Kadyr Yusupov, ex-chef de la mission de l'Ouzbékistan auprès de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), photographié avec des membres de sa famille à Vienne en 2008.

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(Tachkent, le 11 juin 2019) - Les autorités ouzbèkes devraient accorder une mise en liberté provisoire à un diplomate à la retraite qui a été inculpé de trahison, dans l’attente de son procès, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. L’ancien diplomate, Kadyr Yusupov, qui a quitté le ministère des Affaires étrangères il y a dix ans, a été arrêté en décembre 2018. Il est actuellement incarcéré à Tachkent dans un centre de détention provisoire rattaché aux services de sécurité ouzbeks, où il aurait subi des mauvais traitements. Yusupov devrait être libéré dans l’attente de son procès, qui devrait débuter le 17 juin. Les autorités devraient aussi veiller à ce qu'une enquête rapide, approfondie, impartiale et transparente soit ouverte sur les allégations de mauvais traitements, y compris des actes de torture.

« Le gouvernement ouzbek a engagé certaines réformes, notamment en promulguant un décret interdisant le recours à la torture », a déclaré Steve Swerdlow, chercheur pour l’Asie centrale à Human Rights Watch. « Mais de tels progrès ne seront que théoriques tant que les principes de l’État de droit seront bafoués et que des personnes sont toujours soumises à la torture dans la pratique. ».

Au cours de ses 20 ans de carrière diplomatique, Kadyr Yusupov, 67 ans, a notamment été chef de mission auprès de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Suite à sa retraite en 2009, il a publié une analyse de la politique étrangère et intérieure de l’Ouzbékistan.

Le 10 décembre 2018, des membres des services de sécurité ouzbeks ont ​​arrêté Yusupov alors qu’il se trouvait dans un hôpital à Tachkent, suite à une commotion cérébrale et d'autres blessures graves survenues lors d'une tentative présumée de suicide. Il a été accusé de trahison, en vertu de l’article 157 du code pénal.

Les services de sécurité ont refusé de permettre aux membres de la famille de Yusupov ou à son avocat de lui rendre visite pendant près de cinq mois après son arrestation. Son avocat n’a pu le rencontrer que depuis le 24 avril 2019.

Les proches de Yusupov ont déclaré à Human Rights Watch que, selon leurs sources, il aurait été victime de torture psychologique pendant quatre mois après son arrestation. Entre décembre 2018 et fin mars 2019, deux Des membres des services de sécurité auraient menacé de le violer avec une matraque en caoutchouc, de violer sa femme et sa fille, et d'arrêter ses deux fils, dont un fils résidant à l'étranger et dont l’extradition pourrait être exigée.

Les proches de Yusupov ont ajouté qu’ils n’ont pas été autorisés à lui remettre certains médicaments dont il avait beson, et qu'ils avaient été eux-mêmes été harcelés et surveillés. Le 13 décembre 2018, les autorités ont empêché Temir Yusupov, le fils cadet de Kadyr Yusupov, de se rendre au Kazakhstan, en lui ont interdit de quitter l’Ouzbékistan.

En novembre 2017, le président de l’Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, a signé un décret interdisant aux tribunaux d’utiliser des preuves obtenues par la torture. Ce décret, entré en vigueur en mars 2018, exige que les procureurs vérifier si des pressions physiques ou psychologiques ont été exercées sur un prévenu ou sur ses proches.

Human Rights Watch a également appelé les autorités ouzbèkes à libérer d'autres personnes emprisonnées pour « trahison » ou inculpées su la base de motifs politiques, y compris l’universitaire Andrei Kubatin, en détention depuis 2017, et l'ancien soldat Ravshan Kosimov, en prison depuis 2009.

Communiqué complet en anglais :

www.hrw.org/news/2019/06/11/uzbekistan-release-retired-diplomat

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