(Bruxelles, le 19 septembre 2016) – Un journaliste d'investigation monténégrin est maintenu en détention provisoire depuis 11 mois, à la suite d’accusations peu crédibles de trafic de stupéfiants, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

La date du procès du journaliste, Jovo Martinović, n'a toujours pas été fixée. La détention provisoire de longue durée et l'incapacité du parquet à réunir des preuves crédibles contre cet individu violent non seulement ses droits à la liberté et à des garanties de procédure régulière, mais remettent en cause, souligne Human Rights Watch, les affirmations du Monténégro selon lesquelles ce pays respecterait la liberté de la presse.

Le journaliste monténégrin Jovo Martinovic.

© Famille de Jovo Martinović

« Un journaliste respecté qui enquête sur la criminalité et la corruption, Jovo Martinović, a passé 11 mois derrière les barreaux sans qu’aucune preuve réelle n’ait pu être présentée contre lui », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie Centrale à Human Rights Watch. « Si les charges sont crédibles, le parquet devrait lui présenter, ainsi qu’à son avocat, ce qu'ils considèrent comme étant la preuve de sa culpabilité ».

Les autorités compétentes devraient remettre immédiatement Martinović en liberté et mettre à la disposition de son avocat toutes les preuves existantes contre lui, a écrit Human Rights Watch dans une lettre adressée, conjointement avec le Comité de protection des journalistes et Reporters sans frontières, au Premier ministre monténégrin, Milo Đukanović. Si le procureur persiste à maintenir les charges, les trois organisations affirment dans cette communication que le procès devrait répondre aux normes internationales en vigueur, notamment celles stipulées par la Convention européenne des droits de l'homme, à laquelle le Monténégro est État partie.

Martinović nie les accusations portées contre lui, affirmant que les contacts pris avec les criminels présumés étaient uniquement liés à son activité journalistique. Au cours des 15 dernières années, Martinović a préparé des rapports portant sur la corruption, les crimes et les crimes de guerre perpétrés dans les Balkans, cultivant à cette fin des sources parmi des organisations criminelles. Il a collaboré avec un large éventail de médias internationaux, parmi lesquels The Economist, Süddeutsche Zeitung, The Financial Times, et le groupe VICE, entre autres.

Les autorités monténégrines ont arrêté Martinović le 22 octobre 2015, sur la base de soupçons de participation à un réseau de trafic de stupéfiants, avant la conclusion d’une enquête dirigée contre lui et 17 autres suspects. Le 8 avril 2016, à l’issue des six premiers de détention de Martinović, le Bureau des Procureurs spéciaux a déposé un acte d'accusation contre lui et 13 autres personnes.

Deux demandes de libération sous caution de son client faites par l'avocat de Martinović en attendant son procès ont été rejetées, la seconde le 9 septembre dernier. Les autorités judiciaires n’ont pas daigné fournir de raisons ou de circonstances spécifiques pour justifier leur décision, comme l’exigent les droits des droits de l'homme.

Au 19 septembre, le procureur n’avait présenté à Martinović que des déclarations prétendument compromettantes faites par deux de ses coaccusés, qui coopèrent manifestement avec les autorités en échange d’une remise de peine. Les autorités n’ont produit aucun autre élément de preuve de ses actions criminelles présumées.

Les journalistes internationaux qui ont travaillé avec Martinović attestent de son intégrité et de son professionnalisme. Ils soulignent sa capacité à s’assurer de sources au sein des organisations criminelles.

Le Comité de protection des journalistes et Reporters sans frontières ont déjà condamné par le passé la détention de Martinović. Le 2 septembre, la Fédération internationale des journalistes, son antenne européenne, la Fédération européenne des journalistes, et sa filiale monténégrine, le Syndicat des médias du Monténégro, ont demandé la libération de Martinović en l’attente de son procès.

Un rapport de Human Rights Watch sur les Balkans de l’Ouest en date de juillet 2015, « Balkans de l’Ouest : La liberté des médias est en danger », documente les restrictions à la liberté des médias imposées au Monténégro, au Kosovo, en Serbie et en Bosnie-Herzégovine.

« La détention préventive inutile de Martinović en l’absence de preuve crédible accrédite les craintes qu’il ne soit détenu qu’en représailles de son travail d’enquête journalistique », a déclaré Hugh Williamson. « Chaque jour que Martinović passe en détention contredit les affirmations du Monténégro selon lesquelles ce pays garantirait la procédure régulière et la liberté de la presse ».