Guinée : Des villageois lésés par les activités minières

L’essor des activités minières en Guinée, notamment dans le secteur de la bauxite, a engendré certains effets néfastes pour les communautés locales. Dans un nouveau rapport, HRW appelle le gouvernement et les sociétés minières à protéger davantage les droits des villageois affectés.

La semaine dernière, 13 communautés rurales de Guinée a rendu publique une plainte contre une filiale de la Banque mondiale dédiée aux prêts au secteur privé, au sujet d'un prêt accordé à l'une des plus grosses compagnies minières du pays, affirmant que les activités de cette dernière ont détruit des terres agricoles ancestrales et pollué des sources d'approvisionnement vitales en eau.

La plainte, déposée auprès du conseiller-médiateur (Compliance Advisor Ombudsman, CAO) de la Société financière internationale (SFI), se rapporte à un prêt accordé à la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), laquelle appartient conjointement au gouvernement guinéen et aux compagnies multinationales Alcoa et Rio Tinto.

Human Rights Watch a publié en octobre 2018 un rapport dans lequel est décrit comment l'extraction de la bauxite en Guinée menace le mode de vie et les moyens d'existence de villages ruraux . La Guinée est le plus gros exportateur de bauxite vers la Chine, celle-ci étant le premier producteur mondial d'aluminium.

Depuis le début de ses activités en 1973, la CBG a exproprié des agriculteurs locaux sans leur offrir de compensation adéquate, en profitant de la protection ambiguë des droits fonciers ruraux par la législation guinéenne. Des images satellite ont permis de documenter comment les activités minières ont progressivement détruit des terres agricoles. « Je pense qu'en moins de 10 ans, la terre sera épuisée », a déclaré un agriculteur, dont le village a perdu plus de 40 % de ses terres arables au profit des activités minières depuis 2005. L'expansion des opérations de la CBG va maintenant obliger le village de cet agriculteur à se déplacer entièrement.

Les communautés rurales sont représentées par deux ONG guinéennes et par Inclusive Development International, qui affirment qu'avant de prêter à la CBG 200 millions de dollars en 2016, la SFI aurait dû s'assurer que la compagnie s'acquitterait de sa responsibilité de remédier aux effets négatifs de ses activités minières. Le prêt de la SFI a aidé la CBG à recueillir plus d'un milliard de dollars pour développer ses activités et accroître sa production.

La plainte affirme également que le ruissellement en provenance des mines de bauxite a pollué les rivières et les ruisseaux voisins. Le rapport de Human Rights Watch a montré que la CBG avait opéré pendant des décennies sans se doter des mécanismes de contrôle nécessaires pour évaluer de manière adéquate l'impact des activités d'extraction sur la qualité et la disponibilité de l'eau pour les communautés locales.

La CBG a affirmé qu'elle avait amélioré sa gestion des questions environnementales et sociales depuis qu'elle a reçu le prêt de la SFI, et qu'elle examinerait tout grief qui lui serait adressé concernant les acquisitions de terres réalisées dans le passé.

Cependant, les communautés rurales doivent surmonter d'énormes défis pour obtenir réparation de la part des compagnies minières, ne serait-ce que le colossal déséquilibre des forces lorsqu'elles affrontent des entreprises multinationales. Les plaignants de cette semaine demandent à la CBG et à la SFI d'entrer dans un processus de médiation indépendante qui offrirait un cadre plus équitable dans lequel il soit possible de trouver un moyen de régler les torts causés par la compagnie.

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Jeune Afrique

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