Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi prononce un discours au palais présidentiel Ittihadiya au Caire, le 26 mai 2017.

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Le 24 octobre, les députés européens ont protesté contre la répression brutale des droits humains en Égypte, en dénonçant la faible réaction de l'Union européenne et de ses États membres à l'escalade de la crise, et en les exhortant à « une révision profonde et complète » des relations de l’UE avec l’Egypte.

Ces dernières semaines, le gouvernement du président Sissi a arrêté des milliers de manifestants. Nombre d'entre eux risquent encore de subir des actes de torture, des mauvais traitements et des procès profondément inéquitables. Jusqu'à présent, l'UE et ses États membres sont restés silencieux sur la situation et n'ont adopté aucunes mesures fermes pour y répondre.

Depuis le coup d'État de 2013 qui a porté Sissi au pouvoir, l'UE a tout fait pour relancer la coopération et normaliser ses relations avec l'Égypte. Les priorités de partenariat de juin 2017, convenues entre l'UE et l'Égypte, et pleines de vagues engagements pour le respect des droits humains et des principes démocratiques, ont suscitées un optimisme naïf sur la possibilité de ce partenariat à provoquer des changements positifs dans le pays.

Mais deux ans plus tard, il est évident que Sissi n'a d'autre intérêt que celui de rester au pouvoir à tout prix. Bien qu'il ait affirmé son engagement en faveur des droits humains, il n'a entamé aucun dialogue constructif avec la société civile, et son gouvernement continue de répondre aux critiques et à la contestation par une répression brutale.

Bien que conscients de la situation, l'UE et ses États membres ont jusqu'à présent fermé les yeux sur les abus de Sissi. Les transferts d’armes se poursuivent sans fléchir, en dépit de l'engagement pris en 2013 de suspendre ces ventes. Plusieurs Etats membres intensifient leurs relations bilatérales avec le gouvernement égyptien, empêchant ainsi toute action collective de l'UE. En conséquence, les diplomates européens sont contraints de souligner de manière pathétique toute évolution quelque peu positive en Égypte, dans le but de dissimuler le bilan du gouvernement, notamment en saluant maladroitement la nouvelle loi sur les ONG, alors que les députés en réclamaient l'abrogation, ou en louant les efforts de l’Egypte dans sa  lutte antiterroriste sans évoquer la  campagne désastreuse en cours  dans le Sinaï Nord.

La nouvelle Commission européenne, qui entrera en fonction d'ici la fin de l'année, devrait réexaminer de toute urgence la politique de l'UE concernant l'Égypte. Le nouveau président du Conseil européen ne devrait plus tolérer que des États membres empêchent individuellement une véritable action de l'UE. L'UE et ses États membres devraient tenir compte de l'appel du Parlement à utiliser tous les leviers à leur disposition, y compris la diplomatie bilatérale et multilatérale, les négociations commerciales, le financement et les mesures restrictives ciblées, pour mettre un terme à la répression et garantir des progrès significatifs dans le domaine des droits humains en Égypte.

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