Rassemblement de soutien à l’égard de journalistes du quotidien d'opposition turc Cumhuriyet accusés de liens terroristes, devant le siège d'un tribunal à Istanbul le 28 juillet 2017, peu après le début de leur procès.

© 2017 Reuters/Murad Sezer

(Berlin, le 27 avril 2018) – Quatorze journalistes et autres collaborateurs du quotidien turc Cumhuriyet ont été condamnés des peines de prison le 25 avril, ce qui signifie qu’il ont été punis simplement pour avoir fait leur travail, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

« La condamnation de journalistes de Cumhuriyet à des peines de prison sévères, en l’absence de la moindre preuve crédible d'actes illégaux, sape davantage encore les fondements de la démocratie en Turquie », a déclaré Hugh Williamson, directeur de l'Europe et de l'Asie centrale à Human Rights Watch. « Ce procès s’est déroulé dans le cadre d’une campagne systématique visant à faire taire les médias indépendants et les voix critiques en Turquie, afin d’empêcher tout examen public approfondi des actions du gouvernement. »

Les éléments de preuve cités dans l'acte d'accusation examiné par Human Rights Watch sont issus du travail de journalistes : des articles, des reportages, des tribunes, des interviews, des notes d’entretiens téléphoniques et des indications de contacts avec des partisans présumés de Fethullah Gülen, qui dirige un mouvement accusé par le gouvernement turc d’avoir fomenté le coup d'État du 15 juillet 2016 et qui vit en exil volontaire aux Etats-Unis.

L'acte d'accusation cite également des messages diffusés par les accusés sur des médias sociaux. Les articles et autres éléments cités dans l'acte d'accusation sont critiques à l’égard du gouvernement de certaines politiques gouvernementales, mais aucun n'incite, ne loue ou ne préconise la violence de quelque manière que ce soit. Aucun élément contenu dans l'acte d'accusation ne semble apporter la moindre preuve d’un d'acte criminel ni d’une volonté d’aider des groupes terroristes, a déclaré Human Rights Watch.

La vaste portée des lois antiterroristes turques et la tendance croissante des tribunaux à admettre des éléments de preuves peu crédibles présentés par les procureurs ont facilité la répression de grande ampleur menée contre les médias. Cette répression s'est intensifiée depuis la tentative de coup d'Etat ayant échoué en 2016, et a fait de la Turquie le pays avec le plus grand nombre de journalistes emprisonnés dans le monde.

Le procès a débuté le 24 juillet 2017. Le 25 avril, le 27ème tribunal pénal d'Istanbul a reconnu treize accusés coupables de « soutien à une organisation terroriste ». Akın Atalay, le président du conseil d'administration de Cumhuriyet, a été condamné à huit ans de prison. Trois accusés – le rédacteur en chef Murat Sabuncu,et les journalistes Ahmet Şık et Aydin Engin – ont été chacun condamné à sept ans et demi de prison. Le journaliste Hikmet Çetinkaya et Orhan Erinç, un membre du conseil d'administration de Cumhuriyet, ont chacun été condamné à six ans de prison.

Des peines moins lourdes ont été prononcées contre les autres accusés : Bülent Utku, avocat et membre du conseil d'administration ; le caricaturiste Musa Kart ; les journalistes Güray Öz, Hakan Kara et Kadri Gürsel ; ainsi que Önder Çelik et Mustafa Kemal Güngör, deux autres membres du conseil d'administration. Emre Iper, un comptable travaillant pour le journal, a en outre été condamné à trois ans de prison.

Communiqué intégral (plus détaillé) en anglais :

www.hrw.org/news/2018/04/27/turkey-journalists-convicted-doing-their-jobs

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