(Bruxelles, le 7 décembre 2017) – L’Union européenne est en train de prendre d’importantes mesures pour veiller à ce que l’aide humanitaire financée au niveau européen parvienne aux personnes handicapées, ont déclaré le Forum européen des personnes handicapées, Human Rights Watch et le Conseil norvégien pour les réfugiés. Lors des crises humanitaires, les personnes en situation de handicap font face à d’énormes problèmes, même pour accéder à des services aussi essentiels que la nourriture, l’eau, l’hygiène, l’hébergement, l’éducation ou la sécurité.

Lors du 4e Parlement européen des personnes handicapées, le 6 décembre 2017, Christos Stylianides, le Commissaire européen chargé de l’aide humanitaire et de la gestion des crises, a annoncé plusieurs mesures qui pourront considérablement améliorer l’accès des personnes handicapées à l’aide humanitaire dans le monde entier.

Les personnes en situation de handicap constituent un des groupes les plus vulnérables dans les situations d’urgence humanitaire. Pourtant ce sont aussi celles qu’on a le plus tendance à oublier, en partie à cause d’une méconnaissance des méthodes permettant d’inclure les personnes handicapées, en partie à cause d’un manque de normes clairement définies sur la façon de mettre en œuvre des actions humanitaires inclusives.

« Les acteurs de l’aide humanitaire consultent parfois les organisations de personnes handicapées, mais ne pensent pas forcément au fait que nous pouvons aussi fournir une aide directe dans les opérations humanitaires », a déclaré Yannis Vardakastanis, président du Forum européen des personnes handicapées (FEPH, ou EDF en anglais). « Après tout, nous savons bien ce que c’est que de vivre avec un handicap, nous connaissons bien nos besoins. Cette situation doit changer. Nous sommes concernés, nous devons être consultés ! »

Quinze pour cent de la population mondiale – soit une personne sur sept – a un handicap. Cette proportion peut même augmenter dans les situations d’urgence en raison des blessures liées aux conflits ou aux désastres et de l’indisponibilité des services, notamment médicaux.

Au Soudan du Sud, en Grèce et en République centrafricaine, les recherches de Human Rights Watch ont montré que dans les camps de réfugiés et de déplacés, les personnes handicapées souffraient de la négligence, de l’abandon et des obstacles les empêchant d’accéder aux services de base. Un homme ayant un handicap physique, qui vivait dans un camp pour personnes déplacées au sein de la République centrafricaine, a déclaré qu’il devait ramper pour aller aux latrines : « Je dois me déplacer sur les mains, et je n’ai pas de gants. Je dois les envelopper dans du tissu, si j’en trouve. La plupart du temps, je n’en trouve pas.  Franchement, je me fais pitié à moi-même. »

Les recherches menées par le Forum européen des personnes handicapées auprès des personnes réfugiées en Grèce ont également montré un manque d’accès aux services, y compris aux soins médicaux, et un accès insuffisant aux technologies d’assistance. Le membre grec du FEPH, la Confédération nationale des personnes handicapées, est maintenant directement impliqué pour soutenir les réfugiés handicapés et leurs familles, en coopération avec le HCR, l’agence des réfugiés des Nations Unies.

Stylianides a annoncé qu’à partir de 2018, les appels à propositions de l’office humanitaire de la Commission européenne (ECHO), qui finance les opérations des organisations humanitaires sur le terrain, souligneront que les candidatures devront inclure le cas des personnes handicapées dans les actions proposées. En outre, ECHO prévoit de mettre en place des normes visant à répondre aux besoins des personnes handicapées dans tous les projets financés par l’Union européenne.

Stylianides a également promis de consulter des personnes en situation de handicap et les organisations qui les représentent pour concevoir et mettre en œuvre ces initiatives, conformément à leur principe : « Nous sommes concernés, nous devons être consultés ! » (Nothing about us without us).

« C’est un véritable tournant pour les efforts accomplis dans le monde entier visant à ‘ne laisser personne de côté’ », a déclaré Shantha Rau Barriga, directrice de la division Droits des handicapés à Human Rights Watch. « Si l’Europe accomplit ces changements, cela pourrait améliorer la vie de millions de personnes handicapées qui ont besoin d’aide dans les situations d’urgence se produisant dans le monde entier. »

L’Union européenne a clairement la responsabilité d’inclure les personnes handicapées dans les opérations qu’elle finance, ont déclaré les trois associations. La Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par l’Union européenne, exige qu’elle assure la protection et la sécurité des personnes en situation de handicap dans le cadre des situations à risque et des urgences humanitaires, sans discrimination. De plus, l’Union européenne a soutenu la Charte pour l’inclusion des personnes handicapées dans l’action humanitaire, prenant l’engagement d’éliminer la discrimination contre les personnes handicapées dans ses programmes et politiques humanitaires et de veiller à ce que ces personnes aient accès à l’assistance et à tous les services.

Afin de faire entendre la voix des réfugiés en situation de handicap par les décideurs européens, le Forum européen des personnes handicapées, Human Rights Watch et l’intergroupe Handicap du Parlement européen ont organisé en mars une table ronde au Parlement européen. Lors de cet événement, Nujeen Mustafa, une jeune réfugiée handicapée de Syrie, s’était adressée à Stylianides : « C’est assez triste qu’au 21e siècle, les toilettes et des services de base soient considérées comme un luxe pour certaines personnes. Nous tous, nous méritons mieux que ça, et particulièrement les personnes handicapées. »

Même si les gouvernements, les donateurs et les organisations humanitaires sont submergés par d’autres priorités concurrentes, les besoins et préoccupations des personnes handicapées peuvent et doivent être pris en compte dès l’étape de planification des actions, ont déclaré le Forum européen des personnes handicapées, Human Rights Watch et le Conseil norvégien pour les réfugiés. Il s’agit notamment de faire en sorte que les travailleurs humanitaires, les forces de maintien de la paix et les autorités locales et nationales soient sensibilisés aux droits et aux besoins de protection des personnes handicapées. Il faut aussi renforcer les capacités et compétences permettant aux travailleurs humanitaires d’identifier et d’inclure les personnes handicapées dans les systèmes mis en place, que ce soit pour se préparer aux situations d’urgence ou pour y répondre.

« L’Union européenne, un des plus importants donateurs au monde, possède un énorme potentiel pour pousser ses partenaires, qui mettent en œuvre les actions, à inclure les personnes handicapées dans leurs activités. Elle peut ainsi devenir un leader en matière d’inclusion des personnes handicapées dans le secteur humanitaire », a déclaré Édouard Rodier, directeur chargé de l’Europe au Conseil norvégien pour les réfugiés. « Nous en appelons à toutes les entités donatrices pour suivre l’exemple d’ECHO et faire en sorte que les besoins des personnes en situation de handicap ne soient plus négligés dans les situations de crise. »

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