(New York) - Des combattants de l'Armée rebelle de résistance du Seigneur (« Lord's Resistance Army », ou LRA) ont férocement massacré au moins 620 civils et enlevé plus de 160 enfants entre le 24 décembre et le 13 janvier dans le nord de la République Démocratique du Congo, ont déclaré Human Rights Watch et Justice Plus, une organisation congolaise de protection des droits humains. La plupart des victimes ont été tuées ou enlevées au cours de trois attaques simultanées les 24 et 25 décembre 2008.

Lors d'une mission de deux semaines dans la région, les chercheurs de Human Rights Watch et de Justice Plus ont rassemblé des informations détaillées, parmi lesquelles des listes de personnes tuées ou enlevées à et autour de Doruma, Faradje et Duru, sur le territoire de Haute-Uele. Sur plusieurs des sites où les tueries ont eu lieu, les chercheurs ont trouvé des tombes fraîchement creusées, des mares de sang séché, des cordes utilisées pour attacher les prisonniers, des massues et des haches tachées de sang ayant servi à tuer les victimes.

« La LRA est venue ici avec l'intention de tuer, et ses combattants ont laissé peu de survivants » a confié Anneke Van Woudenberg, chercheuse principale à Human Rights Watch. « Les tactiques similaires et les attaques presque simultanées montrent que c'était une opération planifiée visant à massacrer et terroriser le plus grand nombre de civils possible. »

Ces attaques de la LRA ont suivi le début d'une opération militaire conjointe, le 14 décembre, de l'armée ougandaise soutenue par les armées congolaises, sud-soudanaise et centrafricaine. L'armée ougandaise a attaqué le quartier général de la LRA, situé dans le Parc national de Garamba, près de la frontière avec le Soudan.

A la suite de l'attaque, la LRA s'est divisée en plusieurs groupes, chacun de ceux-ci prenant des populations civiles pour cible le long de sa route. Les rebelles ont attendu le 24 décembre pour mener la plus dévastatrice de leurs attaques, patientant jusqu'à ce que les villageois se soient rassemblés pour les fêtes de Noël, puis les encerclant et les tuant en leur défonçant le crâne avec des haches, des machettes, et de grandes massues en bois. La plupart des rares personnes qui ont survécu ont aussi des blessures à la tête, mais deux petites filles de trois ans souffrent de graves blessures au cou, subies au moment où les combattants de la LRA ont essayé de leur arracher la tête.

Dans le village de Batande, à sept kilomètres de Doruma, à côté de la frontière soudanaise, la LRA a tué au moins 80 personnes le 25 décembre, quand les habitants se sont retrouvés pour le déjeuner de Noël, après l'office religieux du matin. Des membres de la LRA ont cerné les villageois, les ont attachés avec des cordes ou des bandes de caoutchouc tirées de pneus de vélos, et ont alors séparé les hommes et les garçons des femmes et des filles. Ils ont emmené les hommes et les garçons à environ 40 mètres de l'église et les ont immédiatement tués. Ils ont emmené les femmes et les filles dans la forêt par petits groupes et ont violé beaucoup d'entre elles avant de leur défoncer le crâne.

Un des rares survivants du village, un vieil homme de 72 ans qui était arrivé en retard pour le déjeuner de Noël, s'est caché dans les buissons et a assisté, horrifié, au meurtre de sa femme, de ses enfants et de ses petits-enfants. Ensuite, il a enterré beaucoup de corps et a raconté aux enquêteurs de Human Rights Watch que seuls six habitants du village avaient survécu.

Quand la tuerie a pris fin à Batande, les combattants de la LRA ont mangé le repas de fête que les villageois avaient préparé, et puis se sont endormis parmi les cadavres avant de continuer à semer sur leur route la destruction et la mort. Ils ont attaqué 12 autres villages les 26, 27 et 28 décembre.

A Faradje, une ville à l'est du Parc national de Garamba et à environ 300 kilomètres de Doruma, un autre groupe de combattants de la LRA a aussi attaqué le jour de Noël, tuant au moins 143 personnes et enlevant 160 enfants. Les tactiques étaient semblables, les combattants de la LRA défonçant les crânes des victimes avec des haches et des massues. Parmi les morts, on compte le médecin du village, deux inspecteurs des écoles, des enseignants, deux pasteurs et des représentants de l'État.

Tandis que ses opérations se prolongeaient dans la nuit, la LRA mettait le feu à 940 maisons, trois écoles primaires et neuf églises. Les attaquants ont quitté les lieux tôt le matin, avec les enfants kidnappés et 20 adultes, tous attachés les uns aux autres et obligés de porter les marchandises pillées par les assaillants. 

Les attaques de la LRA continuent. Selon les témoins oculaires interviewés par Human Rights Watch, les combattants de la LRA ont tué au moins 86 personnes entre le 8 et le 11 janvier, dans les villes de Sambia, Akua et Tomate, situées au sud de Faradje. Dans la mesure où les informations sur ces attaques sont encore incomplètes, il est probable que le nombre de morts est beaucoup plus élevé.

« Des centaines de personnes ont été massacrées et cela continue tout simplement », déclare Joël Bisubu, de Justice Plus. « Nous avons besoin de nourriture et de fournitures médicales pour les blessés, mais nous avons surtout besoin de protection. »

Les soldats de l'opération militaire conjointe ont apporté une protection limitée aux populations de la région. L'armée ougandaise affirme que son objectif est de retrouver la LRA et son chef, Joseph Kony, contre lequel un mandat d'arrêt a été lancé par la Cour pénale internationale (CPI), et de délivrer les civils enlevés par la LRA. A ce jour, les troupes ougandaises ont délivré 25 personnes.

Les soldats de l'armée congolaise ne sont arrivés à Doruma et Faradje qu'après que les massacres avaient eu lieu.

La mission de l'ONU au Congo, la MONUC, a un mandat de protection des populations civiles et fournit un soutien logistique à l'armée congolaise, mais n'est pas partie prenante de l'opération. La plupart des forces de maintien de la paix des Nations Unies sont installées plus loin vers le sud, dans l'est du Congo, là où d'autres forces rebelles et l'armée congolaise se livrent une guerre qui a aussi fait payer un tribut terrible aux populations civiles.

Les chefs de la LRA, y compris Joseph Kony, sont recherchés par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis dans le nord de l'Ouganda. N'importe quelle personne suspectée par la CPI, qui est capturée ou qui se rend, devrait être immédiatement traduite en justice devant la CPI, déclare Human Rights Watch. L'Ouganda et la RDC sont tous les deux des états-membres de la CPI, obligés de coopérer avec la Cour, y compris en aidant à l'exécution de ses mandats d'arrêt.

« Dans le passé, les attaques de l'armée ougandaise contre la LRA ont souvent déclenché des représailles immédiates sur les civils vivant dans les environs », a indiqué Anneke Van Woudenberg. « Les atrocités commises par la LRA, comme celles-ci, montrent que l'armée ougandaise doit prendre des mesures de protection des civils quand elle entreprend des offensives militaires. »