La semaine dernière, j’étais à Sibut, une ville située au nord de Bangui, la capitale de la République centrafricaine. Les personnes déplacées par les récentes violences à Bambari, dans le centre du pays, y affluaient et m’ont raconté ce qui leur était arrivé.

Des combattants du groupe rebelle Union pour la paix en Centrafrique ont attaqué Bambari le 14 mai, tuant des civils, ont-ils relaté. Un homme, « Olivier », m’a raconté comment son frère âgé de sept ans avait été abattu alors qu’ils tentaient de fuir. « Nous avons couru jusqu’à la rivière Ouaka », a-t-il dit. « Nous avons essayé de traverser à la nage, mais les combattants de l’UPC se trouvaient près du pont et ont tiré sur nous. Mon frère a reçu une balle dans la tête et s’est enfoncé dans les eaux. Je n’avais pas d’autre choix que de continuer à nager. »

Les miliciens de groupes armés tels que l’UPC sont habitués à pouvoir tuer à volonté. Depuis que le pays a sombré dans la violence politique et communautaire en 2013, des milliers de civils ont perdu la vie et, malgré les exécutions et les violences sexuelles perpétrées par toutes les parties au conflit, seule une poignée d’individus ont été poursuivis jusqu’à présent devant les tribunaux nationaux.

Des habitants de Bossangoa, dans l'ouest de la République centrafricaine, cherchent à s’abriter lors d’une attaque par des forces anti-balaka contre des combattants ex-Séléka le 5 décembre 2013. La Force multinationale de l'Afrique centrale (FOMAC) est intervenue pour protéger la population civile.

© 2013 Marcus Bleasdale/VII pour Human Rights Watch

Mais ces groupes, ainsi que leurs commandants, doivent sans doute se sentir moins à l’aise aujourd’hui. L’Assemblée nationale a en effet fait un grand pas en avant en adoptant le règlement de procédure et de preuve de la Cour pénale spéciale, une nouvelle juridiction de la République centrafricaine qui fonctionne avec une participation et un soutien internationaux.

Créé par une loi en 2015, le tribunal a pour mandat de juger des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis dans le pays depuis 2003. Un procureur spécial, des juges, un greffier principal et des enquêteurs sont nommés et, avec l’adoption des règlements, le procureur est officiellement prêt à ouvrir les enquêtes.

« Olivier » m’a confié vouloir rejoindre les rangs de la milice anti-balaka près de Bambari pour attaquer l’UPC et venger la mort de son frère. « Ceux qui nous ont attaqués n’ont pas peur de tuer », m’a-t-il dit. « Si personne ne les arrête, alors moi aussi, je peux tuer. » Ce sentiment, je l’ai entendu à plusieurs reprises depuis 2013.

Mais la vengeance et les représailles ne doivent pas prévaloir. Alors d’autres défis doivent être relevés, notamment la protection des victimes et des témoins, ainsi que le soutien et la sécurité du personnel judiciaire, les auteurs de crimes de guerre doivent comprendre que les rouages ​​de la justice ont commencé à se mettre en branle à Bangui.