(New York, le 12 janvier 2017) – En 2016, le gouvernement chinois a renforcé de manière agressive sa campagne contre les activistes de la société civile et l’expression en ligne, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2017 (version abrégée en français). Cette attaque croissante contre les droits, qui a démarré lors de la prise de fonctions du Président Xi Jinping en mars 2013, comprenait l’ingérence dans les institutions démocratiques de Hong Kong et les abus commis au-delà des frontières de la Chine.

Un homme poussant sa bicyclette passe devant un bâtiment recouvert d'affiches où figure le portrait du président chinois Xi Jinping, à Shanghai, le 26 mars 2016.

© 2016 Reuters

Dans cette 27e édition annuelle de son Rapport mondial (version intégrale en anglais de 687 pages, version abrégée en français de 247 pages), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, explique qu'une nouvelle génération de populistes autoritaires cherche à infirmer le concept d'une protection individuelle basée sur les droits humains, en caractérisant ces droits comme une entrave à la volonté de la majorité. Pour toutes les personnes qui se sentent laissées de côté par l'économie mondialisée et qui craignent de plus en plus d'être exposées à des violences et à des crimes, les organisations de la société civile, les médias et le public ont des rôles essentiels à jouer en réaffirmant la validité des valeurs sur lesquelles les démocraties respectueuses des droits humains ont été édifiées.

 « L’avenir des droits humains en Chine s’assombrit encore sous le régime du Président Xi Jinping », a déclaré Sophie Richardson, directrice de recherches sur la Chine à Human Rights Watch. « Les autorités ont ciblé des groupes de défense des droits et ont nettement intensifié les efforts visant à les contrôler. »

Le gouvernement chinois n’a pas tempéré son intolérance de l’opposition en 2016. De nombreux critiques pacifiques du gouvernement sont toujours emprisonnés, notamment le prix Nobel de la paix Liu Xiaobo et l’économiste ouïgoure Ilham Tohti. Seize des avocats et des défenseurs des droits humains sur les 300 mis en détention lors d’une rafle nationale en juillet 2015 attendent toujours d’être jugés ; deux d’entre eux ont été condamnés à des peines sévères.

L’année 2016 a été marquée par de nombreuses restrictions imposées aux médias et à Internet. En février, le Président Xi a appelé les médias à jurer fidélité au parti communiste. Les agences chargées de ces contrôles ont émis de nouvelles directives pour bâillonner plusieurs médias, y compris des vidéos, des applications, des jeux, des sites Internet d’informations et des plateformes de streaming en direct.

L’enlèvement par le gouvernement chinois de personnes critiques à son encontre, y compris de ressortissants étrangers, à Hong Kong et dans d’autres pays a attiré l’attention de la communauté internationale en 2016. Les circonstances entourant ces kidnappings restent floues, ainsi que les rôles joués par le gouvernement chinois et par les gouvernements où ces personnes ont disparu.

Le gouvernement chinois central a étouffé les voix pro-indépendance à Hong Kong, et les autorités de Hong Kong n’ont pas réussi à protéger vigoureusement leurs processus démocratiques. Après que le gouvernement de Hong Kong a disqualifié six candidats pro-indépendance pour les élections de son conseil législatif, Pékin s’est immiscé dans une affaire judiciaire hautement politique pour obliger la cour de Hong Kong à empêcher deux députés indépendantistes élus de siéger.

Dans les régions de minorités ethniques de Xinjiang et du Tibet, Pékin a poursuivi sa politique très répressive, restreignant les libertés au nom d’une lutte contre le « séparatisme » ou le « terrorisme ».

Le gouvernement chinois a adopté la Loi sur la gestion des ONG étrangères en avril et la Loi sur la cybersécurité en novembre, en apportant des changements minimes malgré les critiques nationales et internationales contre les abus de droits qu’elles pourraient engendrer.

À l’ONU, la Chine a bloqué le débat ou s’est abstenue de voter sur les résolutions destinées à protéger les droits humains.

« Au lieu de persécuter les activistes et les groupes civiques, le gouvernement chinois devrait reconnaître leur importante contribution à la société chinoise », a déclaré Sophie Richardson. « Autrement, la réputation de Pékin comme auteur mondial d’abus ne fera que s’ancrer. »