(Bangkok, le 6 janvier 2019) - Les autorités thaïlandaises devraient immédiatement mettre fin à la procédure d'expulsion visant une femme saoudienne qui affirme avoir subi des violences domestiques et craindre pour sa sécurité en cas de rapatriement forcé vers l’Arabie saoudite, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Les autorités thaïlandaises devraient également lui permettre sans entrave de revendiquer le statut de réfugiée auprès de bureau de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à Bangkok, et de respecter la décision que prendra le HCR en vertu de son mandat de protection de personnes menacées. 

Rahaf Mohammed al-Qunun

© Privé

Rahaf Mohammed al Qunun, 18 ans, a déclaré à Human Rights Watch qu'elle était arrivée à l'aéroport Suvarnabhumi de Bangkok dans la soirée du 5 janvier 2019, dans un avion en provenance du Koweït. Elle devait poursuivre son voyage vers l'Australie, mais a été interceptée à l’aéroport de Bangkok par un représentant de l'ambassade saoudienne, qui a confisqué son passeport, l'empêchant ainsi de poursuivre son voyage vers l’Australie. Les autorités saoudiennes et thaïlandaises l’ont ensuite informée qu'elle serait forcée de retourner par avion au Koweït – où son père et son frère l'attendaient – dans la matinée du 7 janvier.

« Les femmes saoudiennes ayant fui leur domicile familial risquent d’être victimes de violences, de privation de liberté et d’autres graves préjudices en cas de rapatriement forcé », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les autorités thaïlandaises devraient immédiatement cesser toute mesure d'expulsion et lui permettre soit de poursuivre son voyage en Australie, soit de rester en Thaïlande afin de déposer une demande de protection en tant que réfugiée. »

Rahaf Al-Qunun a déclaré avoir fui lors d’un séjour avec sa famille au Koweït, pays qui – contrairement à l’Arabie saoudite – n’exige pas l’autorisation d’un parent de sexe masculin avant d’autoriser une femme adulte à voyager. Elle a expliqué qu'elle avait décidé de fuir en raison des mauvais traitements infligés par des membres de sa famille, notamment ses proches de sexe masculin qui l’avaient battue, menacée de mort et forcée à rester dans sa chambre pendant six mois après qu’elle se fut coupé les cheveux.

Human Rights Watch a précédemment documenté la manière dont le système de tutelle masculine saoudien oblige les femmes à obtenir l’autorisation d’un homme de leur famille afin de voyager à l’étranger, de se marier ou d’être remise en liberté dans le cas des femmes incarcérées. Dans certains cas, elles ont aussi besoin d’un tel consentement avant de pouvoir travailler ou accéder à des soins de santé. Ces restrictions durent de la naissance jusqu'à la mort, l'État saoudien considérant les femmes comme ayant un statut de mineure permanente, au niveau juridique.

Bien que l’Arabie saoudite dispose de certaines réglementations pour lutter contre la violence domestique, la tutelle rend extrêmement difficile pour les victimes de violence de demander protection ou d’obtenir réparation devant un tribunal. La quasi-impossibilité de transférer la tutelle loin de parents violents peut condamner les femmes à une vie de violence. Les refuges pour les victimes de violence domestique renvoient souvent les femmes chez elles si leurs agresseurs s'engagent à ne pas leur nuire, et les femmes ne peuvent quitter ces refuges sans un parent de sexe masculin pour les recevoir.

Dans un cas semblable survenu en avril 2017, la Saoudienne Dina Ali Lasloom a été renvoyée de force en Arabie saoudite alors qu'elle se trouvait en transit aux Philippines, d’où elle souhaitait poursuivre son voyage en Australie.

Communiqué complet en anglais :

www.hrw.org/news/2019/01/06/thailand-allow-fleeing-saudi-woman-seek-refuge

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