel

Tous les résidents interrogés ont déclaré ne pas avoir été dépistés pour le Covid-19 et ne connaissaient personne qui l’avait été, ni connaître la procédure pour demander à l’être. Tous supposaient qu’ils devront se rendre à la clinique de leur camp, ce qui est synonyme de longues files d’attente. D’après eux, certains personnels soignants avaient pris la température des résidents à leur demande. Les résidents de Leros ont affirmé que les médecins ne se rendaient plus à la clinique à cause du confinement, et que donc si quelqu’un tombait malade, la police devait accepter d’appeler une ambulance, mais uniquement pour les cas graves. Il n’y a pas de dispositions claires pour fournir des soins de santé aux personnes ayant des maladies préexistantes, aux femmes enceintes ou aux femmes qui viennent d’accoucher.

Dans sa communication à la Cour européenne des droits de l’homme, le gouvernement grec indique que le camp de Samos avait sanctuarisé un espace dédié à « l’hospitalisation et l’isolement de tout cas de coronavirus ». Cependant, trois migrants et un agent humanitaire interrogés à Samos ont déclaré n’avoir vu aucun nouveau lieu spécifique de cet ordre ni reçu d’informations à ce sujet. Un deuxième travailleur humanitaire à Samos a constaté qu’il y avait jusqu’à sept conteneurs pouvant permettre d’isoler deux patients chacun, mais que, compte tenu de la population d’environ 7 000 personnes, la mise en quarantaine d’à peine 14 d’entre elles serait probablement insuffisante si le virus pénétrait dans le camp. Le 15 avril, un conteneur installé à l’hôpital de Samos pour faire face aux cas de virus a été vandalisé.

D’après quatre habitants de Lesbos, les autorités ont placé le mois dernier un nouveau conteneur à l’entrée du camp. Aucun d’entre eux n’avait interagi avec les quelques agents de santé stationnés sur place qui, ont-ils remarqué, portaient des masques et des gants, et n’avaient vu personne d’autre y entrer. Ils ont déclaré que, au cours du mois écoulé, ils pensaient que les autorités avaient installé un ou plusieurs conteneurs susceptibles d’avoir un lien avec les mesures d’isolement relative au Covid-19, mais ils ne les ont pas vus en service et n’ont reçu aucune information à leur sujet.

Un résident de Chios a déclaré que les autorités avaient installé deux nouveaux conteneurs, un avec trois lits à l’intérieur, qui, selon eux, étaient destinés à isoler toute personne ayant contracté le virus. Un de ceux de Leros a assuré avoir entendu dire que les autorités installeraient des conteneurs destinés à des mises en quarantaine à la mi-avril, ce qui n’a pas encore été fait.

En avril, les autorités ont mis en quarantaine deux camps de migrants et de demandeurs d’asile se trouvant la partie continentale de la Grèce parce que les résidents des camps avaient été testés positifs au Covid-19, ne laissant entrer ou sortir personne. Ces mesures ont été prises sans assurer la moindre traçabilité des contacts humains ni mettre en quarantaine les personnes infectées par le virus, ont relevé deux travailleurs humanitaires et un résident. Dans un troisième cas, les autorités ont verrouillé le camp sans aucune preuve que le virus y avait pénétré, simplement parce qu’elles soupçonnaient les résidents du camp d’avoir été en contact avec une communauté voisine où des gens avaient été testés positifs au coronavirus. Dans un quatrième cas, les autorités ont placé en quarantaine un hôtel du Péloponnèse abritant 470 demandeurs d’asile, après qu’une femme enceinte y a été testée positive. Le 21 avril, une centaine d’occupants de l’hôtel ont été testées positifs.

Un travailleur humanitaire a déclaré :

Aussi scandaleux que cela puisse paraître, l’approche des autorités quand elles soupçonnent qu’il pourrait y avoir un cas de virus dans un camp consiste simplement à y enfermer tout le monde, potentiellement des milliers de personnes, certaines très vulnérables, et à jeter la clé, sans prendre les mesures appropriées pour retracer les contacts humains qu’elles ont pu avoir et isoler celles qui sont infectées.

Trois travailleurs humanitaires ont déclaré qu’à Lesbos, l’unité de soins intensifs de l’hôpital unique ne disposait que de six lits, tandis qu’à Chios, il y en avait seulement trois et à Samos, deux. Deux agents humanitaires ont déclaré qu’il n’y avait pas d’unité de soins intensifs à Leros ou à Kos.

Selon les habitants de Lesbos, un groupe de volontaires avait cousu suffisamment de masques en tissu réutilisables pour couvrir les visages d’environ 80% de la population migrante, mais personne n’avait accès à des gants. Aucun des habitants des autres îles n’a accès à des masques ou à des gants.

Eau, hygiène et assainissement

Les habitants des camps de Lesbos et Chios ont déclaré qu’ils n’avaient pas systématiquement accès à l’eau pour se laver ou à l’eau potable. Quatre résidents de Lesbos ont déclaré qu’ils n’avaient de l’eau courante que pendant deux heures le matin, deux heures l’après-midi et 30 minutes la nuit pour faire leur toilette. Le résident de Chios a témoigné qu’il n’avait de l’eau courante que deux heures par jour pour se laver les mains et prendre sa douche. Le travailleur humanitaire de Chios a déclaré que l’accès à l’eau était devenu si limité par endroits que certains résidents du camp ont commencé à creuser leurs propres puits. Elle a partagé des photos à ce sujet.

