Un membre de la Défense civile syrienne (« Casques blancs ») respire à travers un masque à oxygène, peu après une attaque chimique perpétrée contre un quartier tenu par les forces rebelles à Khan Cheikhoun dans le gouvernorat d'Idlib, dans l’ouest de la Syrie, le 4 avril 2017.

© 2017 Reuters

(Beyrouth, le 4 avril 2018) - Les efforts internationaux visant à prévenir les attaques chimiques en Syrie depuis l'attaque dévastatrice commise contre la ville de Khan Cheikhoun le 4 avril 2017 ont été inefficaces, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Human Rights Watch a rassemblé et analysé des preuves d'attaques d'armes chimiques commises en Syrie entre le 21 août 2013, date de l'attaque la plus meurtrière à ce jour, et le 25 février 2018, date d’une attaque au chlore perpétrée par les forces gouvernementales contre l'enclave assiégée de la Ghouta orientale.

L’analyse des données, qui proviennent de sept sources, montre que le gouvernement syrien est responsable de la majorité des 85 attaques chimiques confirmées durant cette période. Ces chiffres montrent que les efforts du Conseil de sécurité des Nations Unies et de l'Organisation internationale pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), ainsi que des initiatives unilatérales entreprises par divers pays, n’ont pas suffi pour faire respecter l'interdiction de l'utilisation d’armes chimiques en Syrie.

« Le gouvernement syrien continue d’utiliser en toute impunité des armes chimiques qui sont interdites dans le monde entier », a déclaré Lama Fakih, directrice adjointe de la divison Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Un an après l'horrible attaque au sarin contre Khan Cheikhoun, ni le Conseil de sécurité de l'ONU ni l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques n’ont agi pour faire respecter l'interdiction de telles attaques chimiques. »

Attaques chimiques en Syrie depuis 2013, vraisemblablement perpétrées par les forces gouvernementales (cercles rouges) ou par l'État islamique (cercles noirs), ou d'origine incertaine (cercles gris).  Sources : Human Rights Watch, Mécanisme d'enquête conjoint ONU-OIAC, Commission d'enquête des Nations Unies, Mission d'enquête de l'OIAC en Syrie, Mission des Nations Unies chargée d'enquêter sur les allégations d'utilisation d'armes chimiques en Syrie, Amnesty International, Bellingcat. N.B. Dans les cas où les chiffres ont divergé selon les sources, ce tableau reprend le chiffre confirmé par HRW et/ou celui qui correspond à l’estimation la plus basse.

© 2018 Human Rights Watch

Le 4 avril 2018, le Conseil de sécurité des Nations Unies doit se réunir pour discuter du recours aux armes chimiques en Syrie. Les membres du Conseil de sécurité devraient trouver une alternative au Mécanisme d'enquête conjoint (Joint Investigative Mechanism, ou JIM), qui avait été chargé par le Conseil de sécurité et par l'OIAC d'enquêter sur les attaques chimiques en Syrie, mais dont le mandat n'a pas été renouvelé en raison d'un veto russe. Le Conseil de sécurité devrait aussi imposer des sanctions contre les responsables impliqués dans l'attaque de Khan Cheikhoun.

L'attaque au sarin contre Khan Cheikhoun a été la pire attaque chimique en Syrie depuis l'adhésion du gouvernement à la Convention sur les armes chimiques en octobre 2013. Le gouvernement avait accepté d’adhérer à ce traité conformément à la demande du Conseil de sécurité de l’ONU, qui après les attaques chimiques commises contre Ghouta le 21 août 2013 avait aussi exigé que le gouvernement syrien détruise ses stocks d’armes chimiques et de produits chimiques pouvant servir à leur assemblage.

(VIDÉO, sous-titres via cc) – Le 4 avril 2017, une attaque chimique à Khan Sheikhoun, qui semble avoir été menée par les forces pro-gouvernementales syriennes, a tué au moins 90 personnes dont 30 enfants.  Il s'agit selon toute probabilté d'un crime de guerre, voire d'un crime contre l'humanité, dénoncé par HRW.

Dans le cadre de ses opérations visant à reprendre des zones tenues par des groupes rebelles, le gouvernement syrien a toutefois mené de nouvelles attaques chimiques, notamment à Alep en décembre 2016 et probablement à Ghouta en janvier et février 2018.

Le 4 avril 2017, un avion a largué du sarin, un gaz toxique, sur Khan Cheikhoun, une ville tenue par les forces anti-gouvernementales dans le gouvernorat d'Idlib. Selon les recherches menées par Human Rights Watch, gouvernement syrien a selon toute probabilité été responsable de cette attaque. Le 26 octobre, le Mécanisme d'enquête conjoint de l'ONU et de l'OIAC a également conclu que le gouvernement syrien était responsable de cette attaque. Le 16 novembre 2017, la Russie a opposé son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui visait à renouveler le mandat du Mécanisme d’enquête conjoint, dont les activités ont par conséquence pris fin le 17 novembre..

Communiqué intégral (plus détaillé) en anglais :

www.hrw.org/news/2018/04/04/syria-year-chemical-weapons-attacks-persist

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