Le ministre français des affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, sera en Chine demain et après-demain pour ce qui sera sa dernière visite officielle dans le pays. Ce déplacement pourrait être bien plus que cela s’il le décidait : l’ultime opportunité d’exprimer publiquement sa préoccupation quant aux graves attaques contre les droits humains en Chine et montrer clairement que la France est solidaire des courageux militants chinois, dont l’espace se réduit chaque jour sous la répression gouvernementale. 

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault et le président chinois Xi Jinping photographiés au Palais du Peuple à Pékin, en décembre 2013.

© 2013 Reuters

Sous la présidence de Xi Jinping, arrivé au pouvoir en 2013, le gouvernement chinois a drastiquement restreint les droits essentiels. La persécution des opposants politiques et des défenseurs des droits humains s’est soldée par l’emprisonnement de centaines d’avocats et militants. Beaucoup ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Parmi eux, le prix Nobel de la Paix 2010 Liu Xiaobo est derrière les barreaux depuis plus de huit ans.

A l’exception de rares actions symboliques, dont la remise récente du Prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’Etat de droit à Wang Qiaoling, épouse de l’avocat des droits humains emprisonné Li Heping, la France se montre plus que discrète quant à la répression par les autorités chinoises. Cette réticence, largement motivée par des intérêts économiques, contraste avec un récent discours de Jean-Marc Ayrault dans lequel il a souligné l’importance des droits humains dans la diplomatie française « Les droits fondamentaux et leur universalité sont au cœur même de notre identité et donc de notre politique, » a-t-il déclaré. « La détermination de la France à les défendre partout (…) n’est pas contraire à nos intérêts (…). Elle contribue, en fait, à la promotion de nos intérêts. Parce que ces valeurs ne sont pas des utopies irréalistes. Elles sont des principes d’action ».

Une prise de position forte, sans aucun doute, mais dénuée de sens si elle ne se traduit pas en actes.  À Pékin, Jean-Marc Ayrault devrait appeler publiquement les autorités chinoises à cesser de réprimer les droits des activistes à s’exprimer librement, à libérer tous les prisonniers politiques et cesser de recourir à la peine de mort. Cela montrerait que les relations diplomatiques et économiques de la France ne peuvent se faire au détriment des principes affichés : qu’au contraire, ces principes sont une composante vitale des relations de la France avec la Chine.