Des migrants ayant traversé la frontière entre la Turquie et la Grèce, assis sur un banc dans un centre de rétention situé dans le village de Fylakio, dans le nord de la Grèce, le 24 février 2017.

© 2017 Alexandros Avramidis /Reuters

(Athènes) – Dans le nord de la Grèce, des milliers de migrants et de demandeurs d’asile sont soumis à des conditions d’accueil et de détention déplorables, les groupes à risque ne bénéficiant pas de la protection nécessaire, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La Grèce n’a pas respecté les normes minimales pour les femmes enceintes, les jeunes mères et d’autres personnes arrivant par la frontière terrestre avec la Turquie dans la région d’Evros, dont beaucoup fuient la violence ou la répression à leur encontre dans des pays comme la Syrie, l’Afghanistan et l’Irak.

En mai 2018, lors de ses visites dans trois centres gérés par le gouvernement et accueillant des demandeurs d’asile et des migrants, Human Rights Watch a conclu à des conditions de vie qui ne répondent pas aux normes internationales en vigueur. Les trois établissements manquaient d’un accès adéquat aux soins de santé, y compris aux soins de santé mentale, et au soutien des personnes à risque, notamment les femmes voyageant seules, les femmes enceintes, les mères allaitantes et les victimes de violences sexuelles. Le manque d’interprètes faisait obstacle à une communication essentielle. Les demandeurs d’asile et les migrants ont déclaré ne pas connaître la raison de leur détention. Les personnes interrogées ont signalé des abus verbaux de la part de la police, et deux d’entre elles ont dit avoir été témoins de violences physiques de la part d’autres policiers.

« Des gens nous ont dit être si mal traités dans ces établissements qu’ils avaient l’impression de ne pas être des humains », a déclaré Hillary Margolis, chercheuse auprès de la division Droits des femmes de Human Rights Watch. « La Grèce devrait respecter les normes fondamentales relatives aux soins pour tous ceux qui sont placés sous sa responsabilité, indépendamment de leur statut au regard de l’immigration. »

Human Rights Watch a interrogé 49 demandeurs d’asile et migrants dans les trois établissements en question, ainsi que leurs personnels et les autorités grecques. Les conditions étaient particulièrement mauvaises au centre de rétention de Fylakio, où les chercheurs de Human Rights Watch ont découvert des demandeurs d’asile détenus dans des cellules sombres et humides, avec des odeurs insupportables flottant dans les couloirs. Des demandeuses d’asile et des migrantes étaient détenues avec des hommes sans lien de parenté avec elles, à la fois dans le centre de rétention et sur le site d’accueil et d’identification de Fylakio, où les normes élémentaires n’étaient pas respectées, comme le fait de disposer de toilettes et de portes verrouillées. Fin juillet, les employés des deux centres de Fylakio ont confirmé que les conditions n’avaient pas changé. Au moment de la visite de Human Rights Watch dans le camp de Diavata, les familles de demandeurs d’asile et de migrants étaient logées ensemble dans des chambres bondées, et certaines dans des tentes, y compris des femmes enceintes et des mères allaitantes.

Dans le nord de la Grèce, à la frontière terrestre avec la Turquie, une hausse des arrivées au printemps 2018, qui a culminé en avril, a ralenti les procédures d’accueil et d’identification, avec pour corollaire une surpopulation et des séjours plus longs dans les centres de rétention. Toutefois, cela ne dispense pas le gouvernement grec de respecter les droits de tous les demandeurs d’asile et migrants, notamment en leur garantissant un niveau de vie décent et des soins de santé adéquats.

En attendant la finalisation des procédures de réception et d’identification, les autorités grecques accueillent les migrants en situation irrégulière nouvellement arrivés dans le nord de la Grèce, et ceux qui sont en quête de protection internationale, dans un ou plusieurs des établissements suivants : les postes de police frontalière dans la région d’Evros ; le centre de détention provisoire de Fylakio, géré par la police hellénique ; et le centre de réception et d’identification de Fylakio, géré par le ministère de la politique migratoire. Certains sont ensuite transférés dans des camps ouverts, dont celui de Diavata, à Thessalonique, administré par le ministère de la politique migratoire, et d’autres dans des logements administrés par l’agence des Nations Unies pour les réfugiés. Certains restent en détention jusqu’à ce que la procédure de demande d’asile soit menée à son terme, ou en attendant leur expulsion ou leur retour volontaire.

