(Beyrouth) – Les autorités houthies au Yémen ont arrêté arbitrairement plus de 20 chrétiens au cours des trois derniers mois, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les Houthis devraient les libérer immédiatement, ainsi que les centaines d'autres personnes détenues arbitrairement dans les zones du Yémen sous leur contrôle.
« Au lieu de chercher à réduire les taux alarmants de famine auxquels sont confrontés de nombreux Yéménites, les Houthis ne cessent de procéder à des arrestations et détentions », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Les Houthis devraient cesser de détenir des membres de la communauté chrétienne marginalisée et d’autres personnes, et veiller plutôt à ce que tous les habitants des territoires sous leur contrôle aient un accès adéquat à la nourriture et à l'eau. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec deux membres de la minorité chrétienne au Yémen qui ont rassemblé des informations sur les arrestations, et a examiné des informations diffusées en ligne, notamment des déclarations et des publications sur les réseaux sociaux.
À partir de fin novembre et début décembre 2025, les Houthis ont lancé une campagne d’arrestations arbitraires de chrétiens au Yémen. Selon le Conseil national pour les minorités dans ce pays, ainsi qu’un chrétien yéménite dont Human Rights Watch a recueilli le témoignage, les Houthis ont arbitrairement arrêté sept chrétiens yéménites début décembre, avant de procéder à d’autres arrestations le 24 décembre, veille de Noël. Une autre personne de la communauté chrétienne a déclaré que deux chrétiens avaient aussi été détenus fin novembre.
Les deux personnes interviewées par Human Rights Watch ont déclaré qu'au 12 janvier, les autorités houthies avaient arbitrairement arrêté plus de 20 chrétiens dans les gouvernorats de Sanaa et d'Ibb, ainsi que dans d’autres zones sous leur contrôle. Selon l'une des personnes, 24 chrétiens avaient été arrêtés ; l’autre personne était au courant de 21 arrestations.
La première personne a déclaré que son chiffre (24) était basé sur ses communications avec des chrétiens « officiellement » reconnus comme tels, mais qu'il pouvait y avoir eu d'autres cas de détention dont elle n'avait pas connaissance. Le Conseil national pour les minorités a déclaré que « des dizaines » de personnes avaient été détenues dans le cadre de la campagne des Houthis. La plupart de ces cas semblent correspondre à la définition de disparition forcée.
« Certaines personnes ont été arrêtées dans la rue, d'autres chez elles », a déclaré la deuxième personne. Elle a ajouté que dans les cas dont elle avait connaissance, les autorités n'avaient présenté aucun mandat d'arrêt aux personnes arrêtées. « Les forces de l'ordre ne se sont pas présentées, nous ne savons pas qui elles étaient. Elles ont fait irruption dans les maisons, ont défoncé des portes et ont arrêté les gens de force. » Les personnes interviewées ont déclaré qu'aucune raison justifiant leur arrestation n'avait été donnée aux détenus.
La première personne a déclaré qu'à sa connaissance, aucune des personnes détenues n'avait pu communiquer avec sa famille, et que les autorités n'avaient pas non plus fourni à leurs familles des informations sur leur lieu de détention lorsqu'elles les avaient demandées. Elle a ajouté que certains détenus souffraient de problèmes de santé, notamment de maladies cardiaques et de diabète, qui nécessitaient des soins médicaux. Elle ne savait pas si elles avaient reçu les soins requis.
L'autre personne a déclaré qu'elle savait que deux détenus avaient pu brièvement contacter leurs familles par téléphonique, mais que les autres n'avaient eu aucun contact avec leurs proches. « Nous sommes des communautés cachées, marginalisées et prises pour cible par toutes les autorités du Yémen, y compris les autorités religieuses », a déclaré cet individu. « [Nous sommes] poursuivis et persécutés par des dignitaires religieux et par les autorités, dans différentes régions du Yémen. »
Les disparitions forcées, lors desquelles les autorités détiennent une personne puis refusent de divulguer des informations sur le lieu ou sur les conditions de sa détention, constituent des crimes graves au regard du droit international ; elles sont interdites par le droit international des droits humains, et par le droit international humanitaire.
Selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), on estimait auparavant à 41 000 le nombre de chrétiens au Yémen ; ce chiffre comprenait des Yéménites, des réfugiés et des expatriés étrangers. Cependant, la Commission a affirmé en 2025 que « la communauté s'est réduite à quelques milliers de personnes » ces dernières années, car beaucoup ont fui en raison du conflit. Il est impossible de déterminer des chiffres exacts en raison de l'absence de recensement, et de la crainte de persécution de nombreuses minorités religieuses.
En 2016, Human Rights Watch a indiqué que le conflit ayant éclaté en 2014 avait des répercussions sur la communauté chrétienne, notamment des attaques contre des croyants et des institutions chrétiennes. Depuis lors, les autorités houthies, ainsi que d'autres autorités yéménites, ont continué à maltraiter les minorités religieuses au Yémen, notamment les chrétiens, les juifs et les bahaïs. En 2023, Human Rights Watch a documenté la détention arbitraire par les Houthis de 17 membres de la communauté bahaïe du Yémen, soumis à des disparition forcées ; ceci a fait suite à d’autres arrestations systématiques de bahaïs menées par les Houthis, depuis plusieurs années.
Les arrestations de chrétiens par les Houthis font également suite aux arrestations, au cours des 18 derniers mois, de centaines de personnes sur le territoire contrôlé par les Houthis ; il s’agit notamment d’employés d’agences humanitaires des Nations Unies, des membres de la société civile, de défenseurs des droits humains, de journalistes et d'autres personnes qui tâchaient d’exercer leur droit à la liberté d'expression.
« Les Houthis affirment souvent vouloir défendre la justice face à l'oppression occidentale, mais leurs violations continues des droits de leur propre peuple montrent qu’il s’agit de vaines paroles », a conclu Niku Jafarnia. « Ceux qui disent s'opposer à l'injustice à l'étranger ne devraient pas commettre d'actes injustes dans leur propre pays. »
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