J'étais enceinte de sept mois lorsque Somjit a été abattue. J'étais là quand c'est arrivé. C'était très cruel. Après que ma mère a été tuée, la police m'a demandé d'aller au poste de police du district rien qu'une fois. Ils m'ont demandé si elle était trafiquante. Je leur ai répondu que ma mère était une bonne personne, qu'elle n'avait jamais vendu de drogue et qu'elle ne connaissait personne qui le faisait. Elle n'avait aucun conflit personnel. C'est la seule fois où j'ai dû aller à la police pour parler de la mort de ma mère.

Les policiers m'ont dit qu'elle avait été dénoncée. Une femme les avait appelés le 16 février 2003 au soir, vers 22 heures, et leur avait dit que Somjit était une trafiquante de drogue et qu'elle cachait du ya baa [méthamphétamine] dans son magasin. Mais la police n'est jamais venue fouiller l'endroit. Le jour suivant, Somjit était convoquée au poste de police du district pour confirmer son nom sur la liste noire. Elle a été tuée trois jours plus tard. Le 18 février 2003, mon voisin a été tué. Il avait également dû se rendre à la police pour vérifier son nom sur la liste noire. Comment aurait-il pu être trafiquant alors qu'il était très vieux et paralysé?

    — La fille de Somjit Khayandee, une femme de 42 ans abattue le 20 février 2003

Le 31 janvier 2003, tard le soir, Boonchuay Unthong et Yupin Unthong ont été abattus alors qu'ils rentraient chez eux d'une fête de quartier avec leur fils, Jirasak, huit ans… Des témoins ont raconté avoir vu un homme portant un masque de ski et installé à l'arrière d'une moto tirer sur Yupin, qui était assise à l'arrière de la moto familiale. Boonchuay a alors crié à Jirasak de s'enfuir. Ce dernier est parti se cacher derrière une clôture et a regardé les hommes armés marcher vers Boonchuay et l'exécuter d'une balle dans la tête. Condamné pour un délit lié à la drogue, Boonchuay venait d'être libéré après 18 mois d'emprisonnement. On a découvert par la suite que Yupin et lui avaient été repris sur une liste noire du gouvernement.

    — "Not Enough Graves", p.9

J'entendais qu'on le battait [mon petit copain]. J'ai entendu les flics lui dire, "Pas la peine de résister, résigne-toi. Si tu as de la drogue, tu n'as qu'à nous la remettre." Quand il a dit qu'il n'en avait pas, ils lui ont répondu, "Pourquoi l'as-tu jetée?" Il est sorti tout contusionné, les mains menottées derrière le dos. Je lui ai demandé, "Tu as été battu?" et il a répondu, "Oui, par trois flics, après qu'ils m'ont menotté."… Les policiers ont ajouté, "On trouvera bien une raison de te choper aujourd'hui."

    — Karn S., femme toxicomane âgée de 25 ans

La confession écrite disait que je vendais de la drogue alors que je n'avais pas été pris en train de le faire. Quand j'ai refusé de signer, les policiers ont menacé tous les autres membres de ma famille. Ils m'ont dit, "Tu n'aimes pas ta famille? Tu veux qu'elle ait des problèmes? Pourquoi est-ce que tu n'acceptes pas de porter le chapeau au lieu d'entraîner ta famille dans tout cela?" Alors je suis passé aux aveux.

    — Tai P., toxicomane par injection âgé de 28 ans

Tous les drogués ont disparu de la scène et se sont cachés. Ce n'est pas comme avant quand on pouvait sortir et on savait qui étaient les dealers… Avant, c'était facile de trouver un groupe et de savoir où était le lieu de rendez-vous. Avec la guerre antidrogue, les gens ont disparu parce qu'ils ne se sentaient pas en sécurité.

    — Odd Thanunchai, ancien toxicomane de 26 ans et éducateur pour drogués

Certains toxicomanes nous ont dit que lorsqu'ils se cachaient, les comportements à risque augmentaient… Je pense qu'ils courent plus de risques d'être infectés par le VIH parce que maintenant, les personnes ou les organisations peuvent difficilement travailler avec eux, notamment au niveau de la recherche, de l'éducation ou de l'accès aux soins de santé… Certains héroïnomanes ont changé de drogue mais continuent à se piquer. Certains ont commencé à prendre du ya baa ou d'autres pilules. D'autres se sont simplement tournés vers l'alcool fort comme le whisky, qui peut causer des accidents. Lorsqu'on se cache de la police, il est très difficile de garder de la drogue sur soi, donc il faut l'utiliser rapidement, ce qui peut provoquer des overdoses.

    — M. Anurak Boontaruk, coordinateur d'un centre d'accueil pour drogués, Chiang Mai

Il est plus facile d'obtenir de l'héroïne en prison qu'à l'extérieur. Il y a des dealers à l'intérieur de la prison. Ce n'est pas tellement cher, de 400 à 500 bahts [10-12 $US] par paquet. C'est un peu plus cher dehors. Nous nous procurons des seringues au poste médical de la prison. Je les ai prises moi-même, c'étaient de bonnes seringues. Il faut partager les aiguilles, il n'y en a jamais assez. Je partageais avec plus de 50 personnes. Je n'avais pas le choix. Quand il n'y en a qu'une, il faut bien l'utiliser. Elle n'est jamais très pointue mais il faut l'utiliser.

    — Ngu T., toxicomane de 23 ans qui a été testé séropositif en 2003

Ils se retrouveront derrière les barreaux ou même, ils disparaîtront sans laisser de trace. Qu'est-ce que cela peut faire? Ils détruisent notre pays.

    — Le Ministre de l'Intérieur, Wan Muhamad Nor Matha, s'exprimant à propos des trafiquants de drogue, janvier 2003

La police thaïlandaise peut faire absolument tout ce qu'elle veut. Parce que les trafiquants de drogue sont sans pitié pour nos enfants. Donc, il est normal d'être sans pitié pour eux… Il se peut qu'il y ait des morts… Si ce sont des trafiquants qui meurent, c'est normal.

    — Le Premier Ministre Thaksin Shinawatra, dans un discours au Centre Ratchapat Suandusit, Bangkok, le 14 janvier 2003