(VIDÉO) – Témoignages sur les violences sexuelles perpétrées par les groupes armés en République centrafricaine, recueillis par Human Rights Watch qui a documenté ces abus dans un nouveau rapport. HRW appelle à la cessation de ces graves violations du droit international, à des poursuites contre les commandants responsables, et au renforcement du soutien apporté aux survivantes.

En 2015, alors que les conflits faisaient rage en République centrafricaine, Évelyne (ce n’est pas son vrai nom) rentrait chez elle après avoir vendu des feuilles de manioc, près de Boda, dans le Sud-Est du pays, lorsqu’un combattant anti-balaka l’a jetée par terre et l’a violée avant de la laisser en train de saigner. Elle avait environ 14 ans.

Deux mois après le viol, Évelyne s’est rendu compte qu’elle était enceinte. Rendue orpheline par le conflit, elle a vendu des feuilles de manioc pour gagner de quoi se préparer à l’arrivée du bébé, mais ce qu’elle désirait par-dessus tout, c’était étudier. « J’étais très en colère car je ne pouvais pas aller à l’école », a-t-elle déclaré. « Ma tante a refusé. Elle a dit que je devais d’abord accoucher. »

Les civils continuent à être les premiers touchés par la guerre déclenchée fin 2012 lorsque les rebelles de la Seleka, en majorité musulmans, ont lancé une campagne de violence et de terreur pour s’emparer du pouvoir, ce qui a abouti à des attaques de représailles par les groupes armés « anti-balaka » qui s’étaient constitués contre les premiers. Les deux camps se sont mis à pratiquer la violence et l’esclavage sexuels systématiques et à grande échelle en tant qu’armes de guerre.

Angèle, 27 ans, serre son enfant dans ses bras à Bangui, en République centrafricaine. Les combattants de la Séléka ont tué son mari et ses parents, avant de la capturer près de Bambari en juin 2014, a-t-elle raconté. Ils l’ont détenue en tant qu’esclave sexuelle pendant neuf mois avec cinq autres femmes et jeunes filles. Plusieurs combattants l’ont violée à plusieurs reprises.

© 2017 Smita Sharma pour Human Rights Watch

Pour Évelyne et les autres filles que j’ai interrogées en République centrafricaine, le viol n’a pas eu seulement de profondes répercussions physiques et émotionnelles, il a également interrompu leur scolarité. La campagne de 16 jours pour agir contre les violences liées au genre exhorte les communautés à « ne laisser personne de côté (Leave No One Behind) ». C’est un bon moyen de nous rappeler que la perte d’accès à l’éducation est une des conséquences les plus dévastatrices pour les filles victimes de violence sexuelle.

Certaines filles ne retournent jamais à l’école après le viol à cause de la stigmatisation et de l’humiliation. D’autres ont déclaré soit qu’elles avaient trop peur de revenir, soit que des membres de leur famille, craignant pour leur sécurité, leur avaient interdit, surtout dans les cas où les violences sexuelles avaient été commises sur le chemin entre la maison et l’école.

Souvent les rescapées de la violence sexuelle qui retournent à l’école ne sont pas assez soutenues pour poursuivre leur scolarité. Ainsi Évelyne a fini par retourner en classe, mais sans proches pour s’occuper du bébé, c’est très difficile pour elle. « Je ne suis pas tranquille », a-t-elle déclaré, « quand je vais à l’école, je pense encore au bébé qui est à la maison. »

Il faut que les gouvernements, les donateurs et les organismes fournissant de l’aide s’engagent à améliorer l’accès à l’éducation pour que les filles qui subissent des violences sexuelles et d’autres violences liées au genre dans le cadre de conflits ne soient pas victimes une seconde fois. Ils devraient favoriser le retour des filles à l’école, en les aidant sur le plan médical, psychosocial et socioéconomique, et lutter contre la stigmatisation des rescapées de viol et des élèves enceintes grâce à des programmes d’éducation communautaire.

Ces filles ne doivent pas être laissées de côté.

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