(Bruxelles) – Le Parlement européen devrait s’assurer que les fonds de l’Union européenne destinés aux réfugiés parviennent également aux personnes en situation de handicap, ont déclaré Human Rights Watch et le Forum européen des personnes handicapées à l’a veille d’un colloque qui se tiendra le 28 mars au Parlement européen. Depuis l’adoption de l’accord entre l’Union européenne (UE) et la Turquie, des milliers de demandeurs d’asile sont piégés depuis plus d’un an dans des conditions déplorables en Grèce, et les organisations craignent fortement que les réfugiés en situation de handicap soient oubliés dans l’intervention humanitaire.

Le colloque, intitulé « Les réfugiés en situation de handicap : Délaissés, négligés » (« Refugees with Disabilities: Overlooked, Underserved ») est organisé conjointement par le Forum européen des personnes handicapées (FEPH), par Human Rights Watch et par Brando Benifei, membre du Parlement européen et vice-président de l’Intergroupe Handicap du Parlement européen qui regroupe des membres du Parlement européen de divers partis afin de promouvoir les droits des personnes handicapées. Cet événement rassemblera des membres du Parlement, des représentants de la Commission européenne, des organisations de personnes handicapées, des réfugiés, des agences des Nations Unies et des organisations humanitaires.

Le camp de réfugiés de Lagkadika, à Thessalonique (Grèce) qui abritait 234 demandeurs d'asile et d'autres migrants en janvier 2017. Le terrain graveleux rend la circulation plus difficile pour les personnes handicapées utilisant des fauteuils roulants.

« Les réfugiés en situation de handicap sont plus exposés aux violences, notamment aux abus sexuels et domestiques, à la discrimination et à l’exclusion de l’accès aux aides humanitaires, à l’éducation, aux moyens de subsistance et aux soins de santé », a déclaré Gunta Anca, vice-présidente du FEPH et membre du panel du colloque qui se tiendra au Parlement européen. « L’Union européenne a pour obligation légale de veiller à ce que les personnes handicapées soient incluses dans ses interventions humanitaires. »

Parmi les autres membres du panel figurent Christos Stylianides, commissaire en charge de l’aide humanitaire et de la gestion des crises ; Nujeen Mustafa, jeune réfugiée syrienne handicapée ; Édouard Rodier, directeur chargé de l’Europe auprès du  Conseil norvégien pour les réfugiés et Emina Ćerimović, chercheuse pour la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch.

(Sous-titres via cc) - Parmi les 62 000 réfugiés accueillis par la Grèce, figurent de nombreuses personnes handicapées ayant fui les violences en Syrie, en Irak ou en Afghanistan.  HRW appelle les autorités grecques, avec le soutien de l’UE, à renforcer l’assistance à ces personnes particulièrement vulnérables.

Les participants discuteront des problèmes spécifiques rencontrés en Europe par les réfugiés, les demandeurs d’asile et les autres migrants handicapés, et des mesures que l’UE devrait prendre pour les traiter. Nujeen Mustafa, jeune femme en fauteuil roulant ayant trouvé refuge en Allemagne en 2015 alors qu’elle fuyait la guerre en Syrie, insistera sur le fait que derrière les statistiques liées à la migration, il y a des êtres humains fuyant une violence mortelle, parfois dans des circonstances particulièrement éprouvantes. Ils méritent des conditions d’accueil dignes de ce nom, qu’ils soient ou non en situation de handicap.

En janvier, Human Rights Watch a publié ses conclusions selon lesquelles les personnes handicapées n’étaient pas correctement identifiées dans le système d’accueil des réfugiés en Grèce. La mission du Forum européen des personnes handicapées en Grèce en octobre 2016 est parvenue aux mêmes conclusions. Tous deux ont constaté que les personnes handicapées avaient du mal à accéder à des services de base tels que l’hébergement, l’hygiène et les soins médicaux, et comme les autres réfugiés, elles avaient un accès limité aux soins médicopsychologiques.

En octobre, dans le camp d’Elliniko à Athènes, Human Rights Watch a rencontré Ali, un jeune Afghan de 8 ans en fauteuil roulant : il ne pouvait pas utiliser les toilettes du camp aux cabines étroites et sans rampes. Par conséquent, il a dû commencer à porter des couches. Après que son état s’est dégradé par manque de soins de santé adéquats et de rééducation physique, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a finalement permis à sa famille de quitter les conditions sordides du camp pour un appartement à Athènes, indiquait le HCR à Human Rights Watch en janvier 2017. Néanmoins, les besoins de nombre d’autres personnes handicapées en Grèce restent sans réponse.

Parmi les problèmes, il y a la mauvaise gestion des fonds humanitaires par le gouvernement grec, le HCR et d’autres agences d’aide humanitaire ; ainsi que le manque de contrôle et de suivi par l’UE, en particulier par la Commission européenne, pour s’assurer que ces fonds bénéficient aux personnes handicapées et aux autres groupes vulnérables.

« Les droits et les besoins des personnes handicapées et des autres personnes vulnérables, telles que les mineurs non accompagnés, les personnes âgées et les femmes enceintes, devraient être au cœur des interventions de l’UE auprès des réfugiés », a affirmé Emina Ćerimović. « Il faut une justification adéquate des nombreux fonds de l’Union européenne destinés aux réfugiés et aux demandeurs d’asile afin que nous sachions où va cet argent. »

La Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par l’Union européenne en 2010, oblige les autorités européennes à veiller à la protection et à la sécurité des personnes handicapées en cas de conflits armés, de crises humanitaires et de catastrophes naturelles.

L’intervention humanitaire en Grèce est la plus chère de l’histoire si l’on prend en compte le coût par bénéficiaire, d’après des experts en aide humanitaire. Avec le soutien de l’UE et de ses États membres, le gouvernement grec devrait éliminer tous les obstacles prévus dans son système d’asile qui empêchent les réfugiés de recevoir l’aide dont ils ont besoin.

La Commission européenne devrait également s’assurer que les indemnités attribuées profitent à l’ensemble des réfugiés sans discrimination, y compris aux personnes handicapées. La première mesure importante de la Commission européenne devrait être d’ordonner clairement au gouvernement grec et à ses agences partenaires chargées des programmes d’aide pour les réfugiés de veiller à inclure les personnes handicapées, et de demander des informations sur la façon dont les programmes financés profitent aux personnes handicapées et aux autres groupes vulnérables.

Le Parlement européen devrait jouer son rôle de superviseur pour garantir que l’intervention de l’UE n’est pas discriminatoire et que l’utilisation des fonds de l’UE destinés aux réfugiés, aux demandeurs d’asile et aux migrants en Europe soit mieux suivie et justifiée.

Les États membres de l’UE devraient également accélérer le déplacement des demandeurs d’asile, notamment ceux en situation en handicap, de la Grèce vers d’autres pays de l’Union européenne.

« En tant qu’organisation fédératrice représentant plus de 80 millions de personnes handicapées en Europe, nous continuerons de rappeler à l’Union européenne ses obligations de protection et de promotion des droits des personnes handicapées, jusqu’à ce que chaque réfugié et chaque migrant handicapés en Europe soient accueillis en toute dignité », a déclaré Gunta Anca.

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