(Miami, Floride) – L’insuffisance des mesures prises aux États-Unis par le gouvernement fédéral et par les États pour garantir l’accès à la naloxone, un antidote à la surdose d’opioïdes, provoque des milliers de décès évitables, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public aujourd’hui.

Le rapport de 48 pages, intitulé « A Second Chance: Overdose Prevention, Naloxone, and Human Rights in the United States » (« Une seconde chance : Prévention de surdoses, naloxone et droits humains aux États-Unis»), identifie les lois et politiques fédérales et étatiques qui maintiennent la naloxone hors d’atteinte des personnes les plus exposées à des risques de surdoses accidentelles, leur déniant la possibilité de sauver leurs vies. Le rapport a été rendu public lors d’une conférence de presse organisée au Centre d’échange IDEA de l’Ecole de médecine Miller de l’Université de Miami, le plus important programme de distribution de seringues en Floride. Le Centre fournit des soins de santé de base, y compris des doses de naloxone, dans une ville et un comté où la consommation d’opioïdes et les surdoses sont particulièrement élevées.

L’administration Trump s’est engagée à mettre fin à l’épidémie d’opioïdes et mis à disposition des fonds pour que les états luttent contre l’épidémie. Ces fonds, validés l’an dernier en vertu d’une loi, la 21st Century Cures Act, sont en partie destinés à réduire les décès consécutifs à une overdose.

« La mesure la plus simple et efficace que le gouvernement fédéral et les États peuvent prendre pour endiguer la vague de victimes de surdoses d’opioïdes est de faciliter l’obtention de la naloxone », a déclaré Megan McLemore, chercheuse senior auprès de la division Santé et Droits humains à Human Rights Watch. « La naloxone devrait être aussi facile à obtenir que l’aspirine. Les lois pénales bloquent l’accès aux programmes de réduction des risques tels que les échanges de seringues ; le prix du médicament est trop élevé ; et il n’est pas en vente libre. De tels obstacles et d’autres privent de la naloxone ceux qui en ont le plus besoin. »

(Sous-titres via cc) – Aux États-Unis, de nombreux décès liés à des surdoses d’opioïdes comme l’héroïne pourraient être évités si des médicaments à base de naxolone – une substance injectable qui agit comme antagoniste des opiacés – étaient plus facilement accessibles à un tarif abordable, selon un nouveau rapport de HRW qui appelle l’administration Trump à prendre des mesures face au nombre élevé d’overdoses dans certains États comme la Caroline du Nord.

 
En 2016, plus de 33 000 personnes ont succombé à des surdoses accidentelles d’opioïdes tels que les analgésiques, l’héroïne et le fentanyl, un puissant opioïde de synthèse. Les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies ont qualifié ces décès d’« épidémie ». Depuis 2000, les décès consécutifs à une surdose de stupéfiants ont augmenté de 137%, et ceux causés spécifiquement par des opioïdes de 200%. L’Amérique rurale, où ces décès sont considérablement plus élevés qu’en zones urbaines, paie le prix le plus élevé.
 
Les surdoses causées par des opioïdes peuvent être efficacement neutralisées si la naloxone est administrée immédiatement. La naloxone, un médicament sûr et générique, peut être administré par un personnel non médical disposant d’une formation de base. Entre 2010 et 2014, au moins 30 000 surdoses ont été contrées grâce à ce médicament, dans la plupart des cas par des usagers eux-mêmes qui se trouvaient sur les lieux. Cependant, la naloxone n’est efficace que si le témoin d’une surdose l’administre ou appelle immédiatement les urgences.
 
Human Rights Watch a documenté les cas de Michelle Hamby, une mère âgée de 49 ans, vivant en Arizona, et de Kendra Williams, âgée de 23 ans, qui étudie pour devenir infirmière en Caroline du Nord, deux exemples démontrant comment l’accès à la naloxone peut sauver des vies et offrir une seconde chance.
 
Michelle, qui a perdu deux enfants d’une overdose d’héroïne, a un jour trouvé sa fille, Breana, évanouie sur le sol de la salle de bain. Elle a appelé les ambulanciers, mais ils ne sont arrivés que plus de 10 minutes plus tard, et il était déjà trop tard. Michelle est persuadée que si la naloxone avait été disponible, elle aurait pu sauver la vie de sa fille.
 

Kendra Williams, âgée de 23 ans, a lutté avec une addiction à l’héroïne dès l’âge de 15 ans, mais s’en est sortie après la naissance de son fils.  Kendra fait maintenant des études d’infirmière et est bénévole au sein de la North Carolina Harm Reduction Coalition. Wilmington, Caroline du Nord, 2017.

© 2017 Privé
Kendra était, selon ses dires, « une toxicomane totale » dès l’âge de 15 ans. La naloxone a sauvé sa vie après une surdose. Elle a complètement cessé de consommer de l’héroïne, fait des études, et élève un enfant avec son fiancé. Kendra et Michelle sont toutes deux bénévoles dans des groupes locaux qui fournissent de la naloxone aux toxicomanes ainsi que des aiguilles stérilisées, des informations relatives aux soins de santé et des tests de dépistage du VIH et de l’hépatite C.
 
Le rapport documente les nombreux obstacles qui se dressent pour obtenir la naloxone, notamment l’absence de lois dites du « bon Samaritain », les législations interdisant ou restreignant les programmes d’échange de seringues et de réduction des risques qui proposent de la naloxone ; et les prix onéreux du médicament.
 
