Le président français Emmanuel Macron, lors de la séance d'ouverture du Forum de Paris sur la paix, à La Grande halle de La Villette, le 11 novembre 2018.

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Au moment même où le Président Emmanuel Macron donnait dimanche le coup d’envoi du Forum de Paris sur la paix, les combats faisaient rage dans la ville yéménite d’Hodeïda.

Le forum auquel participaient une dizaine de chefs d’État a mis l’accent sur la coopération entre les pays. Mais comment le président Macron démontrera-t-il ces principes lorsqu’il s’agit du Yémen?

Le Yémen subit actuellement la plus importante crise humanitaire du monde. Le pays est au bord d’une famine qui s’amorce depuis plusieurs années. La moitié de sa population, soit 14 millions de personnes, risque de mourir de faim si rien ne change.

Les parties à ce conflit débuté il y a quatre ans, les Houthis, qui contrôlent des zones clés au nord et les forces de la coalition menée par les forces saoudiennes essayant de les expulser, ont exploité la souffrance des populations civiles, en refusant toute aide, en ruinant l’économie du pays et en détruisant les infrastructures critiques. Maintenant, les combats s’amplifient autour d’Hodeïda, le plus grand port du Yémen. Les experts humanitaires ont averti que toute perturbation à cette bouée de sauvetage cruciale dans un pays dépendant des importations, aura des effets catastrophiques.

Les gouvernements européens n’ont pas encore cherché à s’unir pour réclamer la fin des attaques sur les civils et du déni d’aide humanitaire et à imposer des sanctions aux responsables de la situation. La coopération entre les pays qui donnent priorité aux droits pourrait vraiment changer les choses pour les civils yéménites.

Mais lorsqu’il s’agit des ventes d’armes qui alimentent la violence au Yémen, la France tient une position aberrante.

D’autres pays, dont les Pays-Bas et l’Autriche, ont interdit ou limité les ventes d’armes à l’Arabie saoudite relativement tôt dans la guerre. L’Allemagne a récemment arrêté les ventes.  D’autres, comme la France ou la Grande-Bretagne ont poursuivi la vente d’armes en dépit des victimes civiles, des nombreux crimes de guerre vraisemblablement commis et de leurs propres lois réglementant la vente d’armes.

Alors qu’Emmanuel Macron exhorte à remédier à la crise humanitaire, lui et d’autres ignorent que la poursuite de la vente d’armes ne fait qu’encourager l’Arabie saoudite et les partenaires de sa coalition à perpétrer de potentiels crimes de guerre.

Lors d’un récent sondage réalisé en France, 75 % des personnes interrogées ont répondu qu’elles voulaient que Macron suspende les ventes à l’Arabie saoudite et au moins 63 % des Britanniques interrogés sur ce sujet ont répondu qu’ils s’opposaient à ces ventes. Les gouvernements européens devraient élaborer une position commune mettant fin à ces ventes, inciter toutes les parties au conflit à garantir un accès et une circulation sans entrave des importations vitales et condamner toute attaque délibérée et aveugle menée sur des civils. En se joignant à cette initiative, le président Macron donnerait du poids aux appels de la France de cesser les atrocités au Yémen.

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