(Istanbul, le 13 octobre 2026) – Alors que la Turquie s’apprête à accueillir en novembre la 31ème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP31), les autorités de ce pays procèdent à des arrestations et à des poursuites arbitraires à l’encontre d’activistes et d’autres personnes participant à des manifestations pour la défense de l’environnement, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
« Alors que la Turquie s'apprête à accueillir le sommet annuel de l'ONU sur le changement climatique, la répression qu'elle exerce en matière d'environnement rappelle de manière frappante son intolérance à l'égard de la contestation », a déclaré Deniz Bayram, chercheuse adjointe auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les autorités turques devraient prêter attention aux préoccupations de la population concernant l'impact environnemental d'activités telles que l'exploitation minière dans leurs régions et y répondre, au lieu d'arrêter et de poursuivre des manifestants. »
En août 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 23 personnes ayant participé en Turquie à des manifestations en faveur de la protection de l'environnement et a examiné les reportages, documents et procédures judiciaires pertinents.
Human Rights Watch a également documenté le traitement réservé aux défenseurs de l’environnement dans deux régions actuellement affectées par des projets industriels. Des manifestations contre l'exploitation du charbon dans la forêt d'Akbelen, située dans la province de Muğla (sud-ouest de la Turquie), ont lieu depuis 2023, tandis qu’un projet d'exploration aurifère dans la zone du plateau de Perşembe et aux alentours, dans la région de la mer Noire (nord de la Turquie), ont suscité des protestations tout au long de l'année 2026. Les autorités des deux zones ont dispersé par la force des manifestants non violents, notamment en recourant aux gaz lacrymogènes, aux canons à eau et au gaz poivre. La police a arrêté et verbalisé des manifestants, et a intimidé les habitants en procédant à des contrôles d’identité arbitraires.
En septembre, Human Rights Watch a écrit au ministère de l’Intérieur turc ainsi qu’aux parquets de Milas (province de Muğla), de Korgan (province d’Ordu) et de Tirebolu (province de Giresun), pour solliciter des informations complémentaires et une réponse à ses constatations. À ce jour, Human Rights Watch n’a toutefois reçu aucune réponse à ces courriers.
Les forces de l'ordre et de sécurité turques ont arrêté des membres de la société civile, des avocats et des journalistes lors de manifestations. Les manifestants font face à diverses poursuites pénales et enquêtes fondées sur des allégations douteuses, notamment pour rassemblement illégal, recours à la violence pour empêcher un agent public d'exercer ses fonctions, intrusion, outrage à agent public et diffusion de fausses informations. Les autorités ont également arrêté temporairement au moins deux personnes ayant exprimé en ligne leur soutien aux manifestations.
Dans un incident survenu le 29 juillet, les autorités ont arrêté des manifestants dans la région orientale de la mer Noire et les ont retenus jusqu'à huit heures sans procédure légale régulière. Parmi les personnes arrêtées figuraient deux enfants et une femme de 84 ans.
Des défenseurs de l’environnement ont également fait face à des poursuites pénales, à des amendes administratives et à d’autres formes de pression juridique pour avoir surveillé les atteintes à l’environnement ou cherché à protéger leurs terres et leur environnement.
Peu avant le sommet de l'OTAN tenu en juillet dernier à Ankara, les autorités ont ordonné l'arrestation de 225 personnes, y compris des activistes politiques à des défenseurs de la nature, suspectés d'« appartenance à des organisations armées ». Les 25 et 26 juin, les tribunaux ont placé 178 d'entre elles en détention provisoire et 34 sous contrôle judiciaire, sans toutefois invoquer d'éléments probants attestant d'une activité criminelle. Parmi les personnes arrêtées figuraient 13 membres d'une organisation de protection de la nature, qui ont été libérés par la suite, tout comme 14 autres personnes qui avaient été placées en résidence surveillée.
Les enquêtes pénales et les arrestations de défenseurs de l’environnement qui se poursuivent depuis 2023 ont eu un effet dissuasif considérable sur les droits à la liberté d’expression et de réunion, pourtant protégés par le droit international des droits humains et par la Constitution turque. Si nombre de ces procédures ont abouti à des décisions de non-lieu ou à des acquittements, les enquêtes font peser une charge immense sur les personnes visées, car elles s’étendent sur des années et les contraignent à comparaître à maintes reprises devant les autorités chargées de l’application des lois.
Une femme âgée de 75 ans à Denizli, dans l'ouest de la Turquie, a écopé d’une amende en mai 2024 pour avoir refusé l'accès à sa propriété à deux employés d'une compagnie minière, dans le cadre d'une action de protestation contre l'extraction de charbon. Elle a été accusée d'avoir frappé ces employés, allégation qu'elle dément avec véhémence. La décision fait l'objet d'un appel.
Des policiers et des gendarmes ont empêché des journalistes et des passants de filmer des manifestations pour l'environnement dans les zones touchées – en recourant parfois à la violence – et ont procédé à des arrestations, ainsi qu'à l'ouverture d'enquêtes visant des journalistes qui couvraient ces manifestations, selon les médias.
Human Rights Watch a précédemment fait part de ses préoccupations aux autorités turques, soulignant que les efforts visant à développer l'extraction du charbon et les capacités de production d'électricité à partir de charbon en Turquie font peser de graves risques sur la santé publique, la protection de l'environnement et le respect d'autres droits humains.
La répression à l'encontre des défenseurs de l'environnement s'inscrit dans une offensive plus large contre l'espace civique en Turquie, a déclaré Human Rights Watch, incluant la détention d’activistes à Istanbul qui protestaient contre une répression anti-LGBT le 15 septembre 2026. Certains d'entre eux affirment avoir été maltraités durant la période de plus de 24 heures qu'ils ont passée en détention.
La participation de la société civile est importante pour amener les États à rendre des comptes sur leurs politiques environnementales, selon Human Rights Watch. Elle est également essentielle dans les contextes où les décisions prises par le gouvernement central peuvent avoir de graves répercussions environnementales à l'échelle locale.
En tant que pays hôte de la COP31 en novembre, la Turquie a l'obligation de faciliter la participation de la société civile à la conférence..
« Le gouvernement turc a ignoré les mesures de protection de l'environnement et s'en est pris aux populations locales qui dénoncent les atteintes à l'environnement touchant leurs communautés », a conclu Deniz Bayram. « Les États participant à la COP31 devraient s’exprimer contre la répression exercée par la Turquie à l’encontre des défenseurs de l’environnement, et rappeler à leurs hôtes que la participation de la société civile est essentielle pour atteindre les objectifs de la COP. »
Suite détaillée en anglais.
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