Les témoins d’une surdose sont souvent réticents à appeler les urgences, craignant des poursuites judiciaires en vertu des lois sur les drogues en vigueur dans les Etats. Les lois du « bon Samaritain » protègent à cet égard les personnes faisant venir les services d’urgence sur les lieux d’une surdose, mais 14 États américains ne les ont pas adoptées, exposant des individus à des arrestations pour avoir sauvé la vie d’un tiers.
 
La police est souvent la première à répondre à un incident de surdose, en particulier dans les zones rurales. Plus de 1 200 services de police se déplacent désormais avec de la naloxone à bord des véhicules, pourtant à peine une fraction des agences d’application des lois dans l’ensemble des États-Unis. Alors qu’un leadership fédéral est nécessaire pour promouvoir des approches de santé publique ayant fait leurs preuves en matière de crise des opioïdes, les intentions manifestes du Ministère américain de la Justice de durcir l’application des lois pertinentes et la sévérité des peines soulèvent des inquiétudes quant à la marginalisation des toxicomanes, qui se retrouveraient isolés de services de santé et de réduction des risques susceptibles de sauver leurs vies.
 
« Davantage de policiers doivent être formés et équipés pour neutraliser les surdoses grâce la naloxone », a déclaré Megan McLemore, « mais un retour à la guerre contre les drogues » serait synonyme de déclin des appels aux services d’urgence et d’une hausse des victimes.

Un examen des lois en vigueur concernant l’accès aux échanges de seringues et à la naloxone varie selon les états.  En Caroline du Nord, l’accès généralisé à ce médicament a permis de parvenir à 6 000 « inversions » de surdose depuis 2013, tandis que le Kansas, où l’échange de seringues est interdit en vertu des lois pénales, est dépourvu de lois du « bon samaritain » et d’autres lois destinées à élargir l’accès à la naloxone. Près d’un millier de personnes ont succombé à une surdose au Kansas entre 2013 et 2015.

Les échanges de seringues sont explicitement autorisés dans seulement 21 états et le district de Columbia. Dans d’autres, les lois sur la délivrance et la possession de stupéfiants limitent le fonctionnement des échanges de seringues malgré des décennies de recherche démontrant que de tels programmes n’augmentent en rien la consommation de drogues ou la criminalité, mais servent au contraire de passerelles avec le traitement de la toxicomanie et réduisent la transmission du VIH, de l’hépatite C et d’autres maladies transmissibles par contact sanguin. Les zones rurales d’États tels que la Virginie occidentale, le Tennessee et le Kentucky, où la crise des opioïdes est la plus aiguë, souffrent d’un manque de programmes d’échanges de seringues, qui constituent un lieu privilégié pour permettre aux usagers de drogues de se procurer de la naloxone.

Des programmes tels que le Centre d’échange IDEA de l’Ecole de médecine Miller de l’Université de Miami proposent toute une gamme de services de santé, de recommandations aux traitements, sans compter le dépistage de maladies infectieuses. Entre 2013 et 2015, 8 336 Floridiens sont morts de surdose, et cette hécatombe semble bien partie pour se poursuivre.

En 2015, le taux de décès imputable aux surdoses en Floride a augmenté de 22%, l’une des plus fortes hausses au niveau national. Nommé d’après la loi locale relative à l’élimination des maladies infectieuses, le Centre IDEA a ouvert ses portes en décembre 2016 et, en quelques mois, a proposé ses services à plus de 200 clients; a retiré 20 000 seringues usagées des rues pour les échanger contre des propres; a mené près de 200 tests de dépistage du VIH et de l’hépatite C; et a placé plus de 20 personnes dans des programmes de désintoxication. En mars de cette année, le Centre IDEA a commencé à distribuer de la naloxone. Pourtant, il s’agit du seul échange public de seringues dans tout l’état, car les lois pénales de Floride entravent l’expansion de ces programmes cruciaux.

Les prix de la naloxone ont considérablement augmenté au cours de la dernière décennie, une autre entrave pour les usagers, les organismes communautaires et de santé publique et les agences d’application des lois. La naloxone pouvait coûter moins d’un dollar en 2005, mais son prix oscille désormais entre 20 et 4 500 dollars selon la forme, la dose et la compagnie pharmaceutique qui le produit.

La naloxone est couverte par de nombreux régimes d’assurance-santé aux États-Unis, y compris Medicaid, mais les experts affirment que la disponibilité de ce médicament sans ordonnance serait absolument décisive pour les personnes dépendantes d’opioïdes. En prenant appuis sur ses 30 ans d’expérience en matière de sécurité et d’efficacité, la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis devrait coopérer avec les compagnies pharmaceutiques en vue de faciliter la transition et de rendre disponible la naloxone dans les distributeurs automatiques, et les épiceries, entre autres.

Dans l’intervalle, préserver la prise en charge, par l’assurance-santé, de la naloxone et des services de santé pour les toxicomanes est essentiel. Les efforts visant à démanteler l’Affordable Care Act menacent cet objectif, alors que 1,2 million de personnes aux États-Unis ont eu accès au traitement contre la toxicomanie rien que par le biais de Medicaid.

« L’administration Trump et les États ont le choix entre aider à sauver des vies en rendant la naloxone plus accessible, ou laisser des milliers de personnes mourir inutilement sous leur surveillance », a conclu Megan McLemore.

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