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Le Grand Prix de Formule 1 au Rwanda risque de nuire aux droits humains

Un risque important de répression gouvernementale et de « sportswashing »

Le président rwandais Paul Kagame annonçait la signature d’un accord pour l’organisation d’un future Grand Prix de Formule 1 au Rwanda, lors d’un discours prononcé à la BK Arena de Kigali, le 13 octobre 2026.  © 2026 Jean Baptiste Nkurunziza/AFP via Getty Images

La décision annoncée cette semaine par la Formule 1 d’organiser un Grand Prix au Rwanda d’ici au début des années 2030 pourrait marquer un tournant important pour l’Afrique. Le continent mérite une place plus importante dans le calendrier sportif mondial. 

Mais l’accord de dix ans conclu entre la Formule 1 et le Rwanda comporte également des risques importants pour les droits humains. 

La répression exercée par le gouvernement rwandais expose les journalistes et d’autres personnes qui remettent en cause l’image résolument positive que les autorités cherchent à projeter du pays à des risques avant, pendant et après les week-ends de course. Depuis longtemps, le gouvernement rwandais s’en prend aux médias indépendants et aux opposants politiques, au Rwanda comme à l’étranger, notamment par le recours à la torture, à la détention militaire illégale, aux disparitions forcées et aux exécutions extrajudiciaires. 

Human Rights Watch a également documenté la pratique régulière des rafles menées par les autorités rwandaises contre les personnes sans abri et les vendeurs ambulants avant de grands événements. À Kigali, les personnes arrêtées sont détenues dans un vaste entrepôt présenté comme un « centre de transit », jusqu’au départ des visiteurs étrangers. C’est ainsi qu’avant une conférence internationale organisée en 2021, des personnes parmi les plus pauvres et les plus marginalisées de la capitale ont été enfermées dans ces conditions. 

Comme d’autres pays, le Rwanda a également eu recours à des accords sportifs très médiatisés et à de grandes compétitions pour détourner l’attention de son bilan désastreux en matière de droits humains. Cette pratique est connue sous le nom de « sportswashing », soit l'utilisation d'événements sportifs et de partenariats pour occulter les violations des droits humains. Le Rwanda soutient actuellement le M23, un groupe rebelle abusif dans l’est de la République démocratique du Congo. Les forces rwandaises ont été impliquées dans des déplacements forcés de population, des campagnes de recrutement forcé et de détention arbitraire à grande échelle, ainsi que dans des meurtres de civils, en violation du droit international humanitaire. 

Le 24 février, Human Rights Watch a écrit à la Formule 1 pour lui demander comment elle entendait répondre aux risques de blanchiment d’image par le sport, et aux atteintes aux droits humains liées à ses événements, notamment dans le cadre de la candidature du Rwanda à l’organisation d’un Grand Prix. Nous n’avons toujours pas reçu de réponse. 

Avant de donner son feu vert à l’organisation de courses au Rwanda, la Formule 1 devrait procéder à une évaluation approfondie des risques pour les droits humains, notamment en consultant des organisations de la société civile dans ce pays et à l’étranger. Son accord avec le gouvernement rwandais devrait comporter des engagements assortis d’objectifs mesurables visant à protéger les journalistes rwandais et étrangers couvrant l’événement. La Formule 1 devrait également faire face au risque que le gouvernement rwandais utilise le sport automobile afin de blanchir son bilan en matière de droits humains. 

Le retour de la Formule 1 en Afrique est une bonne chose pour ce sport et pour le continent. Mais compte tenu de la répression exercée par le gouvernement rwandais, au Rwanda comme à l’étranger, la Formule 1 ne peut pas faire l’impasse sur les droits humains.

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