Le camp de déplacés de M'poko qui longe l’aéroport international à Bangui, la capitale de la République Centrafricaine. Le camp de M'poko est principalement contrôlé par des milices anti-balaka, et a connu une intensification des actes violents depuis la reprise de la violence sectaire en septembre dernier.

© 2015 Anthony Fouchard

(Nairobi) – Le gouvernement de la République centrafricaine et les Casques bleus des Nations Unies devraient de toute urgence chercher à mettre un terme aux violences sexuelles commises par des milices armées contre des femmes et des filles dans la capitale, Bangui. Human Rights Watch a documenté des cas où les auteurs des crimes recouraient à des viols pour punir des femmes et des filles soupçonnées d’avoir interagi avec des personnes d’affiliation sectaire opposée.

Human Rights Watch s’est rendu à Bangui entre le 1er et le 13 décembre 2015, et a documenté au moins 25 cas de violences sexuelles commises depuis le 26 septembre, lorsqu’une nouvelle vague de violence sectaire a secoué Bangui. Il est probable que ces chiffres sous-estiment considérablement le nombre réel d’actes de violence sexuelle, qui ne sont pas toujours signalés en raison de la honte, de la stigmatisation et de la crainte de représailles que cela peut engendrer. Le 10 décembre dernier, un groupe d’organisations sous l’égide de l’ONU ont déclaré avoir enregistré des milliers de cas de violence sexuelle dans tout le pays en 2015, mais ces chiffres devaient être vérifiés.

« Il est clair que la violence sexuelle constitue un élément dévastateur de la violence sectaire qui secoue actuellement la capitale », a déclaré Lewis Mudge, chercheur auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autorités du gouvernement de transition et les Casques bleus de l’ONU doivent agir en vue d’améliorer la protection des femmes et des filles et d’obliger les responsables à rendre des comptes. »

Neuf cas de violence sexuelle documentés par Human Rights Watch se sont produits dans le camp de déplacés de M’poko et aux alentours, y compris dans le champ au sud du camp et dans le quartier voisin de Fondo, toutes ces zones étant largement contrôlées par des membres de la milice anti-balaka, en majorité chrétienne et animiste. Le camp de M’poko, qui se trouve aux abords de l’aéroport international de M’poko, abrite 20 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays et est géré par une organisation humanitaire sous l’égide du HCR, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Les victimes ont affirmé que des miliciens anti-balaka les avaient violées pour les punir pour avoir supposément acheté ou vendu de la marchandise aux musulmans dans l’enclave Kilomètre 5, le dernier quartier musulman restant dans la capitale.

Map of the M’poko displacement camp and surrounding area.

© 2015 Human Rights Watch

Le 27 septembre dernier, les anti-balaka ont barré la route à un groupe de six femmes au sud du camp de M’poko. Une des victimes a raconté à Human Rights Watch que les anti-balaka lui avaient dit : « Vous allez au marché pour vendre des légumes aux musulmans pour qu’ils puissent avoir la force de venir nous tuer. Nous allons maintenant vous violer pour que vos amis musulmans sachent que vous êtes déjà mortes. » Les hommes ont violé les six femmes pendant plusieurs heures, certaines à plusieurs reprises et par plusieurs agresseurs.

Dans un autre cas, une victime a identifié l’un de ses agresseurs comme étant un combattant qu’elle connaissait et qu’elle avait vu dans le camp avec Emar Nganafeï, un dirigeant anti-balaka connu dans le camp de M’poko. La victime, âgée de 35 ans, a dit qu’elle avait été violée au début du mois d’octobre par deux hommes anti-balaka qui l’accusaient de vendre des légumes dans Kilomètre 5. Avant de la violer, un de ses agresseurs lui a dit : « Nous allons te violer et après ça tu ne vas plus oser mettre un pied dans Kilomètre 5. » Elle a ensuite vu à plusieurs reprises son agresseur dans le camp de M’poko.

Plusieurs responsables humanitaires au camp de M’poko ont affirmé à Human Rights Watch que Nganafeï dirige une base anti-balaka près d’un hôpital dans un périmètre connu sous le nom de Zone 3. « Son groupe kidnappe et viole des femmes, parfois ils les laissent partir et parfois ils demandent à leurs familles de payer une rançon », a expliqué un responsable.
 

L’hôpital dans le camp de déplacés de M'poko, Bangui. Le 9 décembre dernier, l’hôpital fut pris d’assaut et pillé, ce qui l’a obligé de suspendre temporairement ses activités.

