Des protestataires iraniens se tiennent près d’une voiture incendiée, lors d’une manifestation contre la hausse des prix de carburant dans la capitale, Téhéran, le 16 novembre 2019. 

© 2019 AFP/Getty Images
 

(Beyrouth) - En 2019, les autorités iraniennes ont intensifié leur répression des manifestations dans tout le pays et ont eu recours aux arrestations en masse et à la force létale, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2020. Ces manifestations ont été occasionnées par la détérioration de la situation économique, le ressentiment sur la corruption présumée, ainsi que par le manque de libertés politique et sociale.

En 2019, les autorités judiciaires iraniennes ont sévèrement puni la dissidence pacifique, condamnant des dizaines de défenseurs des droits humains à des peines de prison de quelques décennies. En novembre 2019, les autorités ont eu recours à la plus sanglante répression depuis la révolution de 1979 en réponse au vaste mouvement de protestation qui s’est répandu dans le pays après la hausse brutale des prix du carburant, en recourant directement à la force létale contre des manifestants qui ne représentaient pourtant pas de danger pour la vie d’autrui.

« Face au dégoût généralisé qui s’exprimait contre la corruption officielle et des méthodes brutales, les dirigeants iraniens ont riposté par une répression violente en faisant taire toutes les dissensions internes, par crainte qu’elles ne menacent leur pouvoir », a déclaré Michael Page, Directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Le recours à la force létale contre les manifestants démontre le manque total d’intérêt des autorités pour les conséquences de la détérioration des conditions économiques sur les citoyens iraniens. »

Dans l’édition 2020 de son Rapport mondial, la 30ème, qui compte 652 pages (version abrégée en français 153 pages), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans près de 100 pays. Dans son essai introductif, le Directeur exécutif Kenneth Roth affirme que le gouvernement chinois, qui s'appuie sur la répression pour se maintenir au pouvoir, se livre à l'offensive la plus intense depuis des décennies contre le système mondial de protection des droits humains.  Il explique que l’attitude de Pékin encourage les autocrates populistes à travers le monde et gagne leur soutien, et que les autorités chinoises utilisent leur puissance économique pour dissuader les autres gouvernements de les critiquer. Il est urgent de résister à cet assaut, qui menace plusieurs décennies de progrès en matière de droits humains, ainsi que notre avenir.

Le 3 janvier 2020, le lieutenant-général Qassem Soleimani, commandant de la force al-Qods du Corps des gardiens de la Révolution islamique, a été tué lors d'une attaque par un drone américain près de l'aéroport de Bagdad. Outre les graves ramifications qui se manifestent déjà au niveau régional et international, les dirigeants du système politique répressif iranien ont pris prétexte de ce meurtre pour étouffer davantage encore toute forme de dissidence, notamment sur les questions de politique régionale et étrangère.

Les autorités iraniennes ont refusé de publier les chiffres officiels des morts et arrestations dus à la répression. Selon Amnesty International, au moins 305 personnes auraient été tuées lors des manifestations. Un membre du Parlement a estimé que les forces de sécurité avaient arrêté environ 7 000 personnes, dont beaucoup risquent toujours d’être maltraitées et torturées.

Les sanctions américaines, dont les dispositions relatives à l’accès aux médicaments essentiels sont inadéquates, ont aussi un impact sur l’économie du pays et menacent gravement le droit des Iraniens à la santé. Les « exemptions humanitaires » prévues par les sanctions ont été inefficaces et ont sans aucun doute contribué à des pénuries de médicaments qui ont été documentées, et qui vont du manque de médicaments essentiels pour les patients épileptiques aux limitations des traitements en chimiothérapie pour les Iraniens atteints de cancer.

En 2019, les tribunaux révolutionnaires ont condamné à la prison des dizaines d’activistes pour leurs actions pacifiques, notamment des défenseurs des droits du travail comme Sepideh Gholian, Ismael Bakhshi et Marzieh Amiri, et des avocats défenseurs des droits humains comme Nasrin Sotoudeh. En juillet et en août, une chambre du Tribunal révolutionnaire de première instance a condamné quatre femmes qui contestaient les lois iraniennes sur le hijab obligatoire – Yasman Ariani, sa mère Monireh Arabshahi, Mojgan Keshavarz et Saba Kordafshari – à des peines de prison de plus de dix ans.

Les autorités ont placé en détention des ressortissants iraniens ayant la double nationalité et de nationalité étrangère pour des infractions à la sécurité nationale vaguement définies, tout en se disant prêtes à utiliser ces détenus comme monnaie d’échange dans leurs négociations bilatérales avec les pays occidentaux.

En novembre, une autre chambre du Tribunal révolutionnaire de première instance iranien a condamné huit experts en questions environnementales, déjà détenus depuis plus de deux ans, pour « collaboration avec l’État ennemi des États-Unis » à des peines allant de 4 à 10 ans de prison. Le 8 février 2018, Kavous Seyed Emami, un professeur d’université irano-canadien arrêté avec le même groupe, est décédé en détention dans des circonstances suspectes.

Au 1er novembre 2019, selon le groupe Iran Human Rights, l’Iran avait exécuté au moins 227 personnes, contre 253 en 2018. Au moins deux de ces condamnés à mort ont été exécutés pour des crimes qu’ils auraient commis alors qu’ils étaient mineurs.

En droit comme dans la pratique, les femmes iraniennes sont victimes de discrimination. Mais après plus d’une décennie de plaidoyer, le Conseil des gardiens de la Constitution, un organe de 12 juristes islamiques, a fini par approuver, le 2 octobre, un amendement à la loi sur la nationalité iranienne qui permet aux femmes iraniennes mariées à des hommes de nationalité étrangère de demander la nationalité iranienne pour leurs enfants de moins de 18 ans s’il n’y a pas de « problème de sécurité ».

La loi iranienne autorise les filles à se marier à 13 ans et les garçons à 15 ans, voire plus jeunes encore si un juge l’autorise. La commission parlementaire de la justice a bloqué les efforts visant à relever l’âge minimum du mariage.

Les enfants handicapés font face à des obstacles à l’éducation inclusive, en raison notamment d’un examen médical obligatoire, des problèmes d’accessibilité physique des bâtiments scolaires, de l’attitude discriminatoire des membres du personnel scolaire et du manque de formation adéquate des enseignants et du personnel administratif des écoles.

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