Une femme entourée d’autres personnes dans un camp de personnes déplacées à Bunia, dans la province d'Ituri, dans l'est de la République démocratique du Congo, le 12 avril 2018.

© 2018 Reuters

Depuis la mi-décembre, des assaillants non identifiés ont tué plus de 260 personnes et incendié des milliers d'habitations dans le territoire de Djugu (province de l'Ituri), dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Les atrocités que nous avons documentées consistent notamment en des massacres, des viols et des décapitations. Plus de 200 000 personnes ont fui leurs domiciles, dont beaucoup ont cherché refuge en Ouganda, pays voisin.

Cette flambée de violence semble venue de nulle part, déchirant une région qui a connu des conflits mais était redevenue généralement paisible ces dernières années.

Dimanche dernier, le gouverneur de la province, Jefferson Abdallah Penembaka, a appelé les dizaines de milliers de personnes déplacées à l’intérieur du pays, qui s’étaient réfugiées dans deux camps de fortune à Bunia, la capitale provinciale, à rentrer chez elles, leur assurant que les autorités locales n’avait plus = « aucune inquiétude ». Le chef d'état-major de l'armée congolaise, le général Didier Etumba, a affirmé que « les conditions de sécurité [étaient] revenues à la normale » dans le territoire de Djugu. Plusieurs personnes déplacées dans l'un des deux camps nous ont affirmé que des responsables provinciaux ayant visité le camp hier les avaient averties que « le site devait être vidé d'ici à la semaine prochaine ».

Toutefois, les civils qui sont actuellement dans le territoire de Djugu dressent un tableau de la situation bien plus sombre. « Je suis dans le [village] de Drodro, et nous ne pouvons pas aller plus loin que les limites de la paroisse de peur d'être tués », a déclaré hier une personne qui venait juste de rentrer chez elle. « Même si l'armée et la police sont là avec nous, nous craignons toujours pour notre sécurité. »

Au cours des dernières semaines, au moins onze personnes auraient été tuées et 43 habitations incendiées dans le territoire de Djugu.

Avant même que le gouvernement ne commence à presser les personnes déplacées de rentrer chez elles, les conditions de vie déplorables dans ces deux camps avaient persuadé beaucoup d'entre elles de partir. « Nous n'avons rien à manger et il n'y a plus d'espoir », a déclaré un délégué d'un camp. « Ceux qui partent ne le font pas parce qu'ils le veulent, mais parce qu'ils n'ont pas le choix. »

Les autorités locales ont annoncé mercredi que 20 000 personnes déplacées avaient déjà quitté les camps, mais des représentants des camps nous ont affirmé que la plupart d'entre elles ont refusé de quitter la capitale. Beaucoup craignent que le gouvernement démolisse les camps par la force, comme il l'a fait dans la province du Nord Kivu au cours de ces dernières années.

Au lieu de proclamer que toute source de préoccupation a disparu et de forcer les personnes déplacées à rentrer chez elles, les autorités gouvernementales devraient s'assurer que les besoins de base des personnes déplacées soient satisfaits dans les camps, tout en s'efforçant de sécuriser le territoire de Djugu et de traduire en justice les responsables des atrocités.

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