© 2015 Anthony Fouchard

Neuf autres témoins ont également dit à Human Rights Watch que depuis le 26 septembre, au moins six femmes et filles, et peut-être même jusqu’à 18, avaient été prises en otage par des anti-balaka loyaux à Nganafeï. Plusieurs d’entre elles ont été relâchées après que leurs familles ont payé une rançon. Une femme kidnappée le 30 septembre et détenue pendant 14 heures a expliqué que Nganafeï en personne lui avait dit : « Il n’y a pas d’ordre, la loi c’est nous. Si ta famille ne paie pas, nous allons te tuer. » Human Rights Watch a aussi recueilli d’autres informations crédibles selon lesquelles Nganafeï pourrait être responsable du meurtre d’un certain nombre d’hommes et des femmes dans le camp de M’poko ou aux alentours, au cours de ces derniers mois.

Le camp de M’poko est principalement contrôlé par des milices anti-balaka, et a connu une intensification des actes violents depuis la reprise de la violence sectaire. De nombreuses organisations d’aide humanitaire ne se rendent plus dans le camp pour apporter une assistance en raison du danger. Le 9 décembre dernier, au moins dix hommes, certains d’entre eux armés, ont pris d’assaut et pillé l’hôpital dirigé par l’organisation Médecins sans frontières, qui a été obligée de suspendre temporairement certaines de ses activités.

Des responsables de la mission de maintien de la paix des Nations Unies, la MINUSCA, ont confirmé que les Casques bleus n’assurent pas la sécurité du camp de M'poko. Le commandant par intérim du Centre opérationnel conjoint (Joint Taskforce) de la MINUSCA à Bangui l’a confirmé par écrit, sans fournir d’explications. Des responsables civils de la MINUSCA et du HCR ont expliqué à Human Rights Watch que cela est en partie dû au fait que la mission concentre ses efforts sur le maintien de la sécurité pour la tenue des prochaines élections, laissant entendre que la décision avait été prise de déployer des ressources limitées à un autre objectif considéré comme prioritaire. Le Ministre de la Sécurité publique a indiqué à Human Rights Watch que les gendarmes centrafricains n’entreront pas dans le camp en raison du risque d’attaques anti-balaka.

Les Casques bleus de l’ONU sont chargés d’apporter « une protection particulière » aux femmes et aux enfants affectés par le conflit, y compris dans le but de prévenir la violence sexuelle et de permettre que les responsables de crimes rendent des comptes. Au moins 1860 Casques bleus dans la police et l’armée sont basés à Bangui et au moins 800 autres sont réservistes. La mission de maintien de la paix compte également plusieurs conseillers qui se consacrent à surveiller, enquêter et documenter les actes de violence sexuelle perpétrés dans le cadre du conflit.

Human Rights Watch a également documenté au moins cinq cas depuis le 26 septembre, dans lesquels des femmes et des filles ont été violées par des membres armés de groupes d’autodéfense musulmans, certains d’entre eux menant des actes de représailles contre les quartiers chrétiens et animistes près de l’enclave suite aux assassinats de musulmans.

Le 15 novembre dernier, une femme de 26 ans a été violée par six hommes musulmans armés qu’elle a identifiés comme étant des membres du groupe musulman d’autodéfense, alors qu’elle s’approchait du marché de Ramandji dans Kilomètre 5. D’après la victime, les hommes se sont approchés d’elle et lui ont demandé où se trouvait son mari. Lorsqu’elle répondit qu’il avait été tué, un des agresseurs s’est exclamé : « Oh, elle était mariée à un anti-balaka, on peut la prendre. » Ensuite, a expliqué la victime, « ils m’ont violée, chacun leur tour, pendant que d’autres me maintenaient à terre. Lorsqu’ils ont fini, ils m’ont juste poussé sur le bas-côté de la route. 

Parmi les survivantes de viols que Human Rights Watch a interviewées, quatre seulement ont consulté des médecins ou ont reçu une aide psychosociale de la part de professionnels. L’hôpital du camp de M’poko offre des soins psychosociaux et médicaux complets aux victimes de viols, y compris visant à prévenir les grossesses non désirées et le VIH. Mais certaines femmes ont dit qu’elles avaient peur de consulter un médecin dans le camp, par crainte de stigmatisation ; d’autres ont dit qu’elles ne savaient pas que ces services existaient ou la raison pour laquelle il était crucial d’y recourir. Plusieurs femmes ont déclaré qu’elles continuaient de souffrir des effets psychologiques et physiques de la violence.

