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Guinée équatoriale : Les abus se poursuivent avant l’ouverture du sommet de l’Union africaine

Le gouvernement rogne les droits politiques et bafoue les besoins sociaux

(Washington, le 22 juin 2011) - Le gouvernement équato-guinéen a dépensé sans compter pour loger les diplomates, en négligeant dans le même temps les droits des populations pauvres du pays, en prélude au sommet de l'Union de l'Afrique, ont déclaré Human Rights Watch et EG Justice aujourd'hui. Le gouvernement a aussi considérablement restreint la dissension publique et les critiques formulées à son encontre. Dans un pays où la majorité des citoyens vit dans la pauvreté, le gouvernement du président Teodoro Obiang - qui assure la présidence tournante de l'Union de l'Afrique - vient de dépenser plus de 830 millions de dollars US pour construire un luxueux complexe hôtelier en périphérie de Malabo, la capitale, en vue du sommet.

« Le gouvernement Obiang espère impressionner favorablement les visiteurs étrangers avec ces installations luxueuses construites pour eux », a indiqué Tutu Alicante, directeur exécutif de EG Justice, organisation située à Washington. « Les visiteurs devraient pourtant se demander pourquoi le gouvernement construit des villas pour les riches, alors que les populations locales pauvres vivent dans des taudis sans approvisionnement fiable en électricité ou en eau potable. »

Le sommet de l'Union africaine, qui se tiendra du 23 juin au 1er juillet 2011, a pour thème :« Accélérer l'autonomisation des jeunes pour le développement durable ».

Au titre de l'année 2010, la richesse par habitant place la Guinée équatoriale au même rang que l'Allemagne, le Japon ou le Royaume-Uni en raison des revenus tirés du pétrole ; les conditions de vie des habitants y sont pourtant très précaires.

Il est difficile d'obtenir des statistiques récentes, et celles produites par la Guinée équatoriale ne sont pas toujours fiables. Plus des trois quarts de la population vit dans la pauvreté si l'on en croit une étude menée par le gouvernement équato-guinéen en 2007 et citée jusqu'en 2009, date à laquelle il a commencé à en contester les résultats. Les taux de mortalité infantile ont légèrement baissé en Guinée équatoriale, à l'instar des tendances mondiales, mais les statistiques 2009 de l'UNICEF placent le pays au 14° rang pour cet indicateur. Le gouvernement n'a pas réactualisé ces statistiques depuis lors.

Le gouvernement a parfois nié le fait que la pauvreté demeure un problème grave en Guinée équatoriale, alors qu'en d'autres occasions, il a reconnu qu'il était nécessaire d'améliorer la protection sociale, Il a récemment rejeté comme « absurdes » les critiques externes formulées sur l'extrême pauvreté du pays, déclarant que les équato-guinéens « jouissent à présent d'un statut envié partout dans le monde ».

En 2007, il a adopté un plan de développement sur le long terme principalement axé sur l'infrastructure bien qu'il prévoie également des améliorations sociales. Les niveaux de dépenses sociales se sont élevés comparativement aux autres années, les sommes globales allouées restant relativement faibles par rapport aux enveloppes disponibles, selon le Fonds monétaire international.

Les dépenses consacrées à l'éducation en pourcentage du PIB sont moins élevées en Guinée équatoriale qu'elles ne le sont dans les pays voisins, notamment le Cameroun et le Gabon, bien que la Guinée équatoriale soit la nation la plus riche de l'Afrique subsaharienne par habitant.

Les dépenses consacrées à l'éducation ont avoisiné les 200 millions de dollars US en 2008, année de calcul la plus récente. Cette somme représente moins du quart des dépenses gouvernementales pour construire le complexe destiné à accueillir le sommet de l'Union de l'Afrique.

Étant donné le manque de liberté de la presse et les répressions menées à l'encontre des détracteurs du gouvernement ou de ceux qui se mobilisent pour tenter de défendre leurs droits, il est très difficile pour les citoyens équato-guinéens de remettre en cause les choix du gouvernement de l'intérieur du pays, ont déclaré EG Justice et Human Rights Watch.

