(New York, le 26 janvier 2012) – Les autorités de la ville de New York devraient ordonner une enquête exhaustive sur la projection d’un film antimusulman dans le cadre de la formation de la police et prendre les mesures appropriées contre toutes les personnes responsables, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Le documentaire, d’une durée de 72 minutes, « The Third Jihad: Radical Islam's Vision for America » (« Le troisième Djihad : La vision de l’islam radical pour l’Amérique »), a été projeté « en boucle » devant au moins 1 489 policiers durant des sessions de formation à la lutte antiterroriste sur des périodes allant de trois mois à un an, au cours de l’année 2010, selon des documents de la police récemment publiés.

« La police de la ville de New York a non seulement projeté un film antimusulman offensif dans le cadre d’un programme de formation, mais son leadership a considérablement minimisé l’ampleur du problème », a déclaré Alison Parker, directrice du programme États-Unis à Human Rights Watch. « Une véritable enquête est nécessaire dans les plus brefs délais, avec des résultats concrets. »

La police de la ville de New York a fourni de fausses informations au sujet de la projection du film depuis que l'histoire a éclaté il y a un an, selon Human Rights Watch. Dans l'article du Village Voice qui a initialement rapporté l'histoire en janvier 2011, le porte-parole de la police a prétendu que le film n'avait été montré « qu’une ou deux fois ». En mars, le porte-parole a répondu par email à la station de radio WNYC en disant que la vidéo a été « diffusée une fois alors que les agents étaient occupés à faire de la paperasse. » Des documents de la police, obtenus par le Centre Brennan pour la Justice en vertu de la loi sur la Liberté de l'information de la ville de New York, après neuf mois d'efforts, démontrent cette déclaration était fausse.

Le porte-parole du département de police a également déclaré à la presse l'année dernière que l'apparition du commissaire de police Raymond Kelly dans le film provenait de vieux clips vidéo et que Kelly n’avait pas participé directement à la production du film. Cependant, après que le New York Times a récemment obtenu des renseignements du réalisateur confirmant que Kelly a été spécifiquement interviewé pour le film, le porte-parole a reconnu que cela était le cas.

Des officiers de l'unité de formation de la police de New York ont déclaré aux médias qu'ils avaient obtenu le film par le département de la Sécurité intérieure des États-Unis. Le porte-parole de la police a affirmé que les représentants supérieurs de la police n'avaient pas approuvé la projection du film et que la décision a été prise par un sergent de police qui a depuis été réprimandé. Cet incident s'inscrit dans le sillage des aveux faits par la ville l'année dernière selon lesquels la police de New York a mené une surveillance agressive de quartiers musulmans américains, de mosquées et de groupes d'étudiants musulmans dans la ville.

Le film comprend des séquences vidéo d'atrocités prétendument tirées de sites islamistes extrémistes entrecoupées d'interviews et de clips provenant des États-Unis pour faire valoir que le but de « nombreux dirigeants musulmans, ici en Amérique » est « d’infiltrer et dominer » les États-Unis. Le film a été produit par Clarion Fund basé à New York, qui a déjà produit des films sur le terrorisme islamiste et le programme nucléaire iranien.

À ce jour, la ville a répondu fermement à l'incident par la condamnation, mais son action est restée limitée, selon Human Rights Watch. Le maire Michael Bloomberg a déclaré aux médias le 24 janvier 2012 que quiconque a montré le film aux policiers lors de la formation « a fait preuve d’un jugement déplorable. » Il a ajouté qu'il ignorait qui l’avait fait, mais que : « Nous allons le découvrir. »

Dans une déclaration du 25 janvier, le commissaire Kelly a présenté des excuses à la communauté musulmane, « qui aurait trouvé le film provocateur et sa diffusion dans l’enceinte du département, bien que non autorisée, inappropriée. » Aucune des autorités n’a apparemment fait mention de mesures disciplinaires contre les responsables de la présentation du film ou de toute autre mesure que la ville prendrait pour remédier à la situation.

« Le problème ici n'est pas seulement que la police a montré un film provocateur », a conclu Alison Parker. « Le fait qu’elle n’ait pas entrepris d’action disciplinaire démontre une négligence grave envers les droits des musulmans vivant à New York, et nourrit les préoccupations selon lesquelles la communauté musulmane est prise pour cible par ce genre de traitement. La ville doit démontrer que la police ne se livrera pas à la discrimination. »