En juin, Human Rights Watch a écrit à la police grecque et au ministère de la politique migratoire pour qu’il commente ses conclusions. Le chef de la police hellénique a répondu le 4 juillet en reconnaissant que la hausse des arrivées avait exercé une pression sur les sites d’accueil, mais que les conditions s’amélioraient. Le ministère n’a pas encore répondu.

Les procédures gouvernementales d’accueil et d’identification sont censées inclure des contrôles médicaux et des dépistages pour les personnes vulnérables, y compris les femmes enceintes et les mères allaitantes, les personnes souffrant de troubles médicaux ou mentaux, celles atteintes de handicap et les enfants non accompagnés ou séparés. Cependant, Human Rights Watch a constaté que ces procédures ne sont pas systématiquement suivies. La plupart des demandeurs d’asile et des migrants interrogés ont déclaré ne pas avoir été examinés par le personnel médical ou ne pas avoir été interrogés sur leurs vulnérabilités, y compris la grossesse ou des problèmes de santé éventuels.

Quatre femmes enceintes ont déclaré ne pas avoir été en mesure d’obtenir des soins prénatals adéquats, même après en avoir fait la demande. Une femme irakienne âgée de 31 ans, enceinte de quatre mois, a déclaré ne pas avoir subi de dépistage depuis quatre jours depuis son arrivée au centre d’accueil.

« J’ai très peur parce que je ne sens pas le bébé bouger », a-t-elle confié, en ajoutant qu’elle souffrait de graves douleurs aux jambes. Son mari, âgé de 40 ans, a assuré avoir expliqué la situation de sa femme au personnel et demandé un médecin. « Mais il n’y a pas de médecin ici », a-t-il dit. « Ils nous ont dit que nous pourrons voir un médecin quand nous irons à Thessalonique, après avoir été autorisé à quitter le centre d’accueil. »

Les demandeurs d’asile et les migrants ont déclaré que le manque de personnel médical, les soins médiocres dispensés par le personnel disponible, les attentes interminables et le manque d’interprètes entravent l’accès aux soins de santé physique et mentale. La pénurie de femmes médecins et d’interprètes génère des obstacles supplémentaires pour les femmes et les filles.

Dix personnes des centres de Fylakio ont déclaré que la police les avait maltraitées, verbalement ou autrement. Trois ont dit que la police les avait qualifiées de « malaka », une insulte grecque qui signifie lâche, bon à rien ou stupide. Deux ont dit avoir vu la police frapper d’autres demandeurs d’asile à l’aide de matraques en plastique. Les chercheurs de Human Rights Watch ont entendu des policiers dans les deux établissements faire des commentaires désobligeants à propos des demandeurs d’asile et des migrants et les avoir vu interagir avec eux de manière agressive.

Les lois nationales et européennes et les normes internationales exigent que les demandeurs d’asile et les migrants soient traités avec dignité et que des conditions de vie décentes leur soient assurées, y compris un accès rapide aux soins de santé. Les autorités grecques devraient prendre des mesures immédiates pour veiller à ce que les sites d’accueil et de détention des migrants soient conformes à la législation nationale et internationale.

« Un niveau de vie décent et un traitement humain pour les demandeurs d’asile et les migrants ne sont pas des options », a conclu Hillary Margolis. « Quel que soit le nombre d’arrivées, le gouvernement grec ne peut pas se soustraire à son obligation juridique de prévenir les conditions abusives et d’aider ceux qui sont le plus à risque. »

Version en anglais de ce communiqué, comprenant plus d'informations détaillées :

www.hrw.org/news/2018/07/27/greece-inhumane-conditions-land-border

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