Des habitants de Saada, dans le nord du Yémen, regardent l’épave calcinée d’un bus scolaire le 12 août 2018, trois jours après une frappe aérienne qui a touché ce bus, tuant des dizaines de garçons et en blessant d'autres.

© 2018 Mohammed Hamoud/Getty Images
La décision prise par l’Allemagne le mois dernier de prolonger de six mois son embargo sur les armes à l’encontre de l’Arabie saoudite constitue une étape importante. Le suspense était grand, tant la pression combinée de la France et du Royaume-Uni était forte pour que l’Allemagne mette fin à son embargo. La question a également divisé la coalition gouvernementale allemande. Mais en fin de compte, l’Allemagne a choisi de respecter les règles communes de l'Union européenne et d’aider à épargner les civils yéménites dans la détresse.

Les parties au conflit armé au Yémen ont commis de nombreuses violations du droit de la guerre et contribué à ce que les Nations Unies ont qualifié de pire catastrophe humanitaire du monde. La coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis a mené des dizaines de frappes aériennes indiscriminées et disproportionnées, de manière illégale, tuant des milliers de civils et détruisant des biens civils à l'aide de munitions vendues par les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres.

En mars 2018, en réponse aux violations de la coalition au Yémen, la coalition gouvernementale d’Angela Merkel a annoncé qu'elle suspendrait les ventes d’armes à l’Arabie saoudite, mais en excluant les contrats déjà conclus.

Cela a changé en novembre.

Après l’assassinat de Jamal Khashoggi, le chroniqueur du Washington Post, au consulat saoudien d’Istanbul, l’Allemagne a mis en œuvre un embargo complet sur les armes, déclenchant la colère de la France et du Royaume-Uni, tous deux partenaires de l'Allemagne dans des projets d’armement européens.

La France a argué que la politique d’exportation d’armements de l’Allemagne mettrait à mal « la crédibilité du projet européen de défense ».

Après que le président Emmanuel Macron eut qualifié la position allemande de « démagogique » en fin d’année dernière, les diplomates français ont, ces dernières semaines, accru leur pression sur l’Allemagne pour qu’elle lève son embargo.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, a pour sa part fait valoir qu’une suspension des ventes d’armes du Royaume-Uni à l'Arabie saoudite priverait le pays de sa capacité d'influence sur la coalition saoudienne et que le peuple du Yémen « serait le plus grand perdant » si le Royaume-Uni agissait ainsi. 

Ces affirmations sont fallacieuses et profondément cyniques.

En réalité, les pays qui fournissent des armes à la coalition dirigée par les Saoudiens – qui savent depuis des années qu’elles peuvent être utilisées dans des attaques illégales – risquent d'être complices de graves violations du droit de la guerre.

La position commune de l'Union européenne de 2008 sur les exportations d'armes, un instrument régional juridiquement contraignant, prévoit que les ventes d'armes doivent être interdites s’il existe un « risque manifeste » que ces armes soient utilisées pour commettre de « graves violations du droit international humanitaire ».

Un projet européen de défense politique perdrait sa crédibilité s’il ignorait les pertes de vies et de biens civils au Yémen par des armes européennes. 

Mais malgré la décision du gouvernement allemand de mettre un terme aux ventes d'armes, des lacunes subsistent.

La décision ne concernera pas les armes fabriquées par RWM Italia S.p.A., filiale de l'armurier allemand Rheinmetall AG, car c'est l’Italie qui accorde les licences d'exportation dans ce cas et non l’Allemagne.

Selon des groupes de défense des droits humains, le 8 octobre 2016, une attaque aérienne de la coalition dirigée par les Saoudiens aurait frappé le village de Deir Al-Hajari dans le nord-ouest du Yémen.

L’attaque aérienne a tué six civils, dont une mère enceinte et ses quatre enfants. Des restes de bombe ont été retrouvés sur le site, ainsi qu’une patte de suspension fabriquée par RWM Italia S.p.A.

Ce cas tragique montre combien il est crucial que la position commune européenne soit strictement et pleinement appliquée par tous les États membres de l’UE.

L’arrêt des exportations d’armes vers les parties au conflit qui commettent de graves violations du droit de la guerre au Yémen est la seule position conforme aux obligations de l’UE.

Plutôt que de blâmer l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni devraient suivre son exemple et se joindre aux autres États européens qui se sont rangés du côté des droits humains.

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Mai 2019