Le Stade de Volgograd, en Russie, photographié en février 2018, quelques mois avant la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde de football que ce pays accueillera à partir du 14 juin 2018.

© 2018 Reuters
Les autocrates cherchent à tout prix à accueillir les grands événements sportifs pour une bonne raison. Ces événements offrent une publicité et un vernis de respectabilité : deux choses dont la Russie a désespérément besoin.

Dans moins de cent jours, la Russie va accueillir la Coupe du Monde de la FIFA, l’événement sportif le plus regardé au monde. Mais alors que des centaines de milliers de supporters vont se rendre dans les villes russes et que des centaines de millions vont la suivre à la télévision, une grande ombre risque de planner sur l’événement.

Alors que la Russie n’a de cesse de tenter de se réinventer pour donner l’image d’une puissance moderne et confiante, ses forces armées apportent leur soutien à l’armée syrienne pour reprendre le territoire contrôlé par les groupes armés d’opposition au gouvernement par tous les moyens possibles, avec des conséquences dévastatrices sur les civils de la région.

Russie : Une Coupe du Monde sur fond d'atrocités en Syrie

La Russie s'apprête à accueillir la Coupe du Monde 2018, mais continue entretemps de bombarder des civils en Ghouta orientale, en Syrie. Le festival du football ne suffira pas à faire oublier les décès de civils syriens.

Les derniers abus de l’alliance militaire russo-syrienne se sont déroulés en Ghouta orientale, un quartier de Damas se trouvant sous le coup d’attaques aveugles et subissant l’un des plus longs sièges militaires de l’histoire récente.

Depuis les premiers jours de la guerre en 2011, la Russie protège le gouvernement syrien – en dépit du fait qu’il ait massacré, intoxiqué au gaz et laissé mourir de faim sa propre population. En 2015, tandis que le régime du président Bachar el-Assad semblait menacé, la Russie a déployé ses propres forces dans le pays, aidant Bachar el-Assad à reprendre le dessus et semant la mort et la misère chez les Syriens vivant dans des zones contrôlées par des groupes armés d’opposition. Peu, sinon rien, a été fait pour essayer de protéger les civils.

Au cours des huit années qui se sont écoulées depuis que Moscou a été choisie, créant la controverse, pour accueillir la Coupe du Monde, le pays a fait face à des critiques internationales au sujet de son occupation de la Crimée et du conflit dans l’est de l’Ukraine, sans oublier un vaste scandale de dopage sportif et des allégations d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine de 2016. Le Kremlin a également lancé en Russie une grande campagne de répression contre les dissidents et fait appliquer une loi discriminatoire : la loi contre la « propagande » gay.

Quoi de mieux pour faire table rase du passé et exercer son pouvoir en douceur que d’accueillir le plus grand tournoi du sport le plus populaire au monde ?

Après tout, pendant la durée de la compétition, sa mascotte Zabivaka (« celui qui marque des buts ») - un loup qui paraît tout droit sorti d’un dessin animé et qui respire la joie de vivre, le charme et la confiance – va devenir un « ambassadeur de la Russie ».

La Coupe du Monde peut être l’occasion d’un répit bienvenu au milieu des événements mondiaux catastrophiques. Le sport et la politique peuvent parfois s'entremêler. Mais certains crimes sont simplement trop graves pour être ignorés.

Le président russe Vladimir Poutine, tout à sa quête pour rétablir la grandeur de la Russie, souhaite que cette année de la Coupe du Monde soit une année sous le signe « de l’amitié et du fair-play ». Mais ces termes sonnent bien creux au vu des événements secouant la Ghouta orientale, où depuis le 19 février, une offensive lancée par l’alliance militaire russo-syrienne qui d’après les informations disponibles aurait occasionné la mort de plus d’un millier de civils syriens. Des attaques ont été menées contre des infrastructures médicales et des ambulances, détruisant des habitations et laissant à la rue dans l’insécurité des centaines de milliers de civils cherchant à fuir.

À l’issue d’âpres négociations le mois dernier, la Russie a fini par autoriser le Conseil de sécurité des Nations unies à adopter une résolution permettant la circulation des convois d’aide pour porter secours aux centaines de milliers de civils piégés, parmi lesquels de nombreux enfants. Mais depuis, rien de ce que Moscou a accompli pour faire pression sur son partenaire syrien pour qu’il respecte cette résolution - si tant est que Moscou ait fait quoi que ce soit – n’a porté ses fruits.

Bien peu semble avoir été fait pour arrêter les bombardements qui tuent et mutilent des civils. En fait, l’unique convoi d’aide qui a pu pénétrer en Ghouta orientale depuis l’adoption de la résolution a été dépouillé par les forces syriennes qui se sont emparées de 70% des fournitures médicales avant qu’il ne soit entré.

Vladimir Poutine devrait sans plus tarder contenir son allié syrien et le contraindre à arrêter de viser des civils. Le peuple de Ghouta orientale doit de toute urgence avoir accès à l’aide et aux soins médicaux. Si le président échoue, le moment de la Russie sous les feux des projecteurs risque de rester dans les esprits comme la Coupe du Monde de la honte.

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Philippe Bolopion est le directeur adjoint du plaidoyer au niveau mondial chez Human Rights Watch.