(VIDÉO) - Le 30 mai 2016, l'ancien dictateur du Tchad Hissène Habré a été condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité et torture, notamment pour viols et esclavage sexuel, ainsi que pour crimes de guerre, par les Chambres africaines extraordinaires au sein des juridictions sénégalaises.

 

(New York) – Human Rights Watch diffuse aujourd'hui une nouvelle vidéo intitulée « Le procès de Hissène Habré », au sujet du procès au Sénégal de l'ancien dictateur tchadien. Cette vidéo est diffusée alors que les victimes de Habré intensifient leur campagne pour recevoir les réparations qui leur ont été accordées lors du procès.

Habré a été déclaré coupable, le 30 mai 2016, de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et tortures, y compris de violences sexuelles, par les Chambres africaines extraordinaires (CAE) au sein des juridictions sénégalaises, et da Le 27 avril 2017, la Chambre d'appel des CAE a confirmé ce verdict et ordonné que Habré verse une somme d'environ 150 millions de dollars d'indemnités aux victimes.

« Il a fallu 25 ans de campagne sans relâche de la part des victimes d'Hissène Habré pour qu'il soit enfin traduit devant un tribunal », a déclaré Reed Brody, conseiller juridique à Human Rights Watch, qui travaille aux côtés des victimes. « Les victimes de Habré ne devraient pas avoir à attendre encore pour obtenir réparation des souffrances qu'elles ont endurées. »

La vidéo de Human Rights Watch met en relief certains temps forts du procès, notamment les témoignages de victimes de viol et d'esclavage sexuel. Il s'agissait du premier procès au monde dans lequel les tribunaux d'un État jugeaient l'ancien dirigeant d'un autre État pour des crimes relatifs aux droits humains.

Des familles de victimes de l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré manifestent à Ndjaména, en 2005.

© 2005 Stephanie Hancock

Le 7 décembre, l'Association tchadienne pour la promotion et la protection des droits de l'homme (ATPDH), Human Rights Watch, le Redress Trust, Africa Legal Aid et la Suisse organisent un événement en marge de la réunion à New York de l'Assemblée des États parties à la Cour pénale internationale, afin d'attirer l'attention sur la campagne des victimes pour obtenir réparation. Le même jour, Reed Brody s'adressera à la Sous-commission des droits de l'homme du Parlement européen pour évoquer les leçons tirées de l'affaire Habré et souligner la nécessité que les réparations soient versées.

La Cour d'appel des CAE a mandaté un fonds fiduciaire au profit des victimes de l'Union africaine (UA) pour solliciter des contributions volontaires et pour rechercher et saisir les avoirs de Habré, mais ce fonds ne sera pas officiellement créé avant le prochain sommet de l'UA, en janvier 2018. Moins de 1 million de dollars provenant des avoirs de Habré – soit une fraction de ce qu'il est réputé avoir soustrait à son profit des caisses de l'État au Tchad – ont été gelés par les CAE. Human Rights Watch a déclaré que le nouveau fonds fiduciaire devrait engager des professionnels pour retrouver et récupérer des avoirs et solliciter activement des contributions de la part de pays bien disposés, y compris des pays comme les États-Unis et la France qui avaient soutenu le régime de Habré.

En outre, en mars 2015, un tribunal tchadien a condamné 20 agents du régime Habré pour meurtres et tortures et a octroyé environ 125 millions de dollars d'indemnités à 7 000 victimes, la moitié devant être payée par le gouvernement tchadien, l'autre moitié par les personnes condamnées. Plus de deux ans plus tard, ces sommes n'ont toujours pas été versées. En novembre, les victimes, soutenues par le Redress Trust et d'autres ONG, ont porté plainte contre le gouvernement tchadien devant la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples, la principale institution africaine de protection des droits humains.

Le régime à parti unique de Habré a été marqué par des atrocités massives et généralisées, dont des vagues de répression ethnique. Les documents de la police politique de Habré, la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), retrouvés par Human Rights Watch en 2001, ont révélé les noms de 1 208 personnes exécutées ou décédées en détention, ainsi que de 12 321 victimes de violations des droits humains.

« L'affaire Habré démontre qu'il est possible pour des victimes, avec persévérance et imagination, de traduire leur dictateur en justice », a affirmé Reed Brody. « Nous espérons que d'autres survivants d'exactions, d'autres militants, seront inspirés par ce que les victimes de Habré ont réussi à faire. »  

Pour lire le document « L'affaire Hissène Habré Le combat des victimes pour traduire leur dictateur en justice » (le récit de l'affaire Habré par Reed Brody), veuillez suivre le lien :

https://www.brot-fuer-die-welt.de/fileadmin/mediapool/2_Downloads/Fachinformationen/Analyse/Analyse70_fr_actualisee.pdf

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