Des élections présidentielles et législatives sont prévues en République centrafricaine le 27 décembre, avec un deuxième tour éventuel prévu le 31 janvier 2016, s’il n’y a pas de vainqueur incontestable lors du premier tour. De nombreuses organisations locales de défense des droits humains redoutent un regain de violence.

« Les femmes et les filles devraient pouvoir aller chercher de la nourriture ou aider leurs familles sans crainte d’être victime de violence sexuelle », a souligné Hillary Margolis, chercheuse auprès de la division Droits de la femme à Human Rights Watch. « Le gouvernement centrafricain et les Casques bleus devraient faire davantage pour protéger les femmes et les filles, et pour s’assurer que les survivantes de viols obtiennent l’aide dont elles ont besoin, y compris des soins après le viol. »

Le conflit
Le conflit en République centrafricaine a commencé en mars 2013, lorsque les rebelles de la Séléka, en majorité musulmans, ont renversé le gouvernement du président François Bozizé. La prise de pouvoir de la Séléka fut suivie par de nombreuses atteintes aux droits humains. Au milieu de l’année 2013, des milices anti-balaka en majorité chrétiennes et animistes se sont organisées pour lutter contre la Séléka et ont mené des attaques de représailles à grande échelle contre les civils musulmans dans de nombreuses régions du pays, y compris à Bangui.

Le camp de déplacés de M’poko fut établi en décembre 2013, lorsque la violence a balayé Bangui au cours des combats entre la Séléka et des anti-balaka pour gagner le contrôle de ville. Des dizaines de milliers de personnes ont cherché refuge dans l’aéroport international de M’poko et ont créé un camp de déplacés improvisé. Depuis lors, la population du camp a fluctué. Au point culminant des combats en 2013 et au début de l’année 2014, quelques 100 000 personnes déplacées y ont cherché refuge. En août 2015, le camp abritait près de 10 000 personnes. Après une recrudescence des combats en septembre et octobre, ce nombre a augmenté à près de 20 000 personnes.

À partir de mois de décembre 2013, lorsque les forces armées françaises ont repoussé la Séléka hors de Bangui, la communauté musulmane fut laissée sans protection et à la merci des anti-balaka. Les musulmans furent refoulés dans des enclaves, y compris celle de Kilomètre 5, qui compte actuellement une population de près de 15 000 personnes. Avant le conflit, près de 122 000 musulmans vivaient dans la capitale.

En avril, Human Rights Watch a documenté les viols répétés et l’esclavage sexuel subis par des musulmanes de l’ethnie Peuhl aux mains de groupes anti-balaka dans le sud-ouest du pays. Human Rights Watch a également reçu des informations sur des actes de violence sexuelle commis dans les régions centrales du pays, y compris aux environs de Mala et Kaga Bandoro, parmi d’autres endroits, informations qui demandent à être vérifiées plus amplement.

Depuis septembre 2014, la Cour pénale internationale a mené des enquêtes en République centrafricaine. La Procureure, Fatou Bensouda, a entériné un document politique sur les crimes à caractère sexuel et sexiste en juin 2014, et s’est engagée à faire de ces crimes une priorité dans les enquêtes menées par son bureau. En outre, un Tribunal pénal spécial, érigé en loi par les autorités de transition, pourrait contribuer à faire lever l’impunité pour les graves crimes internationaux, y compris la violence sexuelle.

Témoignages sur des exactions commises au Camp de M’poko par des combattants anti-balaka
Le 29 novembre dernier, une femme de 27 ans quitta le camp de M’poko pour aller acheter de la nourriture à Kilomètre 5. Alors qu’elle approchait du quartier Fondo, près de l’enclave musulmane, un petit groupe anti-balaka l’a arrêtée, raconte-t-elle, en lui disant, « Tu vas acheter des choses chez les Arabes. » Sous la menace d’une arme à feu, les hommes l’ont obligée à entrer dans une maison voisine abandonnée et trois d’entre eux l’ont violée.