Contrairement à d'autres sommets de l'Union de l'Afrique, le sommet de Malabo ne verra pas la tenue d'une manifestation parallèle réunissant des représentants de la société civile pour les groupes étrangers et nationaux. Aucune explication publique n'a été apportée à ce sujet.

Le gouvernement a fait savoir qu'il « renforçait la surveillance » afin d'assurer la « sécurité absolue » en vue du sommet. Il a procédé à la fermeture anticipée des écoles, usant peut-être ainsi d'une mesure visant à dissuader les jeunes de manifester. Plus tôt dans l'année, il avait interdit les manifestations publiques. Des groupes d'opposition et des observateurs des droits humains ont signalé des incidents au cours desquels des activistes politiques, des étudiants et des migrants ont été arrêtés entre avril et juin. Des experts des Nations Unies et d'autres organisations ont documenté des abus graves et répandus perpétrés par les forces de sécurité de la Guinée équatoriale, notamment l'emploi systématique de la torture.

À la fois des journalistes nationaux et internationaux ont dû faire face à des obstacles dans l'exercice de leur liberté de parole. Certains journalistes étrangers se sont vus refuser leurs visas, tandis que d'autres, ayant travaillé en Guinée équatoriale, ont signalé avoir fait l'objet de surveillance, de harcèlement et d'arrestations.

Par exemple, le 11 juin, des agents de la sécurité équato-guinéens ont expulsé des journalistes du réseau de télévision allemande, ZDF, après les avoir interrogés plusieurs heures et avoir supprimé des enregistrements jugés défavorables à l'image du pays, notamment des scènes de pauvreté. En avril 2010, le seul correspondant étranger présent en Guinée équatoriale, reporter pour l'Agence France-Presse, a été arrêté et détenu pendant plusieurs heures alors qu'il tentait de couvrir l'arrivée de dignitaires étrangers dans le cadre d'un sommet.

« Le gouvernement de Guinée équatoriale essaie de réduire au silence ses propres citoyens et harcèle la presse internationale ; les dignitaires en visite devraient faire entendre leur voix pour dénoncer le besoin de réformes en profondeur en Guinée équatoriale », a déclaré Tutu Alicante.

Sipopo, le nouveau complexe construit pour le sommet, est situé à environ cinq kilomètres de Malabo. Un communiqué du gouvernement en date du 10 juin précise qu'il regroupe un hôtel luxueux doté d'un spa - le premier du pays - rattaché à la chaîne Sofitel, un nouveau centre de conférences conséquent, une plage artificielle de plus d'un kilomètre et demi, 52 villas luxueuses en front de mer (pour un coût de 140 millions de dollars US), un cours de golf de 18 trous, une nouvelle autoroute, un héliport, un hôpital ultra-moderne, un réseau de fibres optiques et un commissariat. Le gouvernement espère que le village de Sipopo sera une destination touristique après le sommet qui durera une semaine.

Le Fonds monétaire international (FMI) a fait remarquer le montant relativement bas des dépenses sociales comparativement aux besoins, et exprimé sa préoccupation quant aux dépenses faramineuses liées à l'infrastructure. Dans un rapport paru en mai 2010, il a émis une mise en garde contre des dépenses insoutenables.

Le Fonds monétaire international a également fait part de son inquiétude quant au fort taux de pauvreté qui touche le pays, et exhorté le gouvernement à élaborer des projets qui « font passer le niveau de vie et la productivité » au rang de ses priorités.

Quant à elle, la Guinée équatoriale a fait valoir que les dépenses réalisées dans le cadre de la construction des installations pour le sommet de l'Union de l'Afrique allaient considérablement favoriser les perspectives du secteur du tourisme et l'économie. Le pays co-organisera également la Coupe d'Afrique des Nations 2012, du 21 janvier au 12 février.

« La Guinée équatoriale possède de formidables ressources qui devraient être mises au service de sa population », a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « Le contraste frappant entre les installations luxueuses réalisées pour le sommet et le faible niveau d'enseignement, de santé, et de droits civils accordé à de trop nombreux jeunes du pays devrait conduire la communauté internationale à remettre en question les priorités du gouvernement. »

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