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Syrie : L’EI a jeté des corps de victimes dans une gorge

Il faut enquêter sur ce site et sur les autres charniers où des milliers de corps ont été ensevelis

(Beyrouth, le 4 mai 2020) - L'État islamique (EI, également connu sous le nom de Daech) a utilisé une gorge dans le nord-est de la Syrie en tant que charnier dans lequel ont été jetés les corps de victimes précédemment enlevées ou détenues, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. Une enquête menée par Human Rights Watch avec l’aide d’un drone met en évidence la nécessité pour les autorités de sécuriser ce site, d’en retirer les corps des victimes et de conserver tout élément de preuve qui pourrait être utilisé lors de futures poursuites pénales.

L’EI a contrôlé le territoire autour de la gorge d'Al-Hota, située à 85 kilomètres au nord de la ville de Raqqa, de 2013 à 2015. En outre, plus de 20 charniers contenant des milliers de corps ont été découverts à travers la Syrie, dans des zones précédemment tenues par l’EI. L'enquête de Human Rights Watch sur la gorge d’Al-Hota est basée sur des entretiens avec des résidents locaux, un examen de vidéos enregistrées par des combattants de l’EI, ainsi que l’analyse d’images satellite et d’images fournies par un drone ayant survolé la gorge, dont la profondeur est estimée à environ 50 mètres.

« La gorge d'Al-Hota, autrefois admirée en tant que magnifique site naturel, est devenue un lieu d'horreur exigeant la quête de justice », a déclaré Sara Kayyali, chercheuse sur la Syrie à Human Rights Watch. « Il est essentiel de dévoiler la vérité sur cette gorge et sur d’autres charniers en Syrie, afin de déterminer ce qui est arrivé aux milliers de personnes exécutées par l’EI, et de viser à traduire les meurtriers en justice. »

La gorge d'Al-Hota, située dans le nord-est de la Syrie, que l'État islamique a utilisé en tant que charnier en y jetant les corps de plusieurs victimes. © 2020 Human Rights Watch

La zone autour d'Al-Hota est actuellement contrôlée par l'Armée nationale syrienne, soutenue par la Turquie, tandis que la ville de Raqqa reste sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes alliées aux autorités locales kurdes. Les autorités qui contrôlent la zone dans laquelle est située la gorge ont l'obligation de préserver le site, d'identifier dans la mesure du possible les victimes et d'enquêter sur les circonstances exactes de leur mort, a déclaré Human Rights Watch.

Des images enregistrées par un drone Parrot ANAFI ont révélé six corps qui flottaient dans l'eau, au fond de la gorge d'Al-Hota. L'identité des victimes et les causes de leurs décès restent inconnues.

Dans cette carte topographique française de 1939, la gorge d’Al-Hota était dénommée « Gouffre Lhout » (orthographiée « Goufre » par erreur). © 1939 Carte topographique française reproduite par l'Armée américaine en 1943.

Des cartes géologiques, ainsi qu’un modèle topographique 3D d'Al-Hota créé à partir des images fournies par le drone, permettent de conclure que la gorge est encore plus profonde que la partie visible sur les images. Ceci laisse craindre que d’autres corps se trouvent très probablement plus en profondeur, sous la surface de l'eau.

Ainsi que l’a documenté un rapport de Human Rights Watch publié en février 2020, l'EI a enlevé et détenu des milliers de personnes, dont un grand nombre ont été exécutés, dans les zones que ce groupe contrôlait en Syrie. Parmi les personnes portées disparues figurent des activistes, des travailleurs humanitaires, des journalistes, des combattants de divers groupes anti-EI, ainsi que des simples résidents locaux ayant omis de respecter les strictes règles imposées par l’EI.

Le 5 avril, le Conseil démocratique syrien (SDC), l’autorité civile kurde qui contrôle actuellement certaines zones anciennement détenues par l'EI dans le nord-est de la Syrie, a annoncé la création d'un nouveau groupe de travail afin de renforcer les enquêtes au sujet des personnes détenues ou enlevées par l’EI. Il est toutefois peu probable que le SDC puisse avoir accès aux zones contrôlées par la Turquie ou par des groupes soutenus par ce pays.

La Turquie et l'Armée nationale syrienne devraient traiter la gorge d’Al-Hota et les autres charniers de la région comme des scènes de crime, et sécuriser les sites afin d’éviter la destruction de preuves potentielles de crimes, a déclaré Human Rights Watch. La zone d’A-Hota devrait être débarrassée d’engins explosifs ou de munitions non explosées qui pourraient s’y trouver, afin que des experts puissent descendre dans la gorge, localiser et retirer les corps, et commencer le travail minutieux d'identification.

Communiqué complet en anglais :

www.hrw.org/news/2020/05/04/syria-isis-dumped-bodies-gorge

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