(New York, le 12 septembre 2018) - Le gouvernement cambodgien devrait libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues pour avoir exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch lors de la mise en ligne d'une nouvelle page web dédiée aux prisonniers politiques au Cambodge.  Cette page (en anglais) comporte des liens vers les brefs profils de 30 personnes : neuf prisonniers politiques qui sont toujours en prison, et 21 autres personnes qui ont été libérées après la tenue en juillet d’élections largement considérées frauduleuses et à l’issue desquelles le Premier ministre Hun Sen, reconduit dans ses fonctions, a entrepris des efforts visant à reconstruire une image de légitimité sur le plan international.

L'activiste cambodgienne Tep Vanny, militante du droit au logement pour le compte de victimes d'expulsions arbitraires, photographiée à Phnom Penh le 25 janvier 2017. Arrêtée le 15 août 2016, elle a fini par être libérée le 20 août 2018 à l'issue d’une grâce royale.

© 2017 Reuters

Parmi les prisonniers politiques et les personnes en détention provisoire figurent des membres du principal parti d'opposition, le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC), qui a été dissous ; des activistes ; des défenseurs des droits humains ; et des journalistes travaillant pour des médias indépendants. Ces personnes ont été arrêtées, et parfois condamnées par la suite, après avoir critiqué Hun Sen ou son parti, le Parti du peuple cambodgien (PPC). En outre, le 31 août, le cinéaste australien James Ricketson, âgé de 69 ans, a été reconnu coupable d'espionnage et condamné à six ans de prison ; ce verdict serait lié à ses propos critiques formulés à l’encontre de Hun Sen et du PPC.

« Les autorités cambodgiennes ont emprisonné de nombreuses éminentes personnalités qui ont critiqué Hun Sen et ou le parti au pouvoir », a déclaré Brad Adams, directeur de la division Asie à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait immédiatement libérer tous les prisonniers politiques, et abandonner les charges encore retenues contre le chef de l'opposition Kem Sokha. Hun Sen devrait s'engager à mettre fin à l'arrestation d’opposants, tactique utilisée à ce jour pour maintenir en place un régime autoritaire. »

Kem Sokha est le chef du parti d’opposition PSNC, qui a été dissous en 2017 par la Cour suprême, sous contrôle du gouvernement. Membre de longue date du Parlement et défenseur des droits humains, Sokha a été arrêté arbitrairement le 3 septembre 2017 sur la base d'accusations fallacieuses de trahison. Il a ete détenu dans une prison dans une région reculée, située près de la frontière avec le Vietnam. Le 10 septembre, Sokha a été libéré et placé en résidence surveillée. Le tribunal lui a interdit de rencontrer « d'anciens responsables du Parti du sauvetage national cambodgien … [et] des étrangers, notamment ceux qui pourraient être impliqués dans cette affaire », et lui a ordonné de « s'abstenir de participer à des réunions politique ou à d'autres activités politiques ». L’accusation de trahison, passible d'une longue peine de prison, a été maintenue contre Kem Sokha.

Communiqué intégral (en anglais) :

www.hrw.org/news/2018/09/12/cambodia-free-all-political-prisoners

Profils des prisonniers politiques (en anglais) :

www.hrw.org/video-photos/interactive/2018/09/12/political-prisoners-cambodia

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