Liban : Usage abusif des lois sur la diffamation

(Vidéo, sous-titres via cc) – Au Liban, les lois sur la diffamation sont trop souvent utilisées contre des manifestants ou activistes qui critiquent le gouvernement, ou dénoncent la corruption. Le code pénal devrait être amende afin de mieux protéger la liberté d’expression, selon Human Rights Watch.

(Beyrouth, le 15 novembre 2019) - Les autorités libanaises s'appuient de plus en plus sur les lois relatives à l'injure et à la diffamation pour faire taire les journalistes, les activistes et d’autres personnes qui critiquent la politique gouvernementale ou dénoncent la corruption, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.

Le rapport de 122 pages, intitulé  «‘There is a Price to Pay’: The Criminalization of Peaceful Speech in Lebanon » (« "Le prix à payer": Criminalisation de de discours pacifiques au Liban ») révèle que de puissantes personnalités politiques et religieuses utilisent de plus en plus les lois sur l’injure, l’outrage et la diffamation à l'encontre de personnes qui dénoncent la corruption ou la dégradation de la situation économique et politique du pays. Les condamnations en vertu de ces lois peuvent entraîner des peines de prison pouvant aller jusqu'à trois ans. Le Parlement devrait abroger d'urgence les lois qui criminalisent de tels propos, dont certaines datent des périodes des mandats ottoman et français.

« Les lois pénales sur la diffamation sont une arme puissante pour les Libanais haut placés qui veulent étouffer les voix critiques et les débats sur des questions urgentes relatives aux droits sociaux et humains », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient à Human Rights Watch.

Le 17 octobre, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre de nouvelles taxes. Les manifestations ont rapidement pris de l’ampleur, reflétant un sentiment de colère publique contre la classe politique, en raison de la situation économique catastrophique du pays et de la corruption endémique.

L'une des principales revendications des manifestants a été d’exiger des comptes pour la corruption au sein du gouvernement, mais les individus impliqués se sont servi des lois sur la diffamation pour intimider leurs détracteurs.

Le Parlement devrait veiller à ce que la nouvelle loi sur les médias respecte les normes internationales relatives aux droits humains, notamment en écartant toute peine de prison pour des délits liés à l’expression de certains propos, a déclaré Human Rights Watch. Les lois qui autorisent l’emprisonnement pour avoir critiqué des individus ou des responsables gouvernementaux sont incompatibles avec les obligations internationales du Liban en matière de protection de la liberté d’expression. Le Parlement devrait également abroger les dispositions du code pénal relatives à la diffamation, qui devrait plutôt être traitée par le droit civil.

Texte complet en anglais :

www.hrw.org/news/2019/11/15/lebanon-defamation-laws-used-silence-critics

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