Le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, à la tribune des Nations Unies lors de la 64ème session de l'Assemblée générale à New York, le 23 septembre 2009.

© 2009 Reuters

(New York, le 26 septembre 2011) – L'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) devrait rejeter une nouvelle tentative pour rendre hommage à Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, le président de la Guinée équatoriale et actuellement le plus ancien dirigeant en exercice de l'Afrique, en attribuant un prix en son nom,a déclaré aujourd'hui un groupe de neuf organisations de défense des droits humains.

Le conseil exécutif de l’UNESCO, qui se réunit à Paris jusqu'au 6 octobre 2011, examinera une proposition d’un prix de 3 millions de dollars de l'UNESCO pour la recherche en sciences de la vie, devant être financé par la « Fondation Mbasogo Obiang Nguema pour la Préservation de la vie ». Ce prix a été suspendu l'année dernière après une levée de boucliers de la part d’Équato-guinéens, de groupes de droits humains, de militants anti-corruption et d'éminentes personnalités littéraires, scientifiques et culturelles préoccupés par l’annonce du prix.

Une tentative du gouvernement d'Obiang pour rétablir le prix en mai n’a pas réussi à intégrer l'ordre du jour. Mais l'initiative actuelle bénéficie de l'appui nominal d’autres pays africains suite à une résolution de l’Union africaine (UA) lors de sa réunion au sommet en Guinée Équatoriale en juillet, qu’Obiang a accueillie en tant que président de l’UA cette année.

« L'UNESCO ne devrait pas honorer leprésident Obiang », a déclaré Tutu Alicante, directeur exécutif d'EG Justice, une organisation basée à Washington. « S'il souhaite financer la science et l'éducation à travers le monde, il devrait commencer par son propre pays, où beaucoup n'ont toujours pas de services de base tels que l'électricité et l'eau potable, tandis que le président et sa famille font étalage d'un style de vie extravagant qui fait l'objet d'enquêtes judiciaires à travers le monde. »

Selon les preuves produites par des enquêtes menées en 2004 et 2010 par le Sous-comité permanent des enquêtes du Sénat américain, Obiang et des membres de sa famille ont détourné des dizaines de millions de dollars des revenus des ressources naturelles du pays à leur profit privé. L'édition 2010 du rapport du Département d'État américain sur les droits humains a dénoncé « la corruption officielle à tous les niveaux du gouvernement » et a noté que « [l] e président et des membres de son cercle rapproché ont continué d'amasser des profits personnels tirés de la manne pétrolière. » La Guinée équatoriale est régulièrement classée parmi les pays les plus corrompus de la planète par Transparency International.

Le prixUNESCO-Obiang Nguema Mbasogo de 3 millions de dollars pour la recherche en Sciences de la vie a été mis en place en 2008 mais n'a jamais été attribué. La mise en œuvre de ce prix a été gelée en attendant de plus amples discussions en juin 2010. En octobre, le Conseil exécutif de l'UNESCO a voté pour le suspendre jusqu'à ce qu'un consensus sur la question puisse être atteint par les États membres.

Cette action est survenue après que des personnalités africaines éminentes, des écrivains latino-américains, des lauréats du prix Nobel, des scientifiques et des professionnels de la santé publique, des groupes de liberté de la presse, des lauréatsdu prix Cano, ainsi que des organisations de droits humains du monde entier se sont réunis dans un effort sans précédent pour contester le prix, en invoquant de graves préoccupations au sujet du passé corrompu et abusif d’Obiang.

Parmi les personnalités publiques impliquées dans la campagne contre le prix, on peut citer : les lauréats du prix Nobel Desmond Tutu, Archevêque émérite, Wole Soyinka, Mario Vargas Llosa, Claude Cohen-Tannoudji et John Polanyi, l’auteur Chinua Achebe, la militante des droits humains Graça Machel, ainsi que plus de 60 professionnels de Guinée équatoriale.

Les détracteurs de ce prix ont mis en évidence le contraste entre le mandat de l'UNESCO pour promouvoir les droits humains ainsi que son travail pour défendre la liberté d'expression, et le bilan de répression sévère et de corruption officielle qui ont marqué les 32 ans de règne d’Obiang. Les restrictions sévères sur la liberté de la presse, ainsi que l'autocensure, rendent difficile pour les citoyens de la Guinée équatoriale de contester le gouvernement de l'intérieur du pays quant aux sujets sensibles tels que les enquêtes étrangères en cours sur la corruption présumée d’Obiang et ses proches collaborateurs. Le gouvernement a été condamné à plusieurs reprises par les Nations unies et d'autres observateurs des droits humains pour son usage systématique de la torture. Les récentes élections ont été critiquées comme n'étant ni libres ni équitables.

L'exploitation pétrolière et gazière a fait de la Guinée équatoriale le pays le plus riche en Afrique sub-saharienne en ce qui concerne le revenu par habitant, mais le Fond monétaire international et d'autres organismes ont exprimé leur préoccupation quant au fait que les dépenses du gouvernement pour les besoins sociaux sont faibles compte tenu de ses niveaux élevés de pauvreté. Selon une analyse effectuée par l'Economist Intelligence Unit, la Guinée équatoriale dépense moins pour l'éducation en pourcentage du PIB que des pays voisins comme le Cameroun et le Gabon.

En août 2010, le gouvernement d'Obiang a choqué le monde entier quand il a exécuté quatre exilés dissidents, une heure seulement après une procédure sommaire militaire qui les a reconnus coupables de trahison et de tentative d'assassinat.

Les neuf organisations qui appellent à la révocation du prix sont :

Asociación Pro Derechos Humanos de España

Association Sherpa

Center for Economic and Social Rights

Committee to Protect journalists

EG Justice

Global Witness

Human Rights Watch

Media Legal Defense Initiative

Open Society Justice Initiative