Vers le 10 octobre, une femme de 25 ans a quitté le camp de M’poko avec trois autres femmes pour aller vendre des légumes à Kilomètre 5, dans le quartier de Boeing. Alors qu’elles rentraient au camp, après avoir traversé la piste de l’aéroport, six hommes armés anti-balaka les ont arrêtées :  

Les anti-balaka ont pris notre argent et ont jeté nos légumes par terre, puis l’un d’entre eux m’a demandé, « Où allez-vous ? » J’ai menti et j’ai répondu, ‘C’est pour ma famille,’ mais il m’a saisie par le cou et m’a poussée à terre. Il m’a violée et les autres femmes ont été violées aussi…. Depuis, je ne suis pas allée à l’hôpital. Je ne suis pas retournée à Boeing parce que ce n’est pas sûr. À Boeing comme à M’poko, il n’y a pas de sécurité.

Le 10 novembre, une femme de 19 ans a quitté le camp pour aller trouver du bois dans ce qui restait de sa maison dans le quartier voisin de Fondo :  

Un groupe d’anti-balaka m’ont trouvée et ils m’ont demandé ce que je faisais là. J’ai répondu que je ramassais du bois mais l’un d’eux m’a dit, « Non. C’est un mensonge. Tu as été envoyée par les musulmans pour nous espionner. » J’ai insisté que je vivais à M’poko, mais il a dit, « Non, tu couches avec des musulmans, et puisque tu es venue ici de la part des musulmans, nous allons te faire du mal. » J’ai essayé de m’enfuir, mais l’un d’eux m’a attrapée et m’a frappée au visage…. Mes mains étaient attachées derrière ma tête, et deux d’entre eux m’ont violée. Je ne suis pas allée voir le docteur parce que je ne veux pas que les gens sachent ce qui s’est passé. Depuis que c’est arrivé, mon ventre me fait mal. Lorsque j’y pense, mon cœur bat très fort and j’ai mal à la tête.

Le 28 novembre, une femme de 45 ans de M’poko portait du manioc, un légume, pour le vendre sur le marché de Ramandji dans Kilomètre 5. Trois hommes armés anti-balaka l’ont arrêtée en dehors du camp, en l’accusant d’aller apporter du manioc aux musulmans :

Un des anti-balaka a dit : « Je vais t’ouvrir le ventre. » Puis il est venu et m’a pris mon manioc… et ils m’ont attaquée. L’un m’a saisie et me tenait par les bras. J’ai été violée par trois hommes. »

Elle dit qu’elle n’a pas cherché à recevoir des soins médicaux ou psychosociaux.

Vers le 3 décembre, une femme de 30 ans a quitté M’poko avec sa fille de 3 ans pour aller dans les champs au-delà de Boeing, où elle cultive du manioc. Sur le chemin du retour, après avoir traversé la piste de l’aéroport, elle s’est trouvée face à un grand groupe d’hommes armés anti-balaka :

Les anti-balaka m’ont demandé de l’argent et j’ai dit que je n’en avais pas. L’un d’eux s’est approché et a dit à ma fille de rentrer seule au camp. Il ne m’a rien dit, il m’a juste saisie et m’a emmenée dans les herbes hautes et m’a violée. Je suis rentrée à la maison et je l’ai raconté à mon mari, mais il m’a dit que je lui faisais honte et il m’a abandonnée. Je ne veux pas aller à l’hôpital parce que j’ai honte. Je suis nerveuse à l’idée de voir l’homme qui m’a violée et qu’il me fasse du mal à nouveau. 

Vers le 1er octobre, une femme de 52 ans est partie du camp de M’poko pour se rendre dans sa maison détruite dans le 3e arrondissement, pour aller couper un arbre sur sa propriété afin de faire du bois. Alors qu’elle rentrait, un anti-balaka l’a arrêtée à Fondo :

L’anti-balaka a dit, « Toi, vieille femme, d’où viens-tu ? » Je portais du bois sur ma tête et un anti-balaka est venu et l’a fait tomber. Je me suis écroulée par terre et je me suis fait mal au genou. Ils ont commencé à me donner des coups de pied en criant, « battez-la ! Elle apporte de la nourriture aux musulmans ! » Ils ont pris 90 000 CFA [150 dollars américains] que l’ONU m’avait donné pour reconstruire ma maison. C’était tout l’argent qu’il me restait. Ils m’ont battue et m’ont fait attendre sur la route. Ils m’ont finalement laissée partir en disant, « Si on te voit encore une fois, on va te tuer. » Je connais certains des hommes qui sont de chez Emar Nganafeï.

