Il y a quinze ans cette semaine, j'ai reçu un appel téléphonique au milieu de la nuit, m’informant de la « disparition » de Somchai Neelapaijit. Ce juriste était alors le président de l’Association des avocats musulmans de Thaïlande, et le vice-président du Comité des droits de l’homme du Conseil des avocats de ce pays.

Un portrait de l'avocat thaïlandais Somchai Neelapaijit, « disparu » à Bangkok le 12 mars 2004. 

© 2015 Privé

Des enquêtes officielles ont établi que Somchai a été enlevé le 12 mars 2004 puis vraisemblablement assassiné, mais son corps n'a jamais été retrouvé. Ses assassins présumés auraient été des policiers outrés par son rôle dans des procès mettant en lumière des allégations de torture commise par la police à l’encontre d’individus suspectés d’être des insurgés musulmans dans les provinces frontalières du sud de la Thaïlande.

Cependant, au cours des quinze dernières années, aucun des sept premiers ministres qui se sont succédés – y compris l'actuel Premier ministre, le général Prayut Chan-Ocha – n’a pu s’assurer que les assassins de Somchai soient traduits en justice.

L’un des principaux obstacles est le fait que le code pénal thaïlandais ne reconnaît pas la disparition forcée en tant qu’infraction pénale. En l’absence du corps de Somchai Neelapaijit, les procureurs n’ont pu porter que des accusations de vol et de coercition contre les cinq policiers impliqués dans l'affaire. Leur procès, terni par des tentatives de dissimulation de preuves, a abouti à leur acquittement en décembre 2015.

Les efforts de la famille de Somchai visant à obtenir justice ont été entravés en 2015 par une décision de la Cour suprême selon laquelle la famille d’une personne disparue ne peut pas agir en tant que partie plaignante en l’absence de preuve concrète que cette personne est soit décédée, soit incapable de porter plainte elle-même. Cette décision imposait donc à une personne disparue le fardeau impossible de prouver sa propre disparition.

Il s’agit de la seule affaire de ce type portée devant un tribunal thaïlandais, bien que l’ONU ait enregistré 82 cas de disparition forcée en Thaïlande depuis 1980. Aucune de ces affaires n’a été résolue, et personne n’a dû rendre de comptes.

Le gouvernement Prayut s'est à plusieurs reprises engagé à ratifier la convention internationale sur les disparitions forcées, signée par la Thaïlande en 2012. Mais 15 ans après la disparition de Somchai, cette promesse n’a toujours pas été tenue.

Même aujourd'hui, les autorités thaïlandaises continuent de recourir à des pratiques qui créent des conditions propices à des disparitions forcées, comme l’utilisation de lieux de détention secrets par des unités de lutte contre les stupéfiants ou dans des affaires de sécurité nationale.

Les victimes thaïlandaises de disparitions forcées et leurs familles méritent mieux que cela.

Une autre année ne devrait pas s’écouler sans que la justice ne soit enfin obtenue pour Somchai Neelapaijit, et tant d’autres victimes.

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