L’arrestation d’un homme inculpé de crimes commis lors d’un massacre abominable en Guinée a fait avancer la justice pour l’un des pires évènements commis au cours de décennies de règne abusif et autoritaire dans le pays, qui ont pris fin en 2010.

Des partisans de l’opposition fuient le stade principal de Conakry le 28 septembre 2009, après l’irruption des forces de sécurité qui ont ouvert le feu sur des personnes participant à un rassemblement.

[Cette photo est tirée de séquences vidéo remises à Human Rights Watch.]

Le 28 septembre 2009, plusieurs centaines de membres de la Garde présidentielle de Guinée, dénommés « Bérets rouges », ont fait irruption dans un stade de Conakry, la capitale guinéenne, puis ont ouvert le feu sur des dizaines de milliers de partisans de l’opposition s’y étaient rassemblés de manière pacifique. En fin d’après-midi, au moins 150 Guinéens gisaient morts ou mourants. Des dizaines de femmes ont été victimes de formes brutales de violences sexuelles – elles ont subi des viols, des viols collectifs, ainsi que des agressions sexuelles avec des bâtons et des crosses de fusils.

À l’époque, Diakité ‘Toumba’ Diakité – qui a été arrêté hier à Dakar, au Sénégal – commandait les Bérets rouges. Des dizaines de témoins ont indiqué sa présence, et celle de Bérets rouges qui se seraient trouvés sous son commandement, sur les lieux du massacre. En 2011, Interpol avait publié une notice rouge pour son arrestation. Il était aussi un proche confident de Dadis Camara, le dirigeant de Guinée à l’époque, qui avait accédé pouvoir à la suite d’un coup militaire.

Mes recherches à Conakry ont établi que le système judiciaire guinéen a fait des progrès sans précédents en vue de rendre justice pour les crimes commis lors du massacre, depuis qu’un pool de juges d’instruction a été désigné pour cette affaire en 2010. Ils ont entendu des centaines de victimes, interrogé des membres des services de sécurité, et porté des accusations à l’encontre de suspects haut placés.  

Mais les progrès dans ce dossier sont inégaux, et le soutien du gouvernement à l’enquête était largement insuffisant au départ.

On espère que l’arrestation de ‘Toumba’ aidera à accélérer l’ouverture d’un procès pour cette affaire, plus de sept ans après les crimes. Comme me l’a répété la mère d’un jeune homme tué lors du massacre au cours de plusieurs conversations, il y a un besoin urgent de justice pour offrir des réparations aux victimes – certaines d’entre elles ont survécu, mais sont à présent malades ou mourantes.

Une telle mesure permettrait de placer le gouvernement guinéen directement du bon côté de l’histoire, et indiquerait qu’il peut s’assurer que les auteurs des crimes les plus graves rendent compte de leurs actes. Quand cela est possible, une justice rendue de façon équitable et de crédible au plus près de chez soi constitue l’idéal.