À la mi-octobre, trois femmes du 3e arrondissement sont allées au marché dans le quartier des Combattants, près de l’aéroport, pour acheter des légumes. Sur le chemin du retour, elles ont voulu prendre un raccourci pour le camp de M’poko. Des anti-balaka les ont entourées dès qu’elles sont entrées dans le camp. Human Rights Watch a parlé avec les trois femmes séparément. L’une d’entre elles a raconté :

Les anti-balaka criaient : « Ce sont des chrétiennes qui fréquentent les musulmans ! Attrappez-les ! » Ils nous ont frappées et ils nous ont emmenées dans la tente de leur dirigeant, Emar [Nganafeï]. Il a pointé ses pistolets sur nous en nous disant, « Elles sont nos sœurs qui ont épousé des musulmans. Emmenez-les avant que je ne les tue. » Il a dit qu’il allait nous tuer d’ici 17 h si nos familles ne lui payaient pas une rançon, et il a donné l’ordre de nous enfermer dans une petite échoppe en bois près de sa base. Lorsque nous étions prisonnières, ses hommes nous criaient, « La seule façon de sortir d’ici, c’est avec vos tendons coupés ou si vous payez 100 000 CFA [167 dollars américains]. » Les familles des femmes ont réussi à payer 30 000 CFA [50 dollars américains] et elles furent libérées. Mais les trois femmes ont indiqué qu’il y avait plusieurs autres femmes en captivité dans la même échoppe, certaines avec des enfants et leur sort n’est pas connu.

Le 22 novembre, une femme de 35 ans a quitté M’poko pour vendre des légumes à Kilomètre 5. Alors qu’elle s’approchait du quartier de Fondo, elle fut surprise par 12 combattants armés anti-balaka :

Ils ont pris mon argent et ont jeté ma marchandise par terre. Ils m’ont mise dans une petite échoppe près de la base de Nganafeï et m’ont gardée là de 9 h du matin à 21 h. L’un d’eux m’a dit : « Tu sais que c’est interdit d’aller vendre aux musulmans. Si on veut, on peut juste te tuer. » Ma famille a su que j’étais prisonnière et ils sont venus me voir, mais les anti-balaka ont dit, « Non, si vous ne payez pas, elle ne va pas partir. » Ils ont réussi à réunir 25,000 CFA [42 dollars américains] et dans la soirée, j’ai pu partir.

Témoignages sur des exactions commises dans le quartier de Kilomètre 5 par des groupes musulmans d’autodéfense
Le 20 novembre dernier, une femme de 29 ans a quitté M’poko pour aller travailler dans le jardin de sa maison abandonnée dans le 3e arrondissement :  

Je cueillais des légumes dans le jardin lorsque j’ai entendu un bruit. Puis je me suis trouvée entourée par des combattants musulmans. Six d’entre eux sont venus vers moi. L’un a dit, « On ne va pas la tuer, on va la violer pour faire souffrir son mari. » Un homme a attrapé ma robe et l’a arrachée, un autre m’a enlevé mes sous-vêtements et un autre m’a fait tomber par terre. Alors que j’étais à terre, deux sont venus et m’ont tenu les bras. Un homme m’a violée, puis un deuxième, puis un troisième. Puis un quatrième a dit qu’il allait prendre sa part. Après j’ai essayé de me relever. Je suis tombée et je me suis fait mal au pied …j’étais en état de choc. Je ne pouvais pas me lever. J’ai rampé sur les genoux. J’ai rencontré un jeune homme. Il m’a demandé ce que je faisais là et il m’a transporté sur son dos pour retourner à M’poko…Je suis préoccupée parce que je ne sais pas si un de mes agresseurs était infecté du VIH.

Le 28 novembre, une fille de 16 ans a quitté M’poko pour aller prendre ses affaires personnelles dans la maison de sa famille à Kilomètre 5 :

Alors que je me déplaçais dans l’herbe, j’ai vu quatre musulmans. Ils étaient armés avec des Kalachnikov et des machettes. Tous les quatre étaient de Kilomètre 5. Lorsqu’ils m’ont vue, l’un d’eux a dit, « Si tu ne couches pas avec nous, on va te tuer. » Ils m’ont pris et ils m’ont violée. J’ai encore mal au ventre. J’ai mal quand je suis couchée dans mon lit. J’essaye de dormir lorsque la douleur est trop forte… J’ai peur d’aller à l’hôpital parce que les gens vont savoir ce qui m’est arrivé.