Deux membres du Parti du sauvetage national du Cambodge, Kung Sophea et Nhay Chamraoen, photographiés dans un hôpital de Bangkok le 29 octobre 2015, trois jours après  avoir  été violemment agressés devant le siège de  l'Assemblée nationale du Cambodge à Phnom Penh.

© 2015 Human Rights Watch

(New York) – Le gouvernement cambodgien devrait diligenter avec le soutien des Nations Unies une enquête exhaustive et indépendante sur l’agression de deux membres de l’opposition siégeant à l’Assemblée nationale, survenue le 26 octobre 2015, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans un nouveau rapport. Les verdicts dans les affaires concernant trois membres de l’unité des gardes du corps du Premier ministre Hun Sen qui ont roué de coups les deux membres du Parti du sauvetage national du Cambodge (Cambodian National Rescue Party, CNRP) sont attendus le 27 mai 2016.

Le rapport de 61 pages, intitulé « Dragged and Beaten: The Cambodian Government’s Role in the October 2015 Attack on Opposition Politicians » (« Traînés et roués de coups : Le rôle du gouvernement cambodgien dans l’agression de deux députés de l’opposition en octobre 2015 ») montre que les trois responsables accusés dans le cadre de l’attaques menée par une foule n’ont pas agi seuls. Le Parti du peuple cambodgien (PPC) actuellement au pouvoir a organisé le transport d’un groupe de protestataires vers l’Assemblée nationale à Phnom Penh le lendemain de la menace faite par Hun Sen d’exercer des représailles contre le CNRP pour avoir manifesté contre lui à Paris. La police est restée sans rien faire lors de l’agression des deux députés, Kung Sophea et Nhay Chamraoen, qui ont été grièvement blessés. Après l’attaque, la foule s’est rendue au domicile de Kem Sokha, dirigeant adjoint du CNRP, a jeté des pierres et proféré des menaces à l’encontre des personnes qui s’y trouvaient.

« Les poursuites engagées à l’encontre des trois gardes du corps dans le cadre de la violente attaque menée en plein jour contre deux députés ne font qu’effleurer la surface en qui concerne la responsabilité de toutes les personnes impliquées », a déclaré Brad Adams, directeur de la division Asie à Human Rights Watch. « Poursuivre seulement trois personnes tout en bloquant les enquêtes sur les autres planificateurs et participants révèle une tentative flagrante de dissimulation par le gouvernement et les tribunaux. »

L’attaque perpétrée contre les parlementaires de l’opposition a présenté divers signes caractéristiques d’une opération menée par les forces de sécurité de l’État cambodgien, a déclaré Human Rights Watch. Il a été découvert par la suite que les principaux participants à la manifestation contre le CNRP étaient des membres des quartiers généraux des gardes du corps de Hun Sen dont les responsables sont tous membres du PPC. En outre, un organe auxiliaire civil des quartiers généraux des gardes du corps, le Senaneak, a conduit la manifestation. Des commandants de l’armée liés au PPC ont aussi orchestré au moins trois manifestations contre le CNRP menées par des troupes armées en uniforme dans les provinces.

Suite à une forte couverture médiatique de l’attaque, trois auteurs présumés filmés lors de l’agression – Sot Vanny, Mao Houen et Chay Sarit – ont « avoué » leur rôle une semaine plus tard. Ils ont été jugés le 28 avril et le 10 mai pour « actes intentionnels de violence avec circonstances aggravantes et perpétration de dommages intentionnels avec circonstances aggravantes » en vertu des articles 218 et 411 du Code pénal. Il n’y a aucun signe d’un début d’enquête crédible concernant les autres responsables.

Des représentants du gouvernement et de l’armée ont dans un premier temps nié les informations publiées par des medias locaux et par Human Rights Watch, selon lesquelles les trois hommes étaient des membres de la garde personnelle de Hun Sen. Lors du procès, les accusés ont reconnu être membres des quartiers généraux des gardes du corps, mais les juges ont bloqué l’interrogatoire des avocats agissant au nom des victimes sur les commanditaires des attaques.

Des hauts gradés des forces militaires cambodgiennes s’exprimant sous couvert d’anonymat ont affirmé qu’au sein des cercles gouvernementaux, il n’est pas rare d’entendre que les poursuites à l’encontre de ces trois hommes seulement visent à étouffer les soupçons d’implication des échelons supérieurs du gouvernement dans l’attaque, a déclaré Human Rights Watch.

« La portée limitée du procès signifie que les preuves de l’implication éventuelle de personnalités politiques et militaires de haut rang sont passées sous silence », a déclaré Brad Adams. « Les bailleurs de fonds devraient dénoncer une mascarade judiciaire qui protège ceux qui ont planifié l’attaque du 26 octobre et appeler à une enquête indépendante soutenue par les Nations Unies afin de faire toute la lumière sur l’affaire. Sans cela, le glissement du Cambodge vers la violence soutenue par l’État et le régime du parti unique ne fera que s’accélérer. »

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