(New York) – Les principaux pays donateurs ont porté un coup dévastateur au droit à la santé de millions de personnes dans le monde en réduisant leur soutien au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. À ce jour, seuls 11,85 milliards de dollars US ont été promis pour la période 2026-2028, sur les 18 milliards de dollars US nécessaires de toute urgence. Parmi les dix principaux donateurs, seul un n’a pas réduit sa contribution.
« Des personnes vont mourir en raison des décisions des pays donateurs de réduire leurs contributions au Fonds mondial », a déclaré Julia Bleckner, chercheuse senior sur la santé à Human Rights Watch. « Les pays donateurs devraient immédiatement intensifier leurs efforts et combler ce déficit de financement. »
Le Fonds mondial fournit près des deux tiers de l’ensemble des financements internationaux consacrés aux programmes de lutte contre la tuberculose, plus de la moitié de ceux dédiés au paludisme et plus d’un quart de ceux destinés au VIH. Depuis sa création en 2002, le Fonds mondial estime avoir sauvé 70 millions de vies. Rien qu’en 2024, le Fonds mondial a déclaré avoir traité 25,6 millions de personnes atteintes du VIH et 7,4 millions autres atteintes de tuberculose.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 47 personnes travaillant pour des organisations non gouvernementales, agents de santé communautaires, et bénéficiaires de l’aide affectés par les récentes coupes dans le financement de la santé mondiale en Indonésie, au Laos et au Népal, en se concentrant spécifiquement sur la prévention et la prise en charge du VIH/sida. Human Rights Watch a constaté que ces coupes budgétaires en 2025 ont déjà eu des conséquences désastreuses, en particulier pour les groupes marginalisés confrontés à une discrimination systémique et à des obstacles dans l’accès aux soins de santé, notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les personnes transgenres, les travailleurs et travailleuses du sexe et les usagers de drogues.
Les populations les plus exposées au risque de transmission et de contamination par le VIH/sida sont aussi souvent celles subissant des discriminations systémiques de la part de leurs gouvernements et pour lesquelles les programmes communautaires soutenus par le Fonds mondial et d’autres mécanismes internationaux de santé mondiale constituent le seul moyen d’accéder au dépistage, à la prévention et aux soins liés au VIH/sida. Les activités d’éducation, de conseil, de dépistage, de soutien et de distribution de médicaments liées au VIH assurées par des organisations communautaires constituent une approche éprouvée et fondée sur des données probantes pour protéger la santé des membres de ces groupes.
En suivant les États-Unis dans leur désengagement financier, les pays donateurs provoquent un effondrement en cascade du système de santé mondiale qui menace des millions de vies dépendant à la fois de l’aide bilatérale et des financements multilatéraux, en particulier au sein des communautés confrontées à des obstacles dans l’accès à la santé créés par leurs propres gouvernements, a déclaré Human Rights Watch.
Lors du Sommet de la reconstitution des ressources du Fonds mondial qui s’est tenu le 21 novembre 2025 à Johannesburg, la France et la Commission européenne n’ont pris aucun engagement financier concret, alors qu’elles figuraient jusqu’à présent parmi les principaux donateurs. Au moment de la rédaction de ce communiqué, ni la France ni l’Union européenne n’avaient encore pris d’engagement public. Human Rights Watch a écrit à la Commission européenne, au Président français Emmanuel Macron et au Premier ministre suédois Ulf Kristersson pour exprimer ses préoccupations, mais n’a pas reçu de réponse de la France et de l’UE.
La Suède a pris un engagement après le Sommet, mais en réduisant significativement son financement de 200 millions de dollars par rapport au cycle de financement précédent. Le gouvernement a répondu à Human Rights Watch qu’il restait engagé en faveur du Fonds mondial et a confirmé une contribution moindre de 74,2 millions de dollars (683 millions de couronnes suédoises) pour 2026. Les États-Unis ont réduit leur engagement de 6 milliards de dollars à 4,6 milliards. Le Japon a diminué sa contribution de plus de moitié, l’Allemagne de plus d’un quart et les Pays-Bas de près d’un cinquième. Le Royaume-Uni, le Canada et l’Italie ont également réduit leurs contributions. Parmi les dix principaux donateurs récents, seule la Norvège a augmenté sa contribution, qui est passée de 193,18 millions de dollars à 195,7 millions.
Le retrait des donateurs du Fonds mondial est d’autant plus alarmant qu’il intervient dans un contexte de coupes massives et brutales de l’aide bilatérale américaine à la santé en 2025. L’impact humain de ces réductions est considérable, avec plus de 740 000 décès estimés à ce jour en raison des réductions de l’aide américaine.
Les principaux donateurs de la santé mondiale devraient accroître leur soutien aux efforts multilatéraux visant à promouvoir le droit à la santé, plutôt que de suivre le retrait des États-Unis, a déclaré Human Rights Watch. A cet égard, l’Inde a augmenté sa contribution de 20 %, la Côte d’Ivoire de 30 % et l’Afrique du Sud de plus de 100 %.
L’aide internationale destinée à soutenir les programmes communautaires non gouvernementaux est essentielle pour mettre en œuvre une approche de la santé fondée sur les droits, qui lutte contre la stigmatisation et la discrimination auxquelles sont confrontées de nombreuses populations marginalisées. « Le simple fait de sortir de chez soi est effrayant pour une personne trans », a expliqué Aika, une travailleuse communautaire transgenre séropositive en Indonésie. « Sans un accompagnement de proximité, la personne se retrouvera seule et ne recevra pas de soins »
Les organisations non gouvernementales et les agents de santé communautaires qui interviennent auprès de ces populations ont indiqué que les réductions des ressources du Fonds mondial signifieraient que ces communautés perdraient tout simplement l’accès à des soins vitaux, sans aucune autre source de soutien. « Si le Fonds mondial s’arrête, les nouveaux cas vont exploser », selon le directeur d’une organisation en Indonésie. Les personnes interrogées ont également déclaré qu’une réduction des ressources affecterait le suivi, dissimulant ainsi l’impact des réductions de financement.
« Nous assistons à un abandon coordonné des populations les plus vulnérables du monde, qui va anéantir des décennies de progrès dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme », a déclaré Bleckner. « Les donateurs devraient investir dans le Fonds mondial avant que des millions de personnes ne meurent de décès évitables. »