(Beyrouth) – Au cours de l’année 2016, s’efforçant d’empêcher toute libre expression, les autorités des Émirats arabes unis ont harcelé et inculpé des personnes critiquant le gouvernement, et significativement accru leur capacité de surveillance électronique, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch da a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui dans son Rapport mondial 2017 (version abrégée en français).

Deux travailleurs iraniens assis près de la proue d’un vaisseau de commerce arrimé dans la Crique de Dubai (Dubai Creek), aux Émirats arabes unis, le 17 janvier 2016.

© 2016 Ashraf Mohammad/Reuters

Le gouvernement a mis en place un coûteux système de surveillance informatique afin de cibler un défenseur des droits humains de premier plan. Il a aussi inculpé un universitaire émirati pour des motifs liés à ses commentaires critiques sur les médias sociaux. D’autres éléments prouvent que des étrangers en détention sont maltraités.

« Les autorités des Émirats pourchassent activement toute personne qui ne rentre pas dans le rang, et Internet est devenu leur terrain de chasse idéal contre les voix critiques et dissidentes », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « En plus de ces violations de la liberté d’expression, il y a des raisons d’être très inquiets au sujet de la façon dont les Émirats traitent leurs détenus. »

Dans cette 27e édition annuelle de son Rapport mondial (version intégrale en anglais de 687 pages, version abrégée en français de 247 pages), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, explique qu'une nouvelle génération de populistes autoritaires cherche à infirmer le concept d'une protection individuelle basée sur les droits humains, en caractérisant ces droits comme une entrave à la volonté de la majorité. Pour toutes les personnes qui se sentent laissées de côté par l'économie mondialisée et qui craignent de plus en plus d'être exposées à des violences et à des crimes, les organisations de la société civile, les médias et le public ont des rôles essentiels à jouer en réaffirmant la validité des valeurs sur lesquelles les démocraties respectueuses des droits humains ont été édifiées.

Le rapport publié en juin par le Citizen Lab, un institut de recherche de l’Université de Toronto qui se concentre sur la sécurité internet en lien avec les droits humains, a identifié une série de campagnes en ligne contre des dissidents émiratis, remontant à 2012. D’après le Citizen Lab, l’opérateur de ces campagnes informatiques est un « acteur malveillant sophistiqué » et il serait très étonnant qu’il ne dissimule pas d’entité gouvernementale. D’ailleurs les recherches ont trouvé plusieurs éléments d’information qui suggèrent une connexion entre l’opérateur et le gouvernement des Émirats.

Quant à l’universitaire, Nasser bin-Ghaith, son procès a démarré en avril à la Cour suprême fédérale. Il est accusé d’avoir violé plusieurs dispositions du Code pénal, une loi de 2012 sur les cybercrimes, ainsi qu’une loi de 2014 contre le terrorisme. Certaines accusations sont liées à « six tweets et des images ridiculisant le président et le gouvernement égyptiens ». Le procès est toujours en cours.

En mars, un tribunal de Dubaï a acquitté un homme d’affaires britannique, David Haigh, des chefs d’inculpation portés contre lui en vertu des lois émiraties sur les cybercrimes. Une fois remis en liberté, Haigh a relaté que des policiers de Dubaï lui avaient administré des coups de poing et des décharges de Taser, tentant en vain de lui faire avouer sa culpabilité dans des fraudes. D’après le témoignage de Haigh, durant les deux ans où il est resté en prison, des agents de police frappaient régulièrement les détenus. 

Les autorités des Émirats arabes unis devraient cesser de s’attaquer à la liberté d’expression, libérer tous ceux qui sont inculpés de délits liés à leur droit à s’exprimer librement, et veiller à ce que tous les détenus soient traités humainement et jugés équitablement, a déclaré Human Rights Watch.