Un spécialiste du déminage travaillant pour l’ONG norvégienne Norwegian People's Aid, lors d’une mission menée à Tibnine (Sud-Liban) en 2008.

© 2008 Mary Wareham/Human Rights Watch

(Washington) – L’administration Obama devrait conclure l’examen qu’elle consacre depuis de nombreuses années à la politique américaine régissant les mines terrestres antipersonnel en interdisant cette arme et en devenant signataire de la convention internationale relative à son interdiction, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui, à la veille de la Journée internationale de la lutte antimines.

« Il est absurde que les États-Unis aient dépensé des milliards de dollars pour réparer les dégâts causés par les mines antipersonnel mais tiennent à préserver le droit de s’en resservir à l’avenir », a commenté Steve Goose, directeur de la division Armes à Human Rights Watch. « Il ne suffit pas d’injecter de l’argent pour résoudre le problème. Il faut trouver une solution permanente, que confère justement la Convention sur l’interdiction des mines. »

Les États-Unis ne font pas partie des 161 États signataires de la Convention sur l’interdiction des mines de 1997, qui interdit de manière exhaustive les mines terrestres antipersonnel, et rend obligatoires leur déminage ainsi que l’apport d’une assistance aux victimes. En 1997, l’administration Clinton avait déclaré que l’adhésion à la Convention constituait un objectif pour 2006, mais l’administration Bush est revenue sur cette décision en 2004.

Lors d’une réunion des États parties à la Convention sur l’interdiction des mines organisée à Genève en décembre 2013, les États-Unis ont annoncé que l’examen de leur politique régissant les mines antipersonnel lancé en 2009 était « près de parvenir à une conclusion », sans pour autant préciser quand la décision serait annoncée.

Dans un courrier daté du 28 mars 2014, Human Rights Watch a demandé instamment au Président américain Barack Obama d’annoncer les résultats de l’examen de la politique américaine sur les mines antipersonnel avant la Troisième conférence d’examen de la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel qui débutera le 23 juin à Maputo, au Mozambique.

Depuis l’entrée en vigueur de la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel le 1er mars 1999, plus de 47 millions de mines stockées ont été détruites, 27 pays ont achevé un programme de déminage et sont désormais débarrassés de mines, et le nombre annuel de victimes des mines antipersonnel et des résidus explosifs de guerres a considérablement baissé.

La quasi-totalité des 35 pays non-signataires de la Convention en observent les principales dispositions. Ainsi, cela fait plus de vingt années que les États-Unis n’emploient plus de mines terrestres antipersonnel, leur dernière utilisation remontant à la guerre du Golfe de 1991. Une interdiction d’exporter des mines antipersonnel est en vigueur aux États-Unis depuis 1992. Aucune fabrication de mines antipersonnel n’a pas été enregistrée dans ce pays depuis 1997.

À travers le monde, l’utilisation de mines antipersonnel est désormais rare. Ces dernières années, les seules forces gouvernementales à avoir posé de nouvelles mines ont été la Syrie, la Birmanie et la Libye sous Mouammar Kadhafi. Aucun de ces pays n’est signataire de la Convention.

Les États-Unis sont le principal bailleur de fonds destinés aux programmes mondiaux de déminage et d’assistance aux victimes. D’après l’initiative de l’Observatoire des mines de la Campagne internationale pour interdire les mines (International Campaign to Ban Landmines, ICBL), les États-Unis ont octroyé à ces programmes plus de 2 milliards de dollars entre 1993 et 2013. En 2012, les États-Unis ont accordé 134,4 millions de dollars à 30 pays et trois territoires par l’intermédiaire de plus de 40 organisations. L’Afghanistan et l’Irak en ont été les principaux destinataires, bénéficiant ainsi de 48 % des fonds américains destinés aux initiatives de lutte contre les mines antipersonnel en 2012.

Human Rights Watch est un membre fondateur de la Campagne internationale pour interdire les mines qui, avec sa coordinatrice Jody Williams, s’est vu décerner le prix Nobel de la Paix en 1997 en reconnaissance de ses efforts destinés à mettre en œuvre la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel et du rôle qu’elle a joué dans l’instauration d’une nouvelle diplomatie internationale basée sur des impératifs humanitaires.

En 2005, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution (ang fra) désignant le 4 avril comme date de la « Journée internationale de sensibilisation aux dangers des mines et d’assistance à la lutte antimines ». Divers événements sont prévus aux Nations Unies à New York, au Capitole à Washington et dans plusieurs autres pays pour marquer la Journée de lutte antimines 2014.