La majorité des demandeurs d’asile sur les îles sont contraints de vivre dans des établissements humains informels adjacentes aux camps en raison de la surpopulation qui y règne. Les résidents doivent se rendre à l’intérieur des camps pour obtenir de l’eau et la rapporter dans des bouteilles, ce qui entrave leur capacité à rester propres. Un habitant du site adjacent au camp de Samos a déclaré que l’approvisionnement en eau prenait fin quotidiennement vers midi.

Les habitants de Samos et Leros ont affirmé ne pas avoir assez de savon. Tous les migrants et travailleurs humanitaires ont déclaré que depuis l’épidémie du virus, le gouvernement avait temporairement cessé d’alimenter leurs moyens de paiement en vue d’empêcher les gens de faire des courses en dehors des camps, de sorte qu’ils n’ont pu se procurer du savon ou d’autres biens, notamment des produits alimentaires, y compris dans les magasins à l’intérieur du camp, une décision qui n’a fait que rallonger les files d’attente.

Aucune des personnes interrogées n’a vu la moindre désinfection pratiquée dans les camps.

Un résident de Lesbos a déclaré que certains de ses homologues qui aident l’équipe chargée de préparer les repas ces dernières semaines l’ont fait à sa connaissance sans gants ni masque.

Personnes à risque

Les données disponibles ont révélé que les personnes âgées sont plus susceptibles de développer des complications graves et potentiellement létales liées au Covid-19. Le Syrien âgé de 63 ans se trouvant dans le camp de Samos a déclaré être extrêmement inquiet de contracter le coronavirus. Conscient que cela affectait davantage les personnes de sa tranche d’âge, il écoutait les conseils que les autorités donnaient quotidiennement, mais a observé qu’il n’y avait pas de file d’attente spécifique moins longue réservée aux personnes âgées ou à celles qui sont atteintes de handicap pour obtenir de la nourriture, recevoir des soins médicaux, avoir accès aux sanitaires et aux douches, ou pour quitter le camp.

Certaines personnes handicapées peuvent être davantage vulnérables au Covid-19, en particulier celles qui ont des problèmes de santé sous-jacents susceptibles de provoquer des complications graves. Pour d’autres, un handicap ne les expose pas en soi à un risque plus élevé, mais ils le sont en raison de la discrimination et des obstacles à l’accès à l’information, à l’assainissement et aux sanitaires. Un Syrien souffrant d’un handicap physique qui se déplace à l’aide de béquilles à Moria a déclaré que se laver et patienter dans des files d’attente interminables était particulièrement difficile pour lui et les autres personnes atteintes de handicap. Il a dit qu’il devait demander à des amis de l’aider à se laver, car il n’y a pas de sanitaires adaptés et accessibles pour des gens dans sa situation.

Les recherches menées par Human Rights Watch en 2016 et 2017 ont révélé que les demandeurs d’asile et les réfugiés handicapés n’étaient pas correctement identifiés en Grèce, avaient des difficultés à accéder à des services de base tels que des abris, des sanitaires et des soins médicaux adéquats et, comme d’autres migrants vulnérables, ne disposaient que d’un accès limité aux soins de santé mentale.

Bien qu’il n’y ait encore aucune preuve que les femmes enceintes courent un risque plus élevé de maladie grave si elles contractent le coronavirus, l’OMS a déclaré que, en raison de changements dans leur corps et leur système immunitaire, elles peuvent être particulièrement vulnérables à certaines infections respiratoires. Les recherches menées par Human Rights Watch en 2017 et 2019 ont révélé que les femmes enceintes et les mères qui viennent d’accoucher dans le camp de Moria n’avaient pas accès à des soins médicaux complets, y compris des soins prénatals pour les grossesses à haut risque, et à une nutrition et une literie adéquates pour répondre à leurs besoins, conformément aux normes internationales. Le résident de Chios a déclaré qu’il devait se faufiler pour acheter des vitamines et des médicaments pour sa femme enceinte parce que la police locale avait refusé de lui accorder la permission de quitter le camp.

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Articles

Mediapart    RFI

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Ds les camps des îles grecques, milliers de personnes âgées, handicapées & malades, font la queue pdt des heures pour obtenir nourriture, soins médicaux, douche & autorisation de sortie. Gvt doit agir maintenant pr les protéger de #COVID19 #SOSMoria https://t.co/uABKVHwAkp pic.twitter.com/r5pRaIgtVH

— HRW en français (@hrw_fr) April 22, 2020

Dans le camp de #Moria sur l’ile de #Lesbos en #Grèce, un petit groupe de #réfugiés s’est donné pour mission de sensibiliser les personnes résidant dans ce camp surpeuplé au sujet du #Covid19 et des moyens de se protéger. Vidéo sous-titrée FR >> https://t.co/q49uga26Tq pic.twitter.com/pEAxwHcEv0

— HRW en français (@hrw_fr) April 22, 2020

L’ONG Human Rights Watch craint « une crise de santé publique » dans les camps de migrants surpeuplés situés sur les îles de la mer Egée. https://t.co/m4duVwUaAx

— RFI (@RFI) April 22, 2020

Grèce: HRW craint une crise sanitaire dans les camps de migrants des îles via @Mediapart https://t.co/rmMZL29azJ

— HRW en français (@hrw_fr) April 23, 2020

#Grèce #COVID19 - Une crise majeure menace les camps de #réfugiés sur les iles grecques, selon HRW qui appelle à d’urgentes mesures pour mieux protéger ces personnes vulnérables. https://t.co/62Q8n04L48 via @lavenir_net #AFP.

— HRW en français (@hrw_fr) April 24, 2020

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