Des personnes migrantes sur un bateau avec lequel elles ont tenté de traverser la Méditerranée vers l'Italie, après avoir été détenues dans une base navale libyenne à Tripoli, le 20 septembre 2015.

© 2015 Reuters

La décision de la France la semaine dernière de finalement renoncer à offrir six bateaux aux garde-côtes libyens est une bonne nouvelle tant la Libye aurait pu utiliser ce « cadeau » pour faire subir de graves abus à encore plus de migrants et de réfugiés en Libye.

En février, la ministre française des Armées avait annoncé que la France transfèrerait aux garde-côtes libyens six bateaux rapides « semi-rigides » qui auraient servi à intercepter les personnes fuyant la Libye. Cette annonce, alors que le gouvernement français savait pertinemment que les personnes interceptées en mer par les garde-côtes libyens courent clairement le risque d’être systématiquement détenues en Libye dans des conditions atroces, avait provoqué une vague d’indignation et de critiques. De nombreuses organisations non-gouvernementales (ONG), dont Human Rights Watch, avaient exhorté le gouvernement français publiquement et en privé à revenir sur sa décision.

Nous avons appris avec satisfaction lors de récentes réunions que le ministère des Armées avait finalement annulé son projet de livraison. Cette décision a été officiellement confirmée dans un mémoire du ministère à la Cour administrative d’appel de Paris, le 26 novembre, dans le cadre de l’action en justice menée par Amnesty International, Médecins Sans Frontières et six autres ONG pour bloquer le transfert des bateaux.

Que le gouvernement français ait entendu nos critiques est une victoire pour nos organisations. Pour autant, la France doit faire beaucoup plus pour que cesse la situation cauchemardesque des migrants et des réfugiés détenus arbitrairement en Libye.

La France et ses partenaires européens devraient conditionner la coopération bilatérale et européenne en matière migratoire avec la Libye à la fin de la détention arbitraire et des abus contre les migrants par les autorités libyennes. La France devrait aussi intensifier ses efforts pour l’évacuation des migrants et des demandeurs d’asile les plus vulnérables vers des lieux sûrs, y compris vers des pays européens. Enfin, plutôt que renforcer les garde-côtes libyens, la France devrait pousser pour la reprise urgente des opérations européennes de recherche et de sauvetage en mer, le débarquement dans les ports sûrs de l’UE, et veiller à ce que personne ne soit renvoyé vers les conditions infernales